Jean Greisch
Jean Greisch
Et si l'on prenait au sérieux les phénomènes religieux - non pour les juger de l'extérieur, mais pour les comprendre à partir d'eux-mêmes ? Inspirée de la maxime philosophique « sauver les phénomènes », cette enquête rigoureuse et engagée s'applique à un champ souvent marginalisé : les phénomènes constitutifs de la vie religieuse. Il ne s'agit pas ici de « sauver les meubles », mais de respecter ces phénomènes dans leur mode propre d'apparaître, en les interprétant correctement - selon une exigence que Heidegger formulait déjà en 1919 dans sa Phénoménologie de la vie religieuse. En treize chapitres structurés en trois grandes vagues, l'auteur déploie une phénoménologie de la vie religieuse qui prend au sérieux des expériences aussi fondatrices que l'incarnation, la prière, le merveilleux ou la Révélation. La première partie, programmatique, enracine la méthode et explore six expériences-clés. La deuxième partie se concentre sur les apories de la condition postmoderne - théodicée, ipséité divine, mystique. La troisième, enfin, se tourne vers l'horizon eschatologique : salut, fin du monde, espérance. Un essai philosophique aussi exigeant que fécond, qui interroge avec une rare acuité ce que croire veut dire - et ce que cela engage à penser. Né le 27 août 1942 à Koerich (Luxembourg), Jean Greisch est doyen honoraire et professeur émérite de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris. Il a été titulaire de la Hans-Georg Gadamer Chair à Boston College (États-Unis) et de la Chaire Cardinal Mercier à Louvain-la-Neuve en 2006 ; puis titulaire de la Chaire de philosophie chrétienne à Villanova University (États-Unis) en 2007 ; et enfin titulaire de la Chaire Romano Guardini à l'Alexander von Humboldt-Universität de Berlin de 2009 à 2011. Depuis 2025, il est professeur honoraire de la Luxembourg School of Religion & Society.
L'hypocrisie, dit Levinas, n'est pas seulement un vilain défaut moral, c'est aussi le profond déchirement d'une civilisation écartelée entre deux héritages distincts : celui des philosophes grecs et celui des prophètes bibliques. Adoptant une démarche plus problématique que doxographique, ces Leçons analysent les traces qu'une autre « hypocrisie » a laissé dans les théologies philosophiques de la modernité. Elle oppose et relie deux registres de nomination : « l'Absolu » et « Dieu ».L'enquête débute avec le « Non-autre » forgé par Nicolas de Cues dans le dernier de ses dialogues philosophiques. En interrogeant successivement la façon dont Descartes, Spinoza, Kant et Schelling ont redéfini l'absolu et les conséquences qu'ils en ont tirées pour la formulation de la question de Dieu, il s'agit de préparer le terrain au « Tout-autre », décliné de différentes manières dans les Miettes philosophiques de Kierkegaard, la théologie dialectique de Karl Barth, la phénoménologie du sacré de Rudolf Otto et, plus près de nous, chez Heidegger et Derrida.Ce parcours historique débouche sur l'hypothèse d'après laquelle le questionnement contemporain nous place au carrefour de trois questions également décisives : où est Dieu ? qui est Dieu ? comment vient-il à l'idée ?
Ce livre cherche à éclairer ce qui constitue la dimension fondamentale de toute existence croyante, tant individuelle que collective : l'Esprit Saint, entendu comme désignant non seulement l'objet de la foi, mais comme son opérateur, 'sujet" par excellence, qui constitue ceux qui le reçoivent en sujets croyants dans leur rapport filial à Dieu et fraternel aux hommes. L'ouvrage fait appel à des disciplines différentes (exégèse, philosophie, psychanalyse, théologie) pour tenter de cerner ce qui échappe par nature à tout discours unique, univoque, totalisant, sans doute parce que la Parole comme telle y trouve son origine. L'ensemble résulte d'une session théologique organisée en 1977 par l'École des sciences philosophiques et religieuses des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles.
La publication des enseignements donnés de 1919 à 1928, qui correspond à la décennie phénoménologique de Heidegger, permet aujourd'hui de se faire une idée précise de la genèse du chantier et du livre «Etre et temps» et fournit de nouveaux critères au travail d'interprétation. « Copyright Electre »
Suzanne Valadon, Sarah Bernhardt, aujourd'hui Louise Michel... à travers trois femmes d'exception, Michel Peyramaure aura écrit l'histoire de la femme au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Elle naît vers 1830 en Haute-Marne, bâtarde dans un modeste château dont le maître (peut-être son père) lui donne une excellente éducation. Elle se voulait poète et n'hésitait pas à envoyer ses vers (très mauvais) à Hugo, alors en exil. Foncièrement, c'était une institutrice. Venue à Paris, elle fonde plusieurs écoles à Montmartre, où elle s'efforce de nourrir et d'éduquer tous les enfants miséreux du quartier. Car Louise Michel était républicaine et elle n'eut jamais qu'une passion: le peuple. Elle s'agite dans les milieux d'opposition à l'Empire, s'attache des hommes qui ne l'abandonneront jamais: Clemenceau, Jules Vallès, Rochefort, Théophile Ferré (son seul amour, jamais réalisé). Tout ça, bien sûr, mènera à la Commune. La barricade qu'elle tient, place Blanche, est l'une des dernières à tomber. Elle manque être fusillée au camp de Satory, et c'est la déportation en Nouvelle-Calédonie. Toujours institutrice, toujours révoltée, de plus en plus anarchiste. Quand vient l'amnistie, en 1880, revenue à Paris, elle continue, toujours prêchant, inlassablement, partout en France et à Londres, devant des foules ou seulement quelques indifférents - car la révolution a vieilli, et elle aussi. Elle mourra à la tâche en 1905.Michel Peyramaure s'est épris de cette femme exceptionnelle. Par courtes scènes ou grands tableaux, il fait revivre ce destin furieux.