Jean-Noël Jouzel
Jean-Noël Jouzel
Consommateurs ou travailleurs, nous sommes quotidiennement exposés à de nombreuses molécules de synthèse, aux effets parfois dangereux. Pourtant, l'émergence de pathologies afférentes à ces substances, fausses couches ou cancers par exemple, reste controversée. À partir du cas, aux États-Unis et en France, d'une famille de solvants toxiques, les éthers de glycol, Jean-Noël Jouzel décrit la mobilisation des avocats, syndicats, associations de consommateurs et autres collectifs engagés dans la reconnaissance de la nocivité de ces substances. En comparant les carrières contrastées de cette cause de part et d'autre de l'Atlantique, il met en évidence les contraintes politiques, économiques et légales qui pèsent sur les formes d'enquêtes étiologiques que déploient ces acteurs. Ainsi, ces mouvements sociaux contribuent à la fois à rendre visibles mais aussi à laisser dans l'ombre les effets pathogènes du monde qui nous entoure. Par une approche comparée des enjeux en matière de santé environnementale, ce travail ethnographique construit une sociologie des problèmes publics « à bas bruit » et met en lumière les dynamiques de construction sociale de l'ignorance.
Le 19 mars 2011, une dizaine d'agriculteurs se retrouvent à Ruffec. Ils sont accueillis sur l'exploitation céréalière de Paul François, victime sept ans plus tôt d'une intoxication massive par un pesticide de la société Monsanto, et atteint depuis de troubles neurologiques. Les autres agriculteurs présents souffrent également de pathologies chroniques lourdes. Ce jour-là est créée Phyto-victimes. Ce livre repose sur une enquête au long cours auprès de la première association d'agriculteurs victimes des pesticides en France. Il raconte le long chemin emprunté par les agriculteurs pour se dire victime et obtenir réparation. Il pointe le rôle décisif joué par les proches familiaux, certains médecins, des acteurs syndicaux, des militants environnementalistes, des avocats, des journalistes. Jean-Noël Jouzel est directeur de recherche CNRS au CSO (Centre de sociologie des organisations, Sciences Po). Il est notamment l'auteur de Pesticides. Comment ignorer ce que l'on sait (Presses de Sciences Po, 2019). Maître de conférences en sociologie à l'Université Paris 13, Giovanni Prete est cherhceur à l'IRIS (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux) et au CSO.
Les pesticides sont des produits dangereux. Pour cette raison, ils comptent parmi les substances chimiques les plus surveillées et ce, depuis des décennies. Des agences d'évaluation des risques contrôlent leur mise sur le marché et assurent une toxico-vigilance de leurs effets sur la santé.Comment alors expliquer l'accumulation de données épidémiologiques qui attestent la sur-incidence de pathologies chroniques - maladies neurodégénératives, hémopathies malignes, cancers - parmi les populations humaines les plus exposées, et en particulier les agriculteurs ?Pourquoi des résultats aussi inquiétants sont-ils si peu de répercussion sur les autorisations de mise en vente ?Le sociologue Jean-Noël Jouzel a mené l'enquête en France et aux États-Unis pour comprendre ce qui conduit les agences d'évaluation à ignorer volontairement certaines données scientifiques lorsqu'elles n'ont pas été élaborées selon les normes de la toxicologie réglementaire.Les industriels ont bien compris le profit qu'ils pouvaient tirer de cette routine normative. Ils ont en effet tout intérêt à suivre ce cadre, disposant par ailleurs des ressources matérielles nécessaires pour s'y conformer.
Les scandales sanitaires qui ont secoué la France et les pays occidentaux au cours des dernières décennies ont mené à la création d'agences chargées d'évaluer les risques en matière de santé publique et d'environnement, tandis que les injonctions à une expertise toujours plus indépendante, transparente, objective et scientifique se sont multipliées. Pourtant, les pratiques restent souvent éloignées de ces impératifs. Compromis toujours « impur » entre science et politique, l'expertise résulte largement de luttes se jouant bien en amont, autour de la production de connaissances, qui mobilise une multitude d'intervenants : chercheurs, agents administratifs, collectifs de victimes, industriels, lobbyistes, journalistes, lanceurs d'alerte, etc. À destination des praticiens, étudiants et enseignants, ce premier dictionnaire consacré à l'expertise sanitaire en décrit les usages, notions et concepts en quelque 40 notices. S'appuyant sur les recherches les plus récentes, il rend compte à la fois des contextes institutionnels dans lesquels l'expertise s'inscrit et des acteurs qui y participent ou en subissent les conséquences.