Laure Verdon
Laure Verdon
Longtemps défini en négatif par rapport aux époques l'ayant précédé ou suivi, le Moyen Âge cristallise tous les poncifs : l'obscurantisme, la peur de l'an Mil, la cruauté de l'Inquisition, la grande peste, mais aussi l'amour courtois, les premières universités, les cathédrales, etc. Choisissant parmi les idées reçues les plus ancrées dans l'imaginaire collectif, Laure Verdon nous convie à un voyage de dix siècles dans l'histoire européenne. 3e édition
Le rite, par la transcendance qu'il manifeste et la pérennité apparente de son déroulement, semble particulièrement adapté à l'analyse des sociétés occidentales d'Ancien Régime dont les normes et les coutumes judiciaires, en particulier, reposaient sur un ensemble de gestes et de paroles codifiés, mêlant les domaines sacré et profane. Objets d'un renouveau historiographique récent, les rituels sont cependant désormais perçus par les historiens tout à la fois comme un outil de restauration du lien social et comme une forme du langage politique. Les études réunies dans ce volume, fruit de la collaboration d'historiens médiévistes et modernistes pour la plupart spécialistes de l'Italie pré-moderne, invitent ainsi le lecteur à porter la réflexion sur le terrain plus politique de l'affirmation de la souveraineté ; en allant au-delà des idées reçues sur le caractère terrifiant des rituels judiciaires, en tissant des comparaisons avec le royaume de France, du bas Moyen Âge jusqu'à la Révolution, elles montrent comment, à partir de la fin de l'époque médiévale, rituel et discours politique s'épaulent l'un l'autre et contribuent à la fabrique du consensus sur lequel repose l'acte de gouvernement. Le rituel, loin de perdre de son importance, se transforme alors en un langage politique efficace qui offre au Prince les moyens de « négocier » l'exercice de son autorité.
L'importance que revêtent l'aveu et le témoignage dans le droit et les sociétés médiévale et moderne s'explique par la volonté des juges de trouver la preuve, élément essentiel pour prononcer la sentence attendue par les victimes, les prévenus, le corps social : du point de vue étymologique, « prouver » signifie mettre à l'épreuve, établir la vérité au nom de la justice et de l'équité. Dans le cadre des enquêtes, dont l'usage se développe à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle pour toutes sortes d'objets (judiciaire, administratif, fiscal, foncier), la parole des témoins prend la forme et le nom d'une confession, et l'enquête se donne pour objet d'atteindre, par ce biais, la « vérité ». L'intérêt prêté à cette forme du discours par les historiens du droit et des institutions rend compte d'une forte inclination à saisir les usages du droit savant, la procédure et les preuves légales au sein des villes et des anciens États.
« Donner, recevoir, rendre », tel est le triptyque fondamental sur lequel s'ordonnent les rapports sociaux et se constituent les hiérarchies de pouvoir selon l'analyse formulée dès les années 1920 par l'anthropologue Marcel Mauss. Cette dynamique sociale, sans être totalement remise en cause, est aujourd'hui largement interrogée tant par les anthropologues eux-mêmes que par d'autres sciences humaines qui se sont, à leur tour, emparées de cet outil de décryptage du lien social. Et si le don n'était qu'un moteur, parmi un ensemble complexe de dynamiques sociales, dont l'universalité resterait encore à démontrer ? Les réflexions menées dans cet ouvrage font de la sorte ressortir la nécessité d'aller au-delà du stade de la définition de ce que peut être le don dans les sociétés anciennes pour finalement dépasser, en l'adaptant, le concept anthropologique de l'échange réciproque.