Jean-Pierre Zorio-Prachinet
Jean-Pierre Zorio-Prachinet
Cannes, festival en effervescence. Quand un jeune acteur est retrouvé mort d’une overdose sur une chaise bleue de la Croisette, le capitaine Cantaballe, policier solitaire et rêveur, sent que la vérité se cache bien au-delà des apparences.
Et si l’amour n’était qu’une suite de silences et de malentendus ? Les lendemains plus jamais clôt en apothéose la trilogie Le désordre des choses, où Jean-Pierre Zorio-Prachinet explore, avec une écriture crue et poétique.
« Les portes se décoincent pour me voler mon sourire ironique. Une énormité, Corinne entre au Saloon, dans son pull et avec sa fameuse toison de lumière. Elle cherche des yeux quelqu'un ou quelque chose, elle hésite, comme si elle s'était trompée de porte. Je me pince pour y croire, les pupilles dilatées, je vais me réveiller. Elle avance sur moi et elle me demande si elle peut s'asseoir. Incapable de réaliser, je suis sans réponse. Elle se pose, insecte indésirable, elle soulève sa chevelure et je reviens sur la porte à battants pour recompter ses lamelles en arrivant toujours au même résultat. Où est la combine, l'astuce, le trucage ? Mes mains passent sous la table, mes doigts se croisent, se tortillent. Elle insiste. - Tu es au sana depuis combien de temps ? C'est la première fois que je perçois sa voix aussi nettement, je n'avais reçu que des bribes inintelligibles au ciné. Une petite voix claire, fragile. Je me surprends à me creuser la cervelle pour trouver le bon chiffre de mon arrivée. »
«On s'envoie des bouées de sauvetage trouées. On se sent alourdis, empesés, dégoûtés. Ce séjour à l'IJ n'est qu'une étape, une sorte de stage, et Tintin n'est qu'un rigolo. La première impression est mauvaise mais il y en aura d'autres. On en profite au passage pour vomir ce quartier et cette ville aux accents pointus. La haine de Paris nous vient sans distinction, on balance tout dans le même sac. Je quitte Yves à une bouche de métro, au Châtelet. Je suis d'accord avec lui, on est dans la panade. Mais j'ai une carte de police, l'essentiel, et des projets qui ne se partagent pas. Après cette journée jetable, je me dis que j'ai encore moins de temps à perdre pour entamer ma liste. Je vais rapidement retrouver Corinne pour foutre le camp ensemble. »