Jean-Michel Wavelet
Jean-Michel Wavelet
Trois fils d'ouvriers, trois fils de pauvres, trois enfants de l'ignorance et de l'analphabétisme ont pu, voulu et su briser tous les déterminismes sociaux. Sous l'effet de la massification scolaire, ils ont bousculé leur médiocre destin pour de plus grands desseins. L'école les a accueillis, instruits et transformés. Peut-elle encore le faire de nos jours ? Les parcours exceptionnels de Bachelard, Camus et Péguy, nous invitent à repenser l'école. Ces hommes n'ont pas réduit des élèves à des produits, des enfants à des nombres, des habits à des uniformes, des professeurs à des coûts et des résultats à des plus-values. Loin d'imaginer une intelligence artificielle dépourvue de sujet pensant et sentant, des machines enseignantes et des enseignants-machines, des maîtres automatiques, ils ont conçu une formation vivante et construit les liens entre les générations qui forgent notre culture. Ne faudrait-il pas emprunter leur chemin pour réinventer une école plus humaine ?
Le 8 octobre 1938, le couperet tombe. Albert Camus ne pourra jamais enseigner. Il est guéri de sa tuberculose, mais le médecin, représentant zélé du gouverneur général d'Algérie, en décide autrement. Quelques mois plus tôt, sa pièce de théâtre, Révolte dans les Asturies, dénonçant les exactions du franquisme, est interdite et les autorités redoutent cette voix forte pourfendant le colonialisme. L'occasion est belle de briser le rêve de cet enfant pauvre de Belcourt qui a osé s'en prendre aux puissants. Il ne pourra jamais rendre à l'école ce que ses maîtres Louis Germain et Jean Grenier lui ont offert. En dépit de cette troublante interdiction, il concevra une pédagogie innovante, professera auprès de lycéens juifs exclus de l'école par le régime de Vichy et auprès d'employés modestes. Son désir d'enseigner, dûment contrarié et longtemps inavouable, demeurera présent jusqu'à l'ultime moment. C'est un roman d'éducation à jamais inachevé que l'on retrouvera près de lui le 4 janvier 1960.
L'école procède de la maternelle à l'université à un écrémage progressif, à une sélection méthodique dont les mécanismes sont aussi peu visibles que lisibles. L'école pour tous n'est aujourd'hui adaptée qu'aux initiés. Si une élite très scolaire occupe les meilleures places, des millions de jeunes ont appris le découragement et le mépris d'eux-mêmes. Cet ouvrage identifie dix obstacles majeurs à une évolution démocratique de l'école et énonce dix mesures pour édifier une pédagogie de la réussite pour chacun.
Nous identifions les élèves difficiles par des termes qui nous les mettent à distance et nous épargnent leur rencontre. Et pourtant, face aux différences, nous continuons à constater, évaluer, fixer des objectifs et remédier. Mais jamais l'école n'interroge ses fonctionnements. Le sujet est tabou. Le retour à la syllabique, à la rigueur grammaticale et aux automatismes mathématiques distrait de l'essentiel : les maîtres savent enseigner à ceux qui savent apprendre. Voici proposée une réflexion prenant appui sur plus de vingt ans d'action et d'observation dans les classes.
Comment Bachelard, fils d'un cordonnier, professeur de physique et chimie, a-t-il pu devenir cet humaniste aussi savant que philosophe, aussi penseur que poète ? Il n'a pas emprunté les chemins balisés, ceux des élites universitaires et culturelles. Il a contrarié les pronostics et les conventions. Il s'est adjugé contre vents et marées le droit de penser par lui-même en bousculant les frontières des savoirs et de la culture et en dérangeant les us et coutumes établis. « Un ouvrage aussi lumineux que la destinée et l'oeuvre de Gaston Bachelard. Au plus près de sa vie et de sa pensée. » (Philippe Meirieu)