Jean-pierre Olivier de sardan
Jean-pierre Olivier de sardan
La mise en place des communes, étape cruciale des politiques de décentralisation en Afrique, ne se fait pas sur une terre vierge : ces nouvelles institutions prennent place dans des espaces sociaux et politiques complexes. C'est pourquoi on trouvera ici une analyse détaillée du fonctionnement des arènes politiques locales au Niger, avant les premières élections municipales de 2004. À partir de nombreuses enquêtes empiriques menées sur des sites variés, selon une problématique commune, cet ouvrage décrit les rôles respectifs de la chefferie (qui est restée au Niger une institution centrale de l'État), des multiples comités de gestions et associations (implantés le plus souvent par les institutions de développement), des ressortissants, des commerçants, des partis politiques ou des agents locaux de l'État, en accordant une grande place aux propos des intéressés et aux études de cas. Une réflexion analytique et théorique plus générale, mais toujours enracinée dans le terrain, traverse et sous-tend cet ouvrage. Elle porte sur les modes de gouvernance locale, la construction de l'État, la culture politique locale, les interactions entre institutions, groupes stratégiques et acteurs, la dialectique entre dynamiques locales et facteurs externes, les normes pratiques, le factionnalisme, les formes de légitimité, de revendication et de contestation, les registres de notabilité, la constitution d'un espace public local. Cet ouvrage est l'ouvre d'un laboratoire de recherche africain, le LASDEL (Laboratoire d'études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local), qui a mobilisé neuf de ses chercheurs et deux chercheurs européens associés. Il constitue la première étape d'une étude à long terme des dynamiques sociales et politique locales, menée par le LASDEL dans le cadre de son « Observatoire de la décentralisation au Niger », selon une perspective simultanément diachronique et multi- sites, et grâce à un véritable travail d'équipe. Un second ouvrage examinera la mise en place des communes et les caractéristiques du nouveau mode de gouvernance communal, et un troisième portera sur les élections municipales.
Dans les centres de santé publics d'Afrique de l'Ouest, les malades sont trop souvent mal reçus, mal traités et mal soignés par les personnels de santé. C'est ce que démontre de façon irrécusable cet ouvrage. Pour la première fois, un tel constat est fait publiquement sur une base empirique solide, sans complaisance mais aussi sans polémique. Bien que depuis une trentaine d'années, les réformes des systèmres de santé et les formations destinées aux soignants se soient succédées, l'insatisfaction des populations reste grande.
La socio-anthropologie considère le "développement" comme une forme particulière de changement social, qu'un ensemble complexes d'intervenants (ONG, agences nationales ou internationales ..) cherche à impulser auprès de "groupes-cibles", eux-mêmes divers et évoluant selon les dynamiques propres. Cette approche peut contribuer, pour une part modeste mais réelle, à améliorer la qualité des services que les instituions de développement proposent aux populations, en permettant une meilleure prise en compte des dynamqiues locales. Logiques, rationalités, représentations, stéréotypes, stratégies, innovations, modes d'action économique, détournements, dispositifs, savoirs techniques populaires, médiations, négociations, courtages, arènes ... Ces mots clés scandent les analyses proposées, alimentées par une abondante littérature comparée et étayées par des exemples de terrain, et dessinent un ouvrage de référence sur le sujet, qui, jusqu'à ce jour, faisait complètement défaut en France.
A la veille de la colonisation, le célèbre empire songhay du Moyen-Age n'était plus qu'un souvenir ; les groupes songhay-zarma, ou assimilés, divisés entre chefferies multiples et soumis à l'hégémonie des Touaregs ou des Peuls, n'avaient plus en commun que la langue et la culture. A partir de sources multiples et en s'appuyant en particulier sur une grande diversité de témoignages paysans contemporains, largement cités dans cet ouvrage ? L'auteur présente un tableau des principales contradictions sociales qui structuraient les sociétés songhay-zarma (Niger occidental et Mali oriental). Maîtres et esclaves, chefs et sujets, guerriers et paysans, aînés et cadets, hommes et femmes formaient ainsi la trame de l'espace social. Mais, pour en comprendre le fonctionnement, il faut toutefois « déconstruire » les notions faussement évidentes d'esclavage, de guerre, de chefferies ou d'aînesse... A partir des années 1900, la colonisation détruit ou modifie l'ancien système de contradictions. Un autre se met en place, autour de nouvelles formes de pouvoir et d'extorsion. La manipulation de la coutume y jouera un grand rôle. Relevant à la fois de l'anthropologie sociale et de l'ethnohistoire, ce livre s'appuie sur un choix méthodologique : la culture est un produit et un enjeu, et non un simple patrimoine les sociétés villageoises sont éclatées, fracturées, hétérogènes. Et loin de vouloir réduire ou nier les contradictions des discours « indigènes », il convient d'en rendre compte et de s'y appuyer pour remonter des représentions aux structures sociales.
Les dernières décennies ont vu une banalisation de l' « archive » qui, mise au singulier, tend à désigner toute trace, le plus souvent fragile et périssable, d'un passé qui s'éloigne et trahit ainsi l'essor inquiet d'une patrimonialisation tous azimuts. Je voudrais ici, bien conventionnellement, me référer à l'archive au sens technique, celui de la tradition archivistique, que propose, par exemple, le chartiste Jean Favier aux toutes premières lignes de son petit mémento : « Les archives sont l'ensemble des documents reçus ou constitués par une personne physique ou morale, ou par un organisme public ou privé, résultant de leur activité, organisé en conséquence de celle-ci et conservé en vue d'une utilisation éventuelle ».Si nombre de corpus documentaires peuvent renvoyer aux formes diverses de collection, seul un petit nombre d'entre eux repose sur les logiques, institutionnelles au sens large, de production et de conservation de l'information.
Comment sont délivrés les services publics en Afrique ? Il s'agit là d'un chantier neuf pour la socio-anthropologie, qui, dans cet ouvrage, aborde le problème par le biais de la corruption quotidienne. En effet, les relations entre fonctionnaires et usagers des services publics sont aujourd'hui indissociables d'une corruption (au sens large) banalisée et systémique. On trouvera ici les résultats de la première enquête de terrain qualitative menée sur ce thème à l'échelle de plusieurs pays ouest-africains (Bénin, Niger et Sénégal).