Jean-Louis Georget
Jean-Louis Georget
Qu'est-ce qu'être allemand ? Où les différentes nations germanophones puisent-elles leur culture commune ? L'ethnologie nationale allemande, appelée Volkskunde, est le fruit d'une longue histoire, qui a partie liée avec la construction politique de l'Allemagne, mais aussi de l'espace germanophone dans son ensemble. Tournant autour des deux pôles que sont la culture populaire et la germanité, l'ethnologie nationale a connu un essor à partir des années 1880, sur fond d'unité allemande et de déliquescence progressive de l'Empire autrichien. Participant à la révolution conservatrice des années de la République de Weimar, elle est devenue l'une des sciences les plus en vue de l'Allemagne hitlérienne, matrice de « l'idéal germanique ». Discréditée par son passé, l'ethnologie nationale allemande a fait son aggiornamento dans les années 1970 sous la houlette de l'École de Tübingen. Contrainte par l'histoire, elle s'est transformée progressivement en ethnologie européenne.
Au tournant des 19e et 20e siècles, le concept de terrain fit son apparition dans le domaine des sciences humaines et sociales tant en Allemagne qu'en France. Dans une situation de concurrence où de nouvelles disciplines essayaient à l'époque d'établir leur légitimité, la notion de terrain devenait une marque de scientificité indéniable. Si l'ethnologie, la géographie, la géologie, l'archéologie, la sociologie entretenaient un rapport étroit au « terrain » dans sa dimension spatiale, sociale et heuristique, elles le pratiquèrent de manière empirique avant d'en proposer une définition claire. Le présent ouvrage se propose d'explorer les différentes facettes de cette question centrale du terrain en l'envisageant dans ses rapports théoriques et expérimentaux, mais aussi dans ses méthodes et relais. Le succès de ce concept fut d'autant plus appuyé et couronné de succès que l'État sut très vite le mettre à son service en en faisant très précocement un outil politique majeur.
Sommes-nous contraints de ne penser l'avant qu'à partir de l'ailleurs ? Sommes-nous contraints de ne penser ce que fut la condition humaine préhistorique que sur la base d'une comparaison avec ce que les ethnologues nomment aujourd'hui des sociétés premières ou traditionnelles ? Telle est cette question du comparatisme ethnographique, si décisive pour l'intelligence des études préhistoriques, que pose cet ouvrage. À une époque où l'intérêt pour cette discipline devient manifeste, l'originalité de cet ouvrage consiste à interroger, au sein d'une diversité d'approches, tout à la fois une méthode d'analyse - celle du comparatisme -, l'émergence de sciences humaines aux tournants des XIXe et XXe siècles - l'ethnologie et la préhistoire -, et un contexte culturel et scientifique, ici franco-allemand. C'est parce que la question du comparatisme ethnographique se situe, depuis 1903 et le début de l'interprétation de l'art pariétal, à la croisée de toutes les interprétations de la préhistoire de l'homme, qu'il était essentiel de reprendre à nouveaux frais, au regard des connaissances actuelles, l'ensemble des analyses et d'en proposer une expertise aussi complète que possible. Seize chercheurs, préhistoriens, historiens, ethnologues, archéologues et philosophes ont contribué à ce volume. Jean-Louis Georget est professeur de civilisation allemande à l'université Paris 3-Sorbonne Nouvelle. Philippe Grosos est professeur de philosophie à l'université de Poitiers. Richard Kuba est chercheur et conservateur des collections de l'Institut Frobenius à l'université Goethe de Francfort-sur-le-Main.