Jean-Pierre Tabin
Jean-Pierre Tabin
Loin d'un moralisme charitable et compassionnel, les politiques sociales contemporaines s'appuient sur des idéaux proclamés, comme le bien commun, la justice sociale, la réduction des inégalités, la dignité des personnes, l'autonomie ou la responsabilité individuelle. Entre émancipation et contrôle, une nouvelle morale de l'intervention sociale se dessine-t-elle ? Si oui, cette métamorphose est-elle en adéquation avec les moyens pour la mettre en oeuvre ? Ou s'agit-il seulement de recompositions sectorielles, voire de réagencements de pratiques professionnelles et gestionnaires ? Basé sur des recherches sociologiques menées dans des contextes nationaux diversifiés allant de la France métropolitaine et ultramarine (Mayotte) au Québec, en passant par le Maroc et la Suisse, ce livre invite à ne pas conclure trop vite sur l'émergence d'une nouvelle morale de l'intervention sociale mais à prendre en compte les tensions normatives et les dilemmes pratiques qu'elle rencontre aujourd'hui.
Infirmité, invalidité, incapacité, handicap, situation de handicap... le vocabulaire utilisé pour décrire une atteinte à la santé physique ou psychique n'est pas anodin. Il repose toujours sur une conception de ce qu'est la « normalité » et véhicule des explications différentes des écarts à cette dernière. Que l'accent soit mis sur des facteurs médicaux, individuels ou sociaux, ou encore sur leur interaction, il affecte la manière dont des êtres humains sont perçus. Si désormais certains termes sont bannis, parce que jugés stigmatisants, la hiérarchie sociale perdure entre personnes considérées ou non comme « normales ». Elle est toutefois contestée par de nouvelles approches scientifiques comme les études critiques sur le handicap (Critical Disability Studies) qui questionnent la « normalité », les présupposés qui la sous-tendent et proposent de la repenser. L'objectif de ce livre est triple : il s'agit d'abord d'analyser le traitement social du handicap et de l'invalidité, ensuite de comprendre l'expérience qu'en font les personnes concernées, et enfin d'interroger ce qu'est cette « normalité » qui produit le handicap ou l'invalidité.