Line Cottegnies
Line Cottegnies
En 1694, Mary Astell connaît la célébrité pour un court essai A Serious Proposal to the Ladies, for the Advancement of their True and Greatest Interest. Ce petit texte offre une défense vive et argumentée de l'éducation des jeunes filles et propose notamment la création d'un collège entièrement féminin, institution laïque consacrée à la fois à l'éducation et à la retraite. Le débat passionné que A Serious Proposal suscite parmi ses contemporains, mais aussi sa fortune critique, en font le texte « féministe » le plus important du xviie siècle, à l'aube des Lumières. Pour mieux en saisir la portée, cette anthologie propose une sélection d'extraits de textes « préféministes » antérieurs qui permettent de retracer la généalogie de la pensée d'Astell et de la situer dans le débat sur la question féminine à cette époque, en Angleterre. L'inclusion de documents postérieurs à la publication de A Serious Proposal permet enfin d'éclairer la postérité critique d'un essai si paradoxal et de mettre en évidence la place majeure qu'occupe Mary Astell dans l'histoire du féminisme. Bien que sa vision de la société soit encore à bien des égards celle du xviie siècle, sa croyance au progrès et aux vertus souveraines de l'éducation en fait déjà une femme des Lumières.
Les études réunies sous le titre La beauté et ses monstres sont nées d'un constat de rupture entre l'idéal platonicien qui posait l'alliance étroite du Beau et du Bien et les pratiques esthétiques des XVIe, XVIIe siècles. La poétique baroque, expression d'une crise de la pensée analogique et de l'idéalisme platonicien, procède en effet d'une reconnaissance implicite de la dangereuse contiguïté entre le beau et le monstrueux et trouve son originalité créatrice dans la mise en mouvement de formes « dépravées », dans l'invention de formes qui contreviennent aux lois de la « proportion ». Métamorphoses et anamorphoses jouent de cette virtualité du monstmeux latent en toute forme parfaite qu'un rien peut déformer, déjouant toute tentative de figier des rhétoriques littéraires ou d'immobiliser des genres dans une codification rigoureuse. De même, par l'attraction qu'elle exerce, tant physique que métaphysique, la beauté a suscité la défiance devant l'envers toujours possible de cet attrait, la séduction par une beauté frelatée ou trompeuse. L'étrange et fascinante intimité entre la beauté et ses monstres fonde de la cohérence d'une dynamique de recherche par-delà la variété des angles d'analyse adoptés et la contiguïté entre le beau et le monstrueux apparaît bel et bien comme facteur supplémentaire d'unité dans l'expression de la sensibilité baroque. Ce volume, à ce titre, est une contribution à l'histoire d'une esthétique liée à cette sensibilité et aux paradoxes par lesquels elle trouve à s'exprimer, paradoxes qu'implique la saisie unifiée d'éléments contradictoires. C'est une illustration de plus, s'il en fallait, d'une crise de la représentation qui a trouvé dans une esthétique de la discordia concors ou de la coincidentia oppositorum sa réponse la plus pertinente, sa « monstrueuse beauté »