Jeannine Verdès-Leroux
Jeannine Verdès-Leroux
Du tournant des années 1930 à la fin de la IVe République, certains écrivains, des littérateurs se sont engagés à l'extrême droite. Leur définition : un refus violent de la démocratie. On trouve, au départ, l'Action française de Charles Maurras et ses surgeons : les rebelles (Combat, L'Insurgé), les fils ingrats et reniés (les fascistes de Je suis partout, qui se précipiteront dans la collaboration) et aussi, loin de l'Action française qui parlait de roi, d'élite, d'inégalités, le parti populaire français de Doriot : ce parti qui voulait réunir l'"émotion révolutionnaire" et des préoccupations sociales aux promesses de "grandeur", attira (aussi) des intellectuels - Drieu la Rochelle, par exemple, alla y chercher un public, une action, des émois. L'occupation et le régime de Vichy firent éclater ces courants. Après la Libération, de nouvelles configurations se sont formées, réunissant des ennemis hier irrémissibles, devenus plus sensibles à l'identité de leur haine - la démocratie - qu'à leurs affinités, en fait mal décelables. Ce parcours conduit, en particulier, à éclairer trois objets : la France des années de l'occupation, qu'il faut réévaluer ; le rôle de franges intellectuelles dans de douteux combats antidémocratiques ; enfin, la fragilité de la démocratie : faisant appel à la liberté individuelle, à la raison, elle laisse inassouvis, aux extrêmes, ceux qui attendent de la politique le bonheur (à gauche) et la «grandeur» (à l'extrême droite).
Du tournant des années 1930 à la fin de la IVe République, certains écrivains, des littérateurs se sont engagés à l'extrême droite. Leur définition : un refus violent de la démocratie. On trouve, au départ, l'Action française de Charles Maurras et ses surgeons : les rebelles (Combat, L'Insurgé), les fils ingrats et reniés (les fascistes de Je suis partout, qui se précipiteront dans la collaboration) et aussi, loin de l'Action française qui parlait de roi, d'élite, d'inégalités, le parti populaire français de Doriot : ce parti qui voulait réunir l'"émotion révolutionnaire" et des préoccupations sociales aux promesses de "grandeur", attira (aussi) des intellectuels - Drieu la Rochelle, par exemple, alla y chercher un public, une action, des émois. L'occupation et le régime de Vichy firent éclater ces courants. Après la Libération, de nouvelles configurations se sont formées, réunissant des ennemis hier irrémissibles, devenus plus sensibles à l'identité de leur haine - la démocratie - qu'à leurs affinités, en fait mal décelables. Ce parcours conduit, en particulier, à éclairer trois objets : la France des années de l'occupation, qu'il faut réévaluer ; le rôle de franges intellectuelles dans de douteux combats antidémocratiques ; enfin, la fragilité de la démocratie : faisant appel à la liberté individuelle, à la raison, elle laisse inassouvis, aux extrêmes, ceux qui attendent de la politique le bonheur (à gauche) et la «grandeur» (à l'extrême droite).
« Quelle chance d'être né au monde sur les collines de Tipasa. Et non à Saint-Etienne ou à Roubaix. Connaître ma chance et la recevoir avec gratitude », écrivait Camus en janvier 1955. Etre né, vivre sur une terre splendide, l'Algérie, était ressenti par presque tous les Français comme une « chance ». Un jour, cette condition fut perçue par les « métropolitains » comme une « faute » appelant condamnation. Ce livre explore cette tragédie. Qui étaient les Français d'Algérie? Ils sont issus d'une histoire courte - cent trente-deux ans -, houleuse, faisant alterner des pages heureuses et douloureuses, tissées de contradictions sans issue. On les fait entendre ici grâce à des entretiens menés auprès de cent soixante-dix Français d'Algérie, aux conditions et aux métiers variés, de tous les âges, de toutes les origines, vivant dans les lieux les plus différents. Quel point commun y a-t-il entre vivre à Alger et vivre à Trézel ? Bref, une société bigarrée, complexe, singulière. Pour comprendre les Français d'Algérie, on a remonté le temps, jusqu'à la longue et meurtrière guerre de conquête. On voit qu'ils sont les fils de l'idéologie triomphante de la IIIe République qu'elle forgea à sa naissance et imposa dans la première moitié de xxe siècle. L'intégration remarquable de cette communauté, les résultats éclatants de quelques-uns ne peuvent empêcher que s'expriment encore de l'amertume chez beaucoup de ces exilés et le regret ardent d'un pays qui n'existe plus. Jeannine Verdès-Leroux, directeur de recherche C.N.R.S. à la Fondation nationale des sciences politiques, a entrepris cette recherche après des travaux sur le parti communiste, les intellectuels et la culture (Au service du parti, 1983 ; Le Réveil des somnambules, 1987) ; sur les intellectuels d'extrême gauche et la révolution cubaine (La Lune et le Caudillo, 1989) ; sur la politique et la littérature à l'extrême droite, des années trente à la Libération (Refus et violences, 1996).
De la sortie des Héritiers (1964) à la Misère du monde (1993), Pierre Bourdieu a occupé une place importante dans la vie intellectuelle : objet de nombreuses critiques puis de larges célébrations, sans changer le moins du monde une théorie très vite échafaudée, il n'a cessé de faire de la polémique une arme "scientifique", et de critiquer ses critiques. Profitant de l'audience élargie que lui a conférée la Misère du monde, le "savant" s'est transformé en "militant scientifique", plus avide d'interventions sur les estrades politiques que de réflexion. Travaillant depuis vingt ans sur la place des intellectuels aux extrêmes de l'espace politique et sur leur rôle dans des combats souvent antidémocratiques, je me suis arrêtée sur l'oeuvre complète de Bourdieu - léninisme pessimiste rehaussé par un lourd apparat scientifique -, puis sur le rôle du doctrinaire, peu soucieux d'expliquer ceux dont il s'improvise le porte-drapeau et voulant s'imposer comme "intellectuel total". Jeannine Verdès-Leroux, directeur de recherche au CNRS, a entrepris cet essai après des travaux sur le parti communiste, les intellectuels et la culture (Au service du Parti, 1983, le Réveil des somnambules, 1986) ; sur les intellectuels d'extrême gauche et la "révolution cubaine" (la Lune et le caudillo, 1989) ; sur la politique et la littérature à l'extrême droite, des années trente à la Libération (Refus et violences, 1996).