Laure Danon-Boileau
Laure Danon-Boileau
Trois ans séparent Coeur double, recueil de contes à l'humour grinçant, du poétique et prophétique Livre de Monelle : par-delà leur différence de ton, ces deux oeuvres incarnent le goût de Marcel Schwob pour le mystère irréductible de l'être. Dans chacun des récits qui composent Coeur double (1891), cet écrivain inclassable - dont la légende dit qu'il avait horreur des miroirs - met en scène un personnage aux prises avec un étrange et épouvantable double surgi du réel... À cette galerie de portraits grotesques succède, dans Le Livre de Monelle (1894), un unique personnage, celui d'une petite prostituée : Monelle livre sa sagesse au narrateur avant de céder la parole à ses onze soeurs - l'Égoïste, la Voluptueuse, la Perverse, la Fidèle, l'Insensible... -, et de disparaître dans la nuit. Évoquant tout à la fois les Psaumes et Les Nourritures terrestres de Gide, Le Livre de Monelle constitue, selon Maurice Maeterlinck, « les pages les plus parfaites qui soient dans notre littérature, les plus simples et les plus religieusement profondes qu'il nous ait été donné de lire ».
Le moi n'est pas cette part de soi-même sur laquelle on peut se reposer sans arrière-pensée. Le moi n'est pas, tant s'en faut, la raison même. En partie inconscient, il s'agite pour faire croire qu'il maîtrise ce qui lui échappe, si bien qu'entre le moi et un "non-moi" on ne sait pas toujours où on en est. Aussi Laurent Danon-Boileau décide-t-il d'aborder le moi par ses contours, et, comme c'est une ruse, il fait en sorte qu'on ne discerne bientôt plus s'il s'agit 'du' moi, ou "de" moi : qu'est-ce qui, en bordant "le" moi, 'me' définit ? L'auteur procède par chapitres non conclusifs, parfois par fragments : ce qui n'est pas moi "ne peut se dire que dans le divers et l'erratique". Et, comme il faut des prises sûres quand on éprouve que le propre d'un sujet, c'est le regard qu'il pose sur ce qui n'est pas lui - pour s'en émerveiller, s'en trouver réveillé, ou pour s'en offenser -, les contours décrits font appel à des connaissances et des pratiques affirmées et précises : en psychanalyse, en thérapie d'enfants autistes, en linguistique, en littérature. Cette nouvelle histoire du moi, décrite via ce qui n'est pas lui, s'adresse à qui attend des livres un compagnonnage solide et délicat. "Le moteur même de mon propos, écrit Laurent Danon-Boileau : la pensée du lecteur, avec tous ses méandres et digressions. Ce que j'en imagine me soutient et me tient constamment en dialogue." Quand le lecteur du livre ne se distingue plus du moi de l'auteur (ou de son non-moi)...
Le moi n'est pas cette part de soi-même sur laquelle on peut se reposer sans arrière-pensée. Le moi n'est pas, tant s'en faut, la raison même. En partie inconscient, il s'agite pour faire croire qu'il maîtrise ce qui lui échappe, si bien qu'entre le moi et un "non-moi" on ne sait pas toujours où on en est. Aussi Laurent Danon-Boileau décide-t-il d'aborder le moi par ses contours, et, comme c'est une ruse, il fait en sorte qu'on ne discerne bientôt plus s'il s'agit 'du' moi, ou "de" moi : qu'est-ce qui, en bordant "le" moi, 'me' définit ? L'auteur procède par chapitres non conclusifs, parfois par fragments : ce qui n'est pas moi "ne peut se dire que dans le divers et l'erratique". Et, comme il faut des prises sûres quand on éprouve que le propre d'un sujet, c'est le regard qu'il pose sur ce qui n'est pas lui - pour s'en émerveiller, s'en trouver réveillé, ou pour s'en offenser -, les contours décrits font appel à des connaissances et des pratiques affirmées et précises : en psychanalyse, en thérapie d'enfants autistes, en linguistique, en littérature. Cette nouvelle histoire du moi, décrite via ce qui n'est pas lui, s'adresse à qui attend des livres un compagnonnage solide et délicat. "Le moteur même de mon propos, écrit Laurent Danon-Boileau : la pensée du lecteur, avec tous ses méandres et digressions. Ce que j'en imagine me soutient et me tient constamment en dialogue." Quand le lecteur du livre ne se distingue plus du moi de l'auteur (ou de son non-moi)...