Laure de Roucy-Rochegonde
Laure de Roucy-Rochegonde
Les progrès fulgurants des techniques d'intelligence artificielle et de la robotique, et surtout leur application au domaine de la défense, font entrevoir l'émergence de nouveaux types de robots militaires, rendus toujours plus autonomes, c'est-à-dire capables de recourir à la force de leur propre chef. Les « robots tueurs » soulèvent néanmoins de nombreuses questions : ces moyens de guerre permettant de ne pas exposer l'humain peuvent-ils être pleinement contrôlés ? Qu'implique le recours à ces technologies ? Quels effets produisent-elles sur ceux qui les emploient, sur les adversaires qui y font face, et sur la forme même des rapports entre agresseurs et agressés ? Ces systèmes modifient-ils les relations entre les États, mais aussi le lien entre l'État et ses citoyens ? Sont-ils compatibles avec le droit de la guerre ?
Les dynamiques nouvelles d'affirmation de la puissance, de redistribution des influences et l'irruption des nouvelles technologies changent-elles à la fois la place de la guerre dans la vie ordinaire de nos sociétés et la manière de la faire quand elle advient ? L'obsession du conflit jointe à l'efficacité technique nous impose-t-elle un état de guerre larvée permanente ? Et quand les armes parlent, l'intervention des technologies modernes et des entreprises qui les produisent révolutionne-t-elle à la fois le processus de décision politique et l'engagement des hommes dans la guerre ? Questions essentielles que suggèrent les conflits d'Ukraine et du Moyen-Orient, et qui déterminent dès aujourd'hui les réflexions de stratégie et d'organisation des armées. Au Moyen-Orient, la combinaison de l'aventurisme stratégique, de l'ignorance ou du mépris de l'adversaire et de la fascination technologique conduit à l'échec politique et bouleverse les données, tout en ébauchant bien une perspective de remodelage : mais pas dans les directions attendues. Des pôles nouveaux se dessinent, l'influence des acteurs extérieurs se redistribue, les arsenaux se renforcent, sans qu'aucun des problèmes socio-économiques, diplomatiques, stratégiques de la région ne semble en voie de se résoudre. La question iranienne - c'est-à-dire celle de la place future d'un acteur majeur du jeu régional, aux règles de fonctionnement interne mystérieuses - reste ouverte.