Klaus Mann
Klaus Mann
Ce recueil présente huit nouvelles inédites de l'écrivain allemand Klaus Mann, publiées entre 1924 et 1932. Il s'agit d'oeuvres de jeunesse, inscrites dans le chaos provoqué par la défaite de 1918 et l'instauration de la République de Weimar. L'auteur, qui a entre 18 et 26 ans, décrit une jeunesse confrontée à une profonde crise sociale et politique. Le jeune écrivain présente la réaction de sa génération comme une recherche désespérée d'une nouvelle voie, d'un nouveau sens à la vie.
« ... Situé à la charnière grinçante du réel (politique) et de l'imaginaire (théâtral), ce roman rejoint la relation subtile et dangereuse de la vie et de l'oeuvre de l'écrivain (...) Parce qu'il sut garder l'allure et la réserve d'un grand bourgeois nordique. Thomas Mann put laisser libre cours dans son oeuvre à tous les démons de la chair et de l'esprit. Klaus Mann n'avait pas son génie, et son oeuvre multiple, abondante, brillante, relève plus du témoignage que de la création. Mais on peut imaginer que sa vie éclatée, déchirée, haletante était une réponse à celle par trop maîtrisée de son père. Thomas Mann n'avait jamais été jeune. Il incombait peut-être à Klaus Mann de ne pas pouvoir vieilllir. Le suicide à quarante-deux ans de cet éternel adolescent balance étrangement la terrible et efficace maturité de son père. » Michel Tournier, De l'Académie Goncourt
Publié en 1939, le Volcan fut écrit dans la fièvre des événements. Il s'agissait pour le fils ainé de Thomas Mann de combattre le nazisme qui l'avait contraint à quitter son pays en 1933, et l'avait déchu de la nationalité allemamnde l'année suivante. De Paris à Vienne en passant par New York, Klaus Mann peint avec une extraordinaire acuite l'Internationale des proscrits, la résistance passive, impuissante, de ces intellectuels, de ces juifs, devenus citoyens de nulle part, ratiocinant sans fin sur le destin d'une Allemagne qui leur échappe, obligés de se reconvertir dans des métiers manuels. Humiliés. Pathétiques. Ce roman-document, traversé par la guerre d'Espagne et l'Anschluss, brasse des dizaines de personnages, qui ne sont pas tous des héros. La foi humaniste, la clairvoyance de Klaus Mann illuminent cette chronique arc-boutée contre un régime qui, à l'époque, fit d'une partie de l'Europe un « volcan » bavant une lave honteuse et meurtrière.
Ecrite en 1926, alors que Klaus Mann, fils aîné de Thomas Mann, avait à peine vingt ans, c'est le deuxième ouvrage de cet auteur. Dans cette nouvelle au titre innocent, Klaus Mann montre donc déjà un véritable engagement pour les marginaux et les réprouvés - un engagement qui, peu à peu, va mener Klaus Mann vers un combat plus public, vers une ouverture à la cité et aux problèmes qui, dans cette République de Weimar à l'agonie, deviennent de plus en plus oppressants. En même temps, Klaus Mann efface symboliquement la figure du père, ce Thomas Mann honoré et vénéré, modèle, juge et rival, qui n'a jamais vraiment compris son fils, lequel, du moins dans sa jeunesse et avant que leurs relations s'apaisent, a profondément souffert de ce manque d'amour.
La Danse pieuse Fuite au nord La symphonie pathétique Mephisto Le Volcan Le premier roman de Klaus Mann, La Danse pieuse (1926), fait scandale, par sa thématique homosexuelle. Tandis qu'en Allemagne, le nazisme étend son ombre, le fils aîné de Thomas Mann rejoint les Pays-Bas. Il est déchu de sa nationalité allemande et publie successivement Fuite au Nord (1934), La symphonie pathétique (1935) et Mephisto (1936), un roman de combat critiquant les intellectuels allemands accommodés au nazisme. En 1939 paraît Le Volcan, chronique plus ou moins romancée de l'émigration allemande aux quatre coins du monde. Klaus Mann laisse une oeuvre singulière, attachante, et d'une magnifique force intellectuelle.
La Danse pieuse, publiée en 1926 alors que Klaus Mann n'avait que dix-neuf ans, fut considérée comme le premier roman ouvertement homosexuel de la littérature allemande et déclencha un scandale. Le jeune peintre Andreas ambitionne de peindre Dieu en personne, entouré d'une ronde d'enfants ; mais déprimé, il part vivre à Berlin. Il y rencontre Franziska, jeune fille très masculine, avec laquelle il court les bars homosexuels dans les bas quartiers de Berlin et de Hambourg. Mais il n'y a d'amour véritable que dans le renoncement charnel, puisque Franziska n'aime qu'Andreas, qui n'aime qu'un autre, qui n'aime sans doute personne... Dans ce premier roman aux évocations hallucinées, Klaus Mann, porte-parole de toute une génération, fait montre d'une puissance poétique qui force l'admiration.
Ce livre, publié aux éditions Jean-Cyrille Godefroy en 1984, est indisponible depuis plus de quinze ans. La Symphonie pathétique est la dernière oeuvre de Tchaïkovski. C'est aussi le dernier appel d'une âme romantique et tourmentée dont l'existence n'aura été qu'une recherche de l'impossible amour. Nous faisant partager les incertitudes et les joies de la création qui ont bouleversé Tchaïkovski toute sa vie, Symphonie pathétique nous entraîne dans le tourbillon d'une Europe fin de siècle. Une Europe où les tournées triomphales nous font rencontrer le grand monde de la musique : Brahms, Schumann, Grieg, Mahler, Moussorgski, et où la gloire rend plus vive encore la lutte pour la reconnaissance, pour la vie, pour l'amour...
Dans le premier volume de ce Journal, {Les années 1931-1936}, Klaus Mann assistait, témoin dans l'oeil du cyclone, à l'effondrement de la République de Weimar et à la montée du nazisme. Le fils de Thomas Mann se battait entre le cabaret munichois et la scène des journaux pacifistes. {Les années d'exil 1937-1949} marquent le départ hors d'Europe d'un esprit engagé, à la fois lucide et exalté, marqué au vif par les drogues et l'insomnie, le besoin de reconnaissance et le manque d'amour. En paragraphes serrés, parfois elliptiques, comme réduits par le manque de temps, Klaus Mann n'oublie rien, ni de sa vertu publique ni de ses vices privés. Emigré aux Pays-Bas en 1933, citoyen tchécoslovaque en 1937, adoptant l'Amérique après septembre 1938, il note dans la même page l'indifférence de son père, son accoutumance à la morphine, ses coucheries d'un soir ou telle conversation sur l'avenir de l'Allemagne. Ce mélange de frivolité et de gravité anime ce {Journal} tout entier. C'est l'esprit de Klaus Mann, cosmopolite et brûlé par la vie, qui est aussi celui d'une génération perdue. En 1949, il tient ses notes sur les deux colonnes d'un petit carnet. Le 21 mai 1949, à Cannes, par un jour de pluie, il se suicide.
Par une ironie de l'état civil, le nom entier de Klaus Mann fut Klaus Heinrich Thomas Mann. Coincé entre l'oncle Heinrich et le père Thomas Mann, figure du siècle... L'enfant prodigue né en 1906, qui déboula dans l'Allemagne de la république de Weimar avec l'envie de provoquer, l'intellectuel européen tissant ses amitiés cosmopolites, ne cessa jamais d'être un fils à problèmes. Jusqu'au soir de sa vie, le 21 mai 1949 à Cannes, où il se suicide... La publication de ses journaux intimes nous invite à une danse au bord du volcan : Klaus est partout, dans une fumerie d'opium, chez Cocteau ou chez Gide, à Venise où il dîne en smoking, à Moscou en juillet 1934. A chaque page de ce journal, se devine la présence de la mort. Dans l'oeil du cyclone, Klaus Mann devient témoin scrupuleux, révolté.
L'année qui suit la prise du pouvoir par Hitler, alors qu'une résistance courageuse et encore pleine d'illusions tente de s'organiser en Allemagne et à l'étranger, une jeune étudiante, menacée d'être arrêtée, quitte précipitamment Berlin... En Finlande, elle retrouve à la descente du bateau une amie venue quelques années plus tôt faire des études dans la capitale allemande. Bientôt, elle tombe amoureuse du frère de son amie, et ensemble, ils entreprennent un voyage improvisé vers le Grand Nord. Une fuite magnifique de quelques jours, avant de reprendre la lutte, dans un domaine bordé de forêts et de lacs, au coeur de l'été nordique... Mais comment oublier et rêver dans un monde que domine déjà la menace hitlérienne ?
Le roman Mephisto pose la question du rôle et de la responsabilité des intellectuels à la naissance du Troisième Reich. La fable qui, pour nous, s'est dégagée du roman pourrait se formuler ainsi : le spectacle serait l'histoire de deux comédiens, liés par l`amitié, également passionnés de théâtre, également talentueux, également préoccupés de la fonction politique, voire révolutionnaire, de leur art, dans l'Allemagne de 1923. « Pour qui est-ce que j'écris ? Qui me lira ? Qui sera touché ? Où se trouve la communauté à laquelle je pourrais m'adresser ? Notre appel lancé vers l'incertain tombe-t-il toujours dans le vide ? Nous attendons quand même quelque chose comme un écho, même s'il reste vague et lointain. Là où on a appelé si fort, il doit y avoir au moins un petit écho. » Klaus Mann
Klaus Mann est âgé de dix-huit ans lorsqu'il se rend pour la première fois à Paris. C'est là que, grâce à une lettre de recommandation de son professeur Ernst Robert Curtius, il va faire la connaissance d'André Gide. Celui-ci vient de publier un de ses livres les plus scandaleux - Corydon - et la critique parisienne se mobilise contre cet auteur qui diffuse des idées perverses. Cette rencontre fut déterminante pour Klaus Mann qui, près de vingt ans plus tard, publiera à New York la première biographie essentielle d'André Gide. Qui était André Gide ? Qui était celui qui se voulait "immoraliste" - pourtant sans cesse préoccupé de questions morales ? Qui était cet homme qui aimait à passer de l'extase religieuse à la sensualité païenne, qui privilégiait l'amour domestique tout en proclamant son penchant pour les adolescents ? Klaus Mann dresse ici le portrait du personnage paradoxal et fascinant que fut l'auteur de La Porte étroite, des Caves du Vatican, des Faux-Monnayeurs et des Nourritures terrestres. Imprégné d'une profonde admiration pour ce très grand écrivain, Klaus Mann reconnaît aussi ses travers et ses contradictions. Dans ce livre, il analyse avec son style éblouissant la pensée et l'oeuvre d'un homme épris de liberté.Klaus Mann est né en 1906 à Munich. Fils aîné de Thomas Mann, il écrit très tôt des poèmes et des nouvelles avant de se lancer dans la critique théâtrale à Berlin. Il a publié de nombreux livres dont Le Volcan, Méphisto, Fuite au Nord, Le Tournant ainsi qu'un journal.