Josée Yvon
Josée Yvon
Nombreuses sont les otages rassemblées en ce lieu - une prison, un hôpital, un bordel ? En haut, Têtra, « la boss, la maîtresse, la femme aux mille pattes », les surveille en ricanant. Sous son regard attendri mais cruel, les otages font l'amour et la fête, torturent un homme qui a violé une des leurs, accouchent, s'entretuent. L'alcool arrosant les pilules, chacune contemple ses blessures. Kâlisse, America-Susan, Georgette dite Courgette, Lise « Capotée » Boudreau, Nicole-Nympho et les autres : « elles sont la vraie société, aussi pire, aussi malade, aussi vulnérable ». La vie était dure dehors ; elle ne l'est pas moins dans cet étrange aquarium. Or « ici au moins, pensait Kâlisse, les lucioles du rire passaient parfois ».
Fugueuses, toxicomanes, ex-mercenaires : elles se sont échouées ici, à Beeville, « ce trou volcanique », « cette vallée de filles piégées », où même la nature défaille. Quand les bûcherons arrivent du camp, sales et affamés, Solange les nourrit de ses plats opulents avant qu'ils descendent au club de danseuses, où se donne un spectacle sadique et carnavalesque. Non loin de là, Emma, la shérif, séquestre une jeune fille dans sa cave pour la torturer, par passion ou par ennui. Threesa « Doubleshot », continuellement soûle, fait pousser des plants de pot faméliques et converse avec la chienne. Quant à la mairesse, c'est elle qui vend le crack, et elle surveille tout sur ses caméras : rien ne se passe à Beeville sans que la Colonelle y prélève son tribut. Dans La cobaye, dernier roman de Josée Yvon, l'intensité est à son apogée. « Il faut toujours le vivre et l'écrire comme si on allait mourir exactement. »