José Manuel Mora
José Manuel Mora
Au sein d'un univers aquatique, les Nageurs de la nuit forment un Ordre secret, constitués d'hommes et de femmes écorchés, délaissés et souffrants. Tous cohabitent autour d'un lien qui les rassemble, celui de la solitude, de la violence, mais aussi celui de la joie. Ils forment une communauté unie mais secouée par l'effondrement de ses représentations habituelles. Damnés de l'amour, ils apparaissent telles des voix fragmentées, résonnants en un choeur contemporain. Les personnages deviennent le portrait d'un monde malade et morcelé, dans lequel l'innocence ne trouve plus sa place. Le sujet intime défie le politique tandis que le corps politique s'insinue dans l'intime. Dans la relation littéraire que l'auteur entretient avec le plateau, la littérature se situe dans le sillon des auteurs sud-américains, placée entre un langage métaphorique et une parole exclue de la réalité. La scène devient un lieu d'expérience poétique, dans lequel le temps et l'espace semblent flottants, à l'image de la déstructuration formelle du texte. L'écriture de Mora met en tension le spectacle incessant que chacun des personnages donne de soi au monde, mais aussi le moi déchiré des individus modernes.
Les Nageurs du jour est une pièce qui nous parle d'un monde à part, un monde qui aspire à survivre au monde de la nuit. Le fils de Jean G., fondateur de l'Ordre des Nageurs de la nuit (publié en traduction française en 2016), tient maintenant un Salon de Beauté après le terrible incendie qui a détruit l'Ordre en question... On va y découvrir son histoire intime, sa filiation biologique et spirituelle, mais aussi celles de personnages qui veulent se libérer d'anciennes douleurs tout en se préparant à mourir : humour noir, potins, presse people, rien n'échappe aux dialogues qui tissent l'itinérance de ces figures charnelles et spectrales à la fois. Contrairement au monde des Nageurs de la nuit où règne la violence, celui des Nageurs du jour se définit par la douceur et l'altruisme, faisant émerger une possible communauté, une éventuelle rédemption. En cela ce texte est porteur d'espérance et d'un grand rire qui rendent l'existence enfin supportable ! Mais ne nous y trompons pas, ce récit dramatique s'inscrit aussi dans une béance existentielle fondée sur des illusions perdues, et ce à travers un labyrinthe qui abrite une galerie de personnages improbables pourtant très proches. On y retrouve le sens tragique de la vie qui fait de nous de belles marionnettes invisibles désarticulées.