Jean-Jacques Salomon
Jean-Jacques Salomon
Science, technologie et développement : L'Écrivain public et l'ordinateur brise les idées reçues sur le progrès technique dans les pays du Sud. Un essai percutant qui rappelle que la modernisation ne se décrète pas, elle se construit dans la durée.
C'est l'histoire de la profession dont dépend aujourd'hui le sort du monde. Une profession qui fait avancer le savoir et prétend n'être pour rien dans les conséquences qui en résultent (bombe atomique, clonage, nanotechnologies...). Près de quatre millions d'individus qui exercent des rôles aussi différents que ceux de chercheur, expert, stratège, diplomate, militaire, commerçant, industriel, espion, trafiquant, mercenaire, dans les allées du pouvoir, les états-major et les conseils d'administration. À la fois guerriers et missionnaires de la paix, souvent prix Nobel ou médailles Fields, les scientifiques sont à la source des plus grandes mutations techniques et sociales. Très peu d'entre eux, tels Einstein et Sakharov, ont le courage de résister aux attraits et aux pressions du complexe militaro-industriel qu'ils nourrissent et dont ils sont tributaires. Entre pouvoir et savoir, Jean-Jacques Salomon nous fait découvrir une communauté du déni.
Pour entrer dans le XXIe siècle, le parallèle s'impose avec le XVIe siècle : c'était le début de la modernité, nous sommes dans la postmodernité. De Grünewald à Francis Bacon, de Gutenberg à Bill Gates, autant de ruptures marquées par de terribles convulsions, guerres et massacres, mais aussi par d'immenses transformations techniques, sociales et intellectuelles. Aujourd'hui comme hier, il y va du destin de l'homme tout autant que de celui de l'Europe. Dans notre histoire laïcisée, la science a pris le relais de la religion, mais on n'y fait plus son salut : la civilisation de l'éphémère où tout est jetable, y compris le travail, ne peut répondre à la soif de transcendance. Et le mythe de l'homme digital, neuronal et bionique se heurte à la réalité des risques nés du développement même de la science - des arsenaux atomiques au réchauffement du climat, des poubelles nucléaires aux plantes transgéniques, des pièges policiers de l'informatique aux pratiques eugénistes du clonage humain. Fin d'une époque, mais non pas fin de l'histoire : il faut affronter un monde nouveau, sans les mirages distillés par l'idéologie du progrès. Survivre à la science, c'est reconnaître qu'elle ne fait pas de nous des dieux : le principe de précaution réintroduit le sens de l'humanisme dans la postmodernité. Demain, la Renaissance...