Jean Woirin
Jean Woirin
Dans ces brèves nouvelles, où l'aviation n'est souvent qu'un prétexte, l'auteur suggère un portrait, met en lumière un trait de caractère. Il sollicite notre intérêt pour une réaction psychologique, ou une morale parfois inattendue et qui se voudrait toujours souriante. Sous des cieux divers, c'est la vie avec ses imprévus - au-delà des précisions techniques de l'aviateur, utilisées épisodiquement pour planter un décor... et Jean Woirin sait de quoi il s'agit : lui ne se retrouvait même pas cette double face de Janus que, si bons, si éprouvés qu'ils soient, portent successivement tous les hommes. Y compris ceux qui, comme Michel, sont mariés et aiment leur femme. Ils sont là, débordant de bons sentiments, heureux époux, excellents pères, en plein dans l'orthodoxie... Et puis un visage de femme se présente, ou même seulement la galbe d'un corps féminin. Et voilà les bons sentiments envolés. C'est ce que les femmes, souvent, n'imaginent pas : c'est que l'homme si apprécié comme un ami, presqu'un frère, puisse - tout d'un coup - se retrouver le mâle actionné par les sens et qui passera sur les convenances, les liens acquis, au point de parfois tout détruire, tout gâcher et, parfois aussi sans rien obtenir, si ce n'est d'avoir perdu une amie...
"Mémoire de l'oubli" se déroule en 1943-1944, lors de l'entraînement de pilotes de chasse sur le continent américain, vécu par de jeunes Français anxieux de pouvoir regagner l'Europe pour y combattre. C'est d'abord la séparation d'un jeune évadé de France vers la fin de 1942, disant adieu à une compagne pour les six mois prévus au Canada. Ces six mois, hélas ! vont durer près d'un an : Marc et ses camarades ressentiront adversement une vie facile, malgré les embûches de l'entraînement, loin de la guerre puis, dès juin 1944, du Débarquement et de l'avance alliés en Europe. Le récit se déroule successivement à l'Est des États-Unis, puis dans les provinces Est et Ouest du Canada, jusqu'au Saskatchewan de neige et de glace, "à la porte du Grand Nord", après la quinzaine d'une permission "obligée", entre deux stages, en Californie. C'est surtout le récit du lien brusquement interrompu, à la fin de l'entraînement au Canada, entre le personnage central de l'histoire et une jeune Canadienne française : leur attachement réciproque a été si précieux ! Avant le retour vers l'Angleterre, au début de 1945, lors de l'attente de l'embarquement vécue à New York et Washington, c'est le récit d'un Français invité à la Maison Blanche à la table des Roosevelt.
Dans ces brèves nouvelles où l'aviation n'est souvent qu'un prétexte, l'auteur suggère un portrait, met en lumière un trait de caractère. Il sollicite notre intérêt pour une réaction psychologique ou une morale parfois inattendue et qui se voudrait toujours souriante. Sous des cieux divers, c'est la vie avec ses imprévus au-delà des précisions techniques de l'aviateur, utilisées épisodiquement pour planter un décor... et Jean Woirin sait de quoi il s'agit : ... Lui ne se retrouvait même pas cette double face de Janus que, si bons, si éprouvés qu'ils soient, portent successivement tous les hommes. Y compris ceux qui, comme Michel, sont mariés et aiment leur femme. Ils sont là, débordant de bons sentiments, heureux époux, excellents pères, en plein dans l'orthodoxie... Et puis un visage de femme se présente, ou même seulement la galbe d'un corps féminin. Et voilà les bons sentiments envolés. C'est ce que les femmes souvent n'imaginent pas : c'est que l'homme si apprécié, comme un ami, presqu'un frère, puisse tout d'un coup, se retrouver le mâle actionné par les sens et qui passera sur les convenances, les liens acquis au point de parfois tout détruire, tout gâcher, et parfois aussi sans rien obtenir, si ce n'est d'avoir perdu une amie...