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Jacques-louis Lantoine

Jacques-louis Lantoine

3 livres
Couverture ebook de L´homme et la brute au XVIIe siècle, de Marine Bedon, Jacques-Louis Lantoine
ENS Éditions | 8 février 2022

On sera sans doute déçu si l'on cherche au XVIIe siècle les prémisses d'une éthique animale. Les « bêtes brutes », comme on les appelle alors, sont exclues de la sphère des obligations, et pas seulement par quelques cartésiens mécanistes. De nombreux auteurs soutiennent que les bêtes sentent, ou qu'elles ont une âme qui n'est pas trop différente de la nôtre, ou encore qu'elles sont dotées de raison, les prenant parfois même comme point de comparaison afin de rabaisser l'orgueil humain. Nombreux sont ceux qui s'indignent de la cruauté à leur égard, et d'autres vont jusqu'à leur reconnaître des droits. La diversité des positions, des représentations et des arguments coïncide donc assez rarement avec les accusations adressées de nos jours à l'âge classique. Tous ne sont pas cartésiens, et la « théorie » de l'animal-machine est peut-être un petit peu plus que l'effet d'un préjugé. Aucun pourtant n'envisage de lien éthique, moral ou juridique avec les bêtes. Paradoxalement, les plus affranchis de tout anthropocentrisme leur accordent des droits, mais affirment le plus radicalement l'absence de lien éthique avec les bêtes. Lire ces oeuvres d'un autre âge à l'aune d'une question qu'elles ne pouvaient pas formuler permet d'inquiéter les évidences qui sont les nôtres, et d'y trouver des ressources pour poser et résoudre des problèmes qui n'étaient pas les leurs.

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Couverture ebook de L´intelligence de la pratique, de Jacques-louis Lantoine
ENS Éditions | 13 octobre 2019

Si chacun a le pouvoir de vivre selon la raison, comment se fait-il que si peu la suivent, alors même qu'un grand nombre s'en réclament ? Certains voient le meilleur, mais font le pire. D'autres font le pire en croyant qu'il est le meilleur. Tous font tout ce qu'ils peuvent, et se réjouissent finalement de ce qu'ils sont. La philosophie de Spinoza rend compte de ces paradoxes : toute puissance est en acte. Qui peut le plus s'efforce nécessairement de faire le plus et ne peut faire moins. Qui peut le moins fait le moins volontiers, sans pouvoir faire plus. Chacun est aussi parfait qu'il peut l'être, et agit de la façon dont il y est disposé, malgré lui mais de gré, si ce n'est de bon gré. Le concept de disposition, tel qu'il s'élabore dans l'Éthique, permet de saisir la pratique commune des hommes dans un cadre nécessitariste et actualiste, de l'inconstance affective à la régularité des coutumes, des obsessions passionnelles à l'éducation et à l'affranchissement de la servitude. L'existence humaine n'est pas une comédie, encore moins une tragédie. Avec Spinoza, il s'agit d'en produire l'intelligence.

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Couverture ebook de Spinoza après Bourdieu, de Jacques-Louis Lantoine
Éditions de la Sorbonne | 27 mars 2022

Le paradoxe fondamental qui vient à la fois constituer et mettre en péril la politique, c'est qu'il n'y a pas d'autorité des institutions et des lois sans le soutien au moins tacite et spontané de la multitude, multitude dont il s'agit en même temps de reconnaître qu'elle est composée d'individus et de groupes sociaux qui désirent n'en faire qu'à leur tête. Ce paradoxe est souvent dénié par les philosophies politiques qui se contentent d'invoquer une légitimité idéale pour justifier une obéissance en droit. Les concepts de disposition et d'habitus, tels qu'ils sont théorisés par Pierre Bourdieu, permettent de comprendre à même la pratique comment s'établit, de fait, la domination d'un ordre. Spinoza, tout en s'accordant sur des points fondamentaux avec le sociologue, insiste néanmoins sur la dimension passionnelle et donc inconstante des dispositions, et par là assume davantage encore le paradoxe. Un pouvoir n'est obéi que s'il sait se faire désirer, qu'il soit légitime ou non. C'est alors une conception de l'État et des institutions politiques tout à fait originale qu'élabore le Traité politique, où il s'agit moins de les fonder en légitimité que de les faire fonctionner malgré, et même par, les passions pourtant inconstantes et variées du vulgaire. Encore faut-il que cette domination s'exerce au profit de tous et de chacun : une Realpolitik, au sens de Pierre Bourdieu, est ainsi constituée par Spinoza, où le pouvoir n'est détenu par personne en particulier, mais dispose tous les citoyens à la concorde et à la paix, malgré eux mais, autant que possible, de bon gré.

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