Louis Marin
Louis Marin
Cet ouvrage est une réflexion historique et philosophique sur le pouvoir en général et le pouvoir politique en particulier lorsqu'il s
Le récit est un piège, le discours que tient la force pour dire qu'elle est la vérité. Qui est le piégeur ? Le narrateur dont le récit dénie la présence. Qui est le piégé ? Le lecteur qui croit entendre les événements se raconter à la faveur de cette absence et qui écoute de cette voix inaudible la sentence de la vérité : histoire. Ainsi Racine, historiographe de Louis XIV. Connivence entre celui qui écrit l'histoire et celui qui la fait, échange de pouvoirs, le récit est le produit d'une application du pouvoir politique sur une écriture ; l'histoire, celui d'une application du pouvoir narratif sur une politique. Tel est le piège où le lecteur devra tomber pour se retrouver assujetti au pouvoir d'État. Au point central de l'échange donc, une double fiction qui est le pouvoir même, son secret. Mais qu'un conteur conte au pouvoir la façon dont le pouvoir se raconte, il le piégera à son propre piège par le plaisir que le pouvoir y prend. Ainsi, diversement, La Fontaine, Retz ou Perrault.
Une « Utopique » est une construction imaginaire ou réelle d'espaces dont la structure n'est pas pleinement cohérente selon les codes de lectures eux-mêmes que cette construction propose. Elle met en jeu l'espace. Ce livre cherche à explorer ces jeux dans l'image et l'écriture et à expliquer par eux le mode particulier de production textuel et historique de l'utopie et sa force critique des sociétés réelles. Partant d'une étude de l'Utopie exemplaire de More, il vise par l'analyse de représentations utopiques (plans de ville du XVIIIe siècle, Disneyland, un fragment de Jorge Luis Borges, la ville cosmique de Xénakis...) à fournir les premiers éléments d'une théorie de la pratique sociale.
Ce livre est né d'une découverte : l'impossibilité de tenir un discours sur Pascal sans tomber dans les contradictions que dénonce son objet. D'où la substitution à Pascal de la Logique de Port-Royal, qui le cite en des points-clés de son propos et qui permet ainsi d'en mesurer toute la puissance subversive. Sans doute est-il question, dans La Critique du discours, des modèles représentatifs du langage élaborés par la « linguistique cartésienne » des logiciens jansénistes, mais pour montrer, grâce à la citation pascalienne, comment modèles et représentations s'y manifestent comme procès idéologiques où la sémiologie contemporaine est encore prise. En écrivant dans leur ouvrage, avec Pascal, le contre-texte de la représentation classique, en déplaçant ses « évidences » par une logique de l'infini et de l'aléa, par les stratégies pratiques du langage ordinaire, les « Messieurs » retrouvent dans leur Logique toute cartésienne et bourgeoise, et sans en être pleinement conscients, la pensée et la pratique anti-représentatives de leur religion, pensée pratique des forces du désir, celles du péché ou de la grâce, forces de l'Autre qui interdisent au modèle et à la représentation de se fonder rationnellement. Cette Critique du discours vise ainsi, par-delà les textes du dix-neuvième siècle, à mettre en question quelques-uns des présupposés sémiotiques des sciences humaines. Ce livre est paru en 1975.
Des études de quelques représentations produites par Pascal et à Port-Royal, un parcours à travers certains discours et certaines images qui instruit le procès critique de la représentation en France, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Cette reche
Qu'est-ce que la raison d'État ? Le concept est ordinairement associé au pouvoir politique dégagé de toute limite éthique ou juridique. Il désigne l'excroissance inouïe et soudaine de l'autorité, libérée des entraves qui se révèlent fragiles. Il est tentant d'y voir une part essentielle du pouvoir politique. Le moment de la raison d'État fait surgir la permanence profonde de ce qui se donne pourtant comme un pouvoir d'exception. L'idée associant la raison d'État à la force brutale dont l'institution accable ses propres sujets, traduit peut-être fondamentalement la réalité du conflit indépassable qui oppose les gouvernants et les gouvernés. Cependant, la conservation d'un État et l'accroissement de sa puissance ne sont pas étrangers au domaine des fins légitimes. C'est ainsi qu'une longue tradition philosophique et juridique a voulu reconnaître de telles nécessités, en essayant toutefois de codifier les dérogations aux principes et aux règles en vigueur. Dans la perspective d'une telle tension, les auteurs du Pouvoir de la raison d'État se demandent quelles sont la réalité historique et la signification philosophique d'un concept aussi décisif pour la théorie et la pratique politiques. Par quels actes spécifiques s'affirme cette raison d'État, qu'est-ce qu'un secret d'État, quel est le sens du coup d'État ? Telles sont, parmi d'autres, les questions auxquelles cet ouvrage tente d'apporter quelques réponses. Dans le prolongement de ces travaux, un autre volume, intitulé La raison d'État : politique et rationalité, s'interroge sur les théories et les enjeux qui sont à l'oeuvre dans les pratiques relevant de la raison d'État. Il est publié simultanément dans la même collection.
Traquant ce qui traverse les cultures, Louis Marin chemine à la recherche d'une trace perdue dans la ville et dans les livres, sur l'asphalte et sur le papier, écho d'une symphonie des sens toujours à déchiffrer. Lectures traversières s'ordonne selon la flânerie de l'auteur parmi les signes observés rue Traversière à Paris. De l'illustration à la ponctuation, le monde des pages est scruté avec érudition et tendresse. Toute lecture n'est-elle pas un voyage vers l'utopie d'une compréhension pleine, une logique à la recherche d'un dire sans mystère ? Avec Perrault, Pascal, Corneille, Descartes, La Fontaine, Rousseau et Balzac, mais aussi Ovide, Augustin, More et Paul Klee, l'auteur articule les grands créateurs de la tradition française et européenne le long d'un fil subtil et spirituel. Philosophe, sémiologue et historien des représentations de l'âge moderne, directeur d'étude à l'E.H.E.S.S., Louis Marin s'est attaché dans une quinzaine d'ouvrages à la critique des signes des discours culturels depuis le XVIe siècle. Ses essais de philosophie et d'esthétique, dont La Critique du discours, Le récit est un piège, Portrait du roi, Études sémiologiques, écritures, peintures, témoignent d'une recherche parmi les plus originales de notre temps.
"Ainsi lecteur je suis moi-même la matière de mon livre." Il n'est guère de façon plus intime de tisser un texte écrit avec la trame du visible de la peinture et la chaîne de l'écriture, du livre auour d'un même sujet, du sujet écrivant et peignant, écrivant avec des images et peignant avec des mots, un sujet s'exposant dans la topique de ses lieux et dont le nom vient occuper un lieu central. Moi dans toute sa transparence et toute son opacité de forme et de matière, pluriel et singulier, écrit pour être donné à voir, peint pour être donné à lire. Un autoportrait de signes, de lettres, de phrases, de lignes, de dessin et de forme. Qu'est-ce que peindre ? Qu'est-ce que s'écrire ? Il s'agit de jouer l'une contre, avec, sur l'autre, ces deux questions.