Lepront Catherine
Lepront Catherine
Alexandre T., scénographe septuagénaire, reçoit la visite d'une jeune Algérienne, médecin qui travaille à l'hôpital Saint-Joseph et attend un enfant. Elle vient lui demander des comptes sur la mort de son grand-père Driss, qu'il a connu un demi-siècle plus tôt. Alexandre a en effet été appelé pendant la guerre d'Algérie, mais il a refusé de se battre et a sympathisé avec un étudiant en droit, sur le point de se marier. Cette amitié de deux " ennemis " n'a été comprise de personne et la mort soudaine de Driss, abattu, en Grande Kabylie, a été attribuée à une trahison d'Alexandre. Catherine Lépront réfléchit sur l'ignominie des guerres coloniales, sur le rapport de l'Histoire et des destins individuels, sur la mémoire.
Lil W. travaille aux Archives de la police. Elle a élevé sa soeur Louise, médecin, en mission humanitaire en Ingouchie, qui lui demande de " tout lui raconter dans le moindre détail ". Sans toujours en nourrir son courrier, Lil fouille alors sa mémoire familiale, observe ceux qui l'entourent et, pour la première fois, se penche sur l'actualité immédiate, avec la guerre en Tchétchénie, le début de la guerre en Irak. Lil est bientôt désorientée dans ce monde qu'elle découvre. Tout lui semble bouleversé : l'amitié comme l'amour, la séparation, la mort, la présence des absents.
Il y a une vingtaine d'années, dans un village de Charente-Maritime, une jeune infirmière libérale rend visite du matin au soir à ses patients. Elle a vingt-sept ans. L'expérience va durer cinq ans. Les usines ferment, la pêche ne rapporte plus, la population vieillit. On construit des cités et pourtant le paysage reste beau, surtout sous le regard de l'auteur. Il y a des pêcheurs, des ostréicultrices, des jardiniers, des cultivateurs, des ouvriers, des tsiganes, des bigotes, des notables, un transsexuel, un facteur ivrogne, un gendarme légaliste, des gens de maison, des putes à marins, la bonne du curé, une chiffonnière. La maladie et la mort dominent-elles ? Toutes les maladies ne sont heureusement pas mortelles et la visite de l'infirmière peut devenir celle d'une confidente. Loin d'une compassion de principe, ce livre manifeste une compréhension unique de la souffrance, de la détresse, de la folie, de l'extravagance, mais aussi de la fraternité et de la dignité des simples. Avec générosité et avec un humour caustique qui n'exclut jamais l'élan amical et poétique.
Joséphine Kahane, qui dessine des jardins, se trouve prisonnière d'une vie conjugale mortifère. Elle pense perdre la raison lorsqu'arrivent au centre culturel local le claveciniste Vilhem Zachariasen, puis son aérienne épouse Hanne, enfin son ensemble de musique de chambre. Tandis que se déroulent leçons et exécutions en public du Concerto pour clavecin en ré mineur BWV 1052 de Bach, la jeune femme s'éprend d'un des musiciens. Son existence en sera boule-versée. Plusieurs narrateurs décrivent l'événement auquel fait écho la carrière de Bach, lui-même victime de la médiocrité de l'esprit institutionnel de son temps. Dans ce roman où la musique prend une grande place, Catherine Lépront raconte un amour et une délivrance, mais son regard impitoyable met à nu l'hypocrisie et la bassesse des notables politiques et culturels de la ville. Autour de Joséphine, les personnages semblent réunir le dix-huitième siècle de Bach et notre époque. Seuls, l'art et la passion permettent d'échapper à l'étroitesse des destins.