Jean-pierre Milovanoff
Jean-pierre Milovanoff
« Cette vie des dernières années de mon père, quand son visage montra clairement qu'il avait renvoyé dos à dos son passé et son avenir et qu'il n'avait plus rien à redouter ni à attendre, cette vie sans amertume et sans ambition, je ne la vois pas, je n'en saisis pas le sens, je n'y participe que de loin, mais je l'entends en moi, venant de partout, un bourdonnement insensé, une langue qu'on ne sait pas. Maintenant que je l'ai perdue - j'ai écrit pour ça, pour qu'enfin elle soit perdue -, je dirai que c'était de la musique. Sans la musique. Pas d'événements extérieurs. Les sentiments et les sensations (j'imagine) coïncidaient. Et moi, l'enfant hybride, le fils monstrueux, je me tenais en retrait mais à l'intérieur de cette coïncidence, sans en éprouver les limites, comme dans un cercle enchanté. »
Un roman vertigineux où la fête foraine devient le théâtre d’un duel aérien aussi poétique que périlleux. Sous les phares des manèges, deux pilotes défient la mort et le hasard, dans une danse mécanique où chaque trajectoire est un pari.
"Tout a été dit et l'on vient trop tard, a dit un auteur mais je croirai plutôt que l'on vient toujours à l'heure où personne ne nous attend à part nos parents ébahis et une vieille sage-femme. Cela s'appelle la vie. On débarque sur un seuil où des gens s'amusent ou se font la gueule, on se mêle à eux un moment, puis l'on se détache du groupe, on cherche ses clés de voiture et l'on part se fracasser loin des regards." Valentin, 50 ans, vit avec sa mère. Il a peu lu, alors qu'il travaille comme magasinier dans une bibliothèque, et nourrit un complexe d'infériorité intellectuelle. Il est fin cuisinier et amateur de bons vins. A l'orée du texte, il rencontre par hasard Marc Chalinski, chirurgien ORL. Les deux hommes ont le sentiment d'avoir été condisciples, mais ils ne sauraient dire où... Avant que Chalinski ne meure dans un accident, ils auront eu le temps de nouer un curieux rapport, Chalinski faisant appel à Valentin pour organiser chez lui des repas de fête ou garder sa luxueuse villa en son absence. La "timidité sociale" de Valentin n'empêche pas certains succès. Des femmes se succéderont dans sa vie. Outre Rose sa mère très aimée et très encombrante, et sa patronne, la tyrannique Mme Angin, il y aura Linda Lopez, étudiante en Lettres, intéressée et perfide ; Gaétane, névrosée ; Manon qui ne songe qu'à "réussir" ; Bettina, ex-femme battue ; et enfin Tancrelle, prof de français dont Fellini est le cinéaste préféré, qui l'aidera à surmonter ses complexes... Mais le bonheur d'un Valentin métamorphosé peut-il durer ? Un roman "humain", chaleureux, nostalgique, aussi imprévisible que l'est la vie, aussi guetté par la fin que nous le sommes tous : comme un blues de nos existences trop brèves...
D'entrée de jeu, un télescopage rapide conduit du crime à la naissance, de la naissance au crime. Le récit ne s'embarrasse d'aucun temps mort. Appelés par un mot, par une scène, les décors surgissent à point nommé, puis se défont dans l'après-midi fin de siècle. Ici l'anonymat est la règle ; les lieux ne sont que des passages : chambre d'hôtel, boulevard, salle de cinéma, tribunal, cellule de prison, autobus, appartement squatté. Vivant au jour le jour « dans le gris de l'histoire », dépossédés de leurs propres émotions par le cours accéléré des événements, c'est à peine si les personnages ont le temps de se constituer une identité repérable par un surnom (Le Bouclé, Ange, Fifille, etc.). La violence qu'ils exercent sur les autres ou sur eux-mêmes n'est que l'envers de la nostalgie. À la fin, quand tout est joué, une dernière accélération transforme la souffrance en fait divers.
Chardin a 66 ans, et s'il paraît son âge, son coeur, lui, n'en a pas : versatile et tendre, sous une carcasse solide. Sa carte de visite indique «conseiller artistique » mais ne rend pas justice à ce qu'il fut - acteur et metteur en scène -, ni même à l'énergie qu'il déploie désormais : décorateur, muse, mentor, philosophe, paysagiste, autant de talents qu'il met au service de la richissime Delphine Campbell, qui d'octobre à juin l'accueille dans son immense bastide, où défile toute la bonne société. Et si Delphine n'est pas indifférente à son ami-majordome, lui n'a d'yeux que pour Gina, la nièce de Madame, de presque quarante ans sa cadette. Son dernier amour, pense-t-il... Dans ce nouveau roman dont les deux principaux protagonistes, Chardin et Madame Campbell, forment un duo délicieux, Jean-Pierre Milovanoff nous revient avec l'humanité et la délicatesse qui depuis toujours le caractérisent, comme cette prose sobre et expressive, dont on retrouve ici la musique avec un plaisir intact.
Le coeur seul demeure fait la part belle à l'inattendu : ce que l'on pourrait craindre ne se produit pas et ce qui arrive est imprévu. Ainsi La déception et l'enchantement font-ils jeu égal. Parfois, l'histoire se limite à un simple moment : la rencontre entre un enfant et un déserteur ; les derniers instants de lucidité du compositeur Robert Schumann ; un vendeur de vin de Bourgogne qui montre sa nature généreuse à l'occasion d'une dégustation. A mi-chemin entre la fable et la « success story », le Tailleur de Paris évoque la carrière discrète puis triomphale, d'un couturier de génie. L'escorte, dans la lignée des contes fantastiques, raconte la nuit plus qu'étrange d'un homme paisible et routinier... Ecrits dans un style limpide et poétique, ces neufs récits sauront toucher par leur diversité, leur charme et les surprises qu'ils ménagent.
Deux nuits de suite, nous avions joué au poker. Dans la villa du conseiller. Et c'était la troisième nuit. Une porte battait derrière ma chaise. « Copyright Electre »
Un soir d'été, dans la grande maison sous les platanes où il s'est retiré, Pavel, un homme discret et silencieux, protégé du monde par la fumée de ses cigarettes, confie à son fils Jean-Pierre le récit de sa vie. Russe blanc, il fuit à quinze ans sa famille, son pays et la mort promise à un jeune bourgeois issu d'une école militaire tsariste, payant son exil d'une solitude définitive. Il traverse à pied l'Ukraine à feu et à sang, parvient à Sébastopol puis à Constantinople et enfin en France. Devenu ingénieur dans les Cévennes, il rencontre deux soeurs, Rénata l'institutrice et Odine, danseuse et chorégraphe. Il épouse la plus jeune qui ne peut vivre loin de son aînée. Ainsi devient-il, de son propre gré, prisonnier de ces « étoiles doubles », rivales mais inséparables. Avec humour et ce détachement souverain des seigneurs qui prennent congé du monde, nimbé d'un halo de fumée, Pavel révèle ses secrets, entre tragédie et légende, au futur écrivain qui ne cessera de bâtir la grande maison de mots où réfugier son propre exil intérieur.
« L'été, trente-six degrés ou plus dans ma chambre l'après-midi, cela ne m'incommode pas. J'ai passé ma petite enfance en Afrique, j'aime sentir sur moi la peau brûlante de l'air. Mais cette année-là, celle de mes treize ans, on entendait dire à Paris... »Une rumeur qui devient un fait, puis un scandale. Un enfant qui découvre l'indifférence des adultes. Un cambrioleur qui voudrait être aimé. Bienfaiteur ou escroc, qui est l'étrange visiteur de l'été 2003 ?
"Au cours du bel été 37, la terreur grande était partout, mille six cents exécutions par jour en moyenne dans l'Union des Républiques Soviétiques Socialistes, cinquante mille fusillés par mois, mais les jeunes filles d'Odessa mettaient leurs plus légères robes de coton pour acceuillir les arrivants et, le soir, du pont des bateaux, pendant que les haut-parleurs diffusaient des valses joyeuses, les glode-trotters en complets blancs admiraient les manèges illuminés qui tournaient dans les collines."A travers le récit d'une évasion à première vue impossible, Jean-Piere Milovanoff revient sur ses attaches russes, mêlant le destin de ceux qui ont pris le risque de l'exil et la tragédie de millions d'hommes, broyés par l'histoire.
L'histoire de la Seconde Guerre mondiale par ceux qui l'ont menéeLes Allemands Kesselring, Halder, Manstein, Milch et Jeschonnek, les Japonais Tojo, Yamashita et Yamamoto, les Italiens Badoglio et Graziani, les Soviétiques Joukov et Vassilievski, les Britanniques Brooke et Montgomery, les Américains Harris et Spaatz, King, Marshall, Eisenhower, Nimitz et MacArthur, mais aussi les Français Gamelin et Juin ou le Chinois Tchang Kaï-chek : autant de grands chefs militaires connus pour certains, injustement oubliés pour d'autres qui ont façonné l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et de leur pays, et dont la formidable équipe réunie par Benoist Bihan et Jean Lopez (Nicolas Aubin, Giovanni Cecini, Jean-Charles Foucrier, Roman Tppel...) brosse le portrait avec talent et hauteur de vue, offrant un panorama d'envergure de l'histoire militaire du conflit.Quel est leur parcours, pourquoi ont-ils été choisis à leur poste, comment s'entendent-ils avec leurs subordonnées, avec les autorités de leur pays, quel type de commandement les caractérise, quelles expériences ont formaté leur conduite, quel a été leur rôle et leur influence sur le cours des événements, en somme quels chefs sont-ils... Une histoire du commandement sous le feu par les meilleurs spécialistes.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Misha Miriaki, solitaire en exil, quitte son pays d'élection, le Japon, et revient s'installer en Langudeoc, au bord de la mer, sur les lieux de son enfance. Séducteur désenchanté, charmeur malgré lui, il tente d'échapper à toutes les sollicitations pour retrouver le sens de sa vie dans ses souvenirs les plus lointains. Mais l'indifférent, le sceptique, tombe amoureux, ce qui ruine tous ses plans. Auprès d'Amalia et des habitants de Cap-Marin, il redécouvre la passion amoureuse et les amitiés authentiques. A l'hiver d'un égoïste succède le printemps d'un homme vivant. Mais ce plaisirs peuvent-ils durer ? Le temps de deux saisons, Jean-Pierre Milovanoff emporte le lecteur dans un univers où les souvenirs de l'enfance et ceux d'un Japon sublimé - celui des haïkus et de la délicatesse - se mêlent aux portraits des personnages d'aujourd'hui.
Silvio est le gardien d'un camping au bord de la mer, en Camargue, à la morte-saison. Ce rêveur éveillé vit avec ses souvenirs, l'hôtel de la Bélugue où sa mère célibataire l'éduqua entre les transats et les disques de jazz. Silvio est surtout hanté par une question : qui est son père ? Et comment pourrait-il le retrouver ? Ainsi commence une enquête sentimentale absurde et obstinée, une filature du côté des pensionnaires de la Bélugue, des sentiments abandonnés, des vérités qui se dérobent. Serait-ce Monsieur Milianoff, pris en photo sur la plage, souriant tendrement ? Ou alors Johnny Wood, le guitariste à l'accent de l'Alabama ? Peut-être le Yachtman, un skipper à terre en attente éternelle de lever l'ancre ? Qu'importe, se dit-il, alors que les eaux du Rhône montent... Ce beau roman mélancolique de Jean-Pierre Milovanoff se lit comme un blues : un chant qui vous prend à la gorge.
« Je ne sais plus chez quel romancier russe j'ai lu que le monde est peuplé de velléitaires tourmentés par leurs illusions » : Jean-Simon Blaize et Cora Eden, les deux narrateurs principaux, sont de ceux-là. Le premier, comédien raté, asthmatique comme Jouvet, mais frivole et paresseux, célèbre à l'orée du roman ses quarante ans et sa retraite loin de la capitale, dans une bastide cévenole. A la fête qu'il organise surgit Cora Eden, qu'il connut à ses débuts sur scène : comme lui, mais plus tôt, Cora a renoncé à sa carrière de comédienne. Ce soir-là, Cora et Jean-Simon, dont la relation se teinte d'un mépris réciproque, se découvrent une attache commune : Georgio Vilanovitch, metteur en scène et dramaturge tyrannique, dont les créations oscillent entre sordide et féérie ; Georgio, grand solitaire, « aux yeux verts qui ne vous laissent pas tranquilles ». Jean-Simon et Georgio sont amis depuis le lycée ; au fil des années, le premier a pu suivre, non sans quelque amertume, le succès grandissant du second. Cora est devenue l'assistante du metteur en scène : à défaut de jouer sous sa direction, factotum résignée, elle a su se rendre indispensable. Pour l'un et pour l'autre, Georgio est le miroir inversé et cruel d'une existence médiocre. Quant à Gladius, le clown mélancolique et depuis peu l'amant de Cora, il n'a pas su voir, vingt ans auparavant, que le jeune Georgio qui le conduisait alors au succès, lui prenait aussi sa femme... Georgio meurt prématurément, fauché par une auto sur un boulevard parisien. Il laisse à Jean-Simon et à Cora une confession inachevée, comme un dernier coup de théâtre, levant le voile sur le ressort énigmatique de son existence, celle d'un être plein d'orgueil, « tout sauf un ange », né de père inconnu, mu par le seul désir d'échapper au destin misérable de sa propre mère battant le pavé le soir pour vendre, contre quelques pièces, des fleurs à l'unité. Reprenant la plume qu'il leur tend au-delà de la mort, Cora et Jean-Simon, en alternance, comme s'ils se donnaient la réplique, racontent : à leur tour ils mettent à nu leur propre existence, sous les feux de la rampe d'une relation triangulaire désormais sans fard. C'est l'histoire que nous lisons, orchestrée par les mots de l 'ami disparu, dont la confession, récit gigogne inséré à la fin du roman, fournit la clé : « ne pas sourire dans la défaite ».
Le roman s'ouvre sur l'hiver, le blanc neigeux, la solitude. Il se referme sur le printemps, le bleu, le rêve. Entre ces deux périodes, Jean-Pierre Milovanoff campe de beaux personnages enracinés autant dans leurs terres que dans leurs chimères : au pays des vivants. Lorsque le fugitif au visage de Chinois, sans doute évadé d'une prison, atteint le village de Pierrefroide, perché dans un paysage montagneux, il croit trouver refuge chez Kochko, boxeur à la démarche dansante, qu'il a jadis sauvé en mer de Chine, par on ne sait quelle solidarité d'aventuriers. Mais Kochko est mort. Seuls Bichon, « cantonnier des cinq communes et fossoyeur à l'occasion », et Faustine, se souviennent du boxeur taciturne, baroudeur immobile, le Kochko amoureux d'une seule femme, Faustine, qu'il est allé chercher dans un cabaret à Marseille. Le fantôme tant aimé brouille les esprits : peut-être est-ce sa silhouette massive qu'on distingue la nuit dans la montagne ? Pourquoi cette fascination ? Que cherche vraiment le fugitif ? Idiot génial, ahuri lunaire vivant avec ses plantes, Bichon enterre les morts, aide à l'Institut des sourds-muets, célébrité du lieu, et tombe amoureux d'une acrobate trop jolie. « Ma vie est pleine de tiroirs qu'il vaut mieux ne pas ouvrir » lui avait dit le boxeur devenu son unique ami. Bichon mène l'enquête. C'est lui qui va nous initier aux secrets de Kochko, nous apprendre les passions débordantes et clandestines de Faustime : lui qui, avec sa maladresse cocasse, aura le fin mot de l'histoire, composée magnifiquement, écrite en phrases qui arrivent par tempêtes.
C'est l'histoire de la dérive d'un homme ordinaire que sauveront l'amitié et le hasard des rencontres. Quand s'ouvre le livre, Isidore a 51 ans, une vie d'honnête ouvrier désormais au chômage, la fantaisie effacée d'un homme de petite taille coiffé d'un panama d'artiste. Il erre dans Nîmes où il habite. Sans moyens et sans but, il dégringole vite l'échelle sociale et perdra bientôt sa dignité. La chaleur de la féria nîmoise l'étouffe. Il s'attaque à un enfant, ne blessant que lui-même car il tenait son opinel par la lame. Le coup de folie d'un paria qui fut un enfant battu ? Ou le mirage d'un passé où on l'aima pour de vrai ? Placé pour quelques jours chez le riche amant de sa thérapeute, cet homme sans qualités devient l'homme à tout faire. Entre le financier et le chômeur de longue durée, dans la campagne nîmoise, se noue une paradoxale amitié. Ils se protègent l'un l'autre, se découvrant une même solitude dans la misère et dans l'opulence, jusqu'à l'arrivée de Gabrielle, jeune femme aux yeux gris, qui emportera ces deux coeurs avec elle. Isidore, désespéré, raconte l'histoire d'un amour condamné dès l'origine, Gabrielle qui fut jadis dans ses bras, et nous voilà revenu au début du roman ! Qu'est-ce qu'un héros ? « Résister à la solitude, garder son mystère, c'est ça l'héroïsme. Vous ne tenez pas beaucoup de place mais vous êtes un petit coffre d'acier, fermé à quadruple tour, avec les clés à l'intérieur » dit-on d'Isidore, cet homme que le destin n'épargne guère. Jean-Pierre Milovanoff, en rupture avec les légendes familiales qu'il aime raconter, analyse les rapports clairs-obscurs entre trois personnages, deux hommes, une femme : un désir triangulaire. Il dépeint aussi nôtre époque qui laisse sur le carreau ceux qui ne se battent pas. Isidore, anti-héros de notre temps.