Julien D'Abrigeon
Julien D'Abrigeon
Un même destin nous lie tous, et il est vertical. Christa McAuliffe a rêvé de l'espace toute sa vie et, le 28 janvier 1986, elle s'embarque comme astronaute civile dans la navette Challenger. Le peintre Nicolas de Staël dévoile la face sombre de ses amours. La parapentiste Ewa Wi´snierska est aspirée par un gigantesque cumulonimbus, et l'ex-éleveur de bétail dans la pampa Jean S. Barès, rentré en France millionnaire, entreprend de réformer l'orthographe et pourquoi pas le monde. Le pilote d'essai Adolphe Pégoud trompe la mort par des pirouettes à la veille de la Grande Guerre. Elizabeth Holmes, valeur montante de la biotech, promet de révolutionner l'analyse sanguine. Un grimpeur trébuche, une trapéziste s'élance, des oligarques russes tombent de leur balcon... Livre-averse, roman-montage, Qui tombe des étoiles agence, comme dans une vertigineuse partie de Tetris, les histoires de femmes et d'hommes qui ont cherché à s'affranchir des lois de l'attraction.
Le danger majeur de l'essai littéraire est de s'apparenter à la taxidermie. Loin des trophées ternes et figés, Jacques Perret nous fait visiter son ranch. Là, les écrivains, comme des bêtes, renâclent, brament, pleurent et chient tout leur soûl : Rabelais s'en met partout, Vigny est roide et piaffant, Balzac, bestial et finaud, matoisement balourd. Puis ce sont un Dumas démoucheté, un Flaubert bouchonné, et encore Poe, Barbey, Renard, Vialatte, London. Voilà, tout ce monde est atrocement vivant. Perret nous les sort, les ferre, les selle et les fait trotter sous nos yeux, dans nos têtes, en une parade à mi-chemin entre le commentaire et la dégustation amicale. Et c'est la seule critique viable : celle d'un écrivain décrivant amoureusement d'autres écrivains.