Ludovic Janvier
Ludovic Janvier
Ce roman ne raconte pas une histoire mais des centaines - nées les unes des autres - et menées selon un rythme de sang, de rage. Elles donnent à voir un paysage convulsif, où les événements n'ont jamais de repos, pas plus de repos que le « héros » - labile et sans nom - qui, sans ménagement, remonte - et nous entraîne avec lui - des zones pourrissantes où la fascination l'arrête longtemps, jusqu'aux sales jours d'enfance où règne l'abandon. Sans jamais quitter la couleur érotique la plus violente, la plus fastueuse, la plus obsessionnelle. On ressent une émotion physique à la lecture de cette brillante liturgie du sexe et de la mort. La décomposition - suggérée par Ludovic Janvier - s'impose d'abord au niveau du langage. Sa brutalité, souvent insoutenable, classe cet écrivain dans la lignée de Céline et de Bataille. Mais la torsion poétique que l'auteur impose à ses thèmes, porte le texte à une qualité tout à fait singulière.
Quatre figures majeures du Nouveau Roman passées au crible : Une parole exigeante décrypte les œuvres fondatrices de Nathalie Sarraute, Claude Simon, Alain Robbe-Grillet et Michel Butor.
"Une fois de plus installé pour écrire dans une position de lecteur couché, sur le dos, tout écoute et les yeux fermés, muni d'un cahier rigide destiné à la récolte, encore une fois j'ai vu et entendu venir à moi des éclats de monde m'imposant à la fois leur présence et leur mystérieuse brièveté. Autant d'apparitions qui, sous la forme de scènes, rêveries, dialogues, événements, portraits, chacune selon son rythme et sa voix, ont crevé la nue de cette brume heureuse qui est la matrice de toute invention. Épiphanies que je confie, cher lecteur, à ton goût pour les surprises." Ludovic Janvier.
"Une fois de plus installé pour écrire dans une position de lecteur couché, sur le dos, tout écoute et les yeux fermés, muni d'un cahier rigide destiné à la récolte, encore une fois j'ai vu et entendu venir à moi des éclats de monde m'imposant à la fois leur présence et leur mystérieuse brièveté. Autant d'apparitions qui, sous la forme de scènes, rêveries, dialogues, événements, portraits, chacune selon son rythme et sa voix, ont crevé la nue de cette brume heureuse qui est la matrice de toute invention. Épiphanies que je confie, cher lecteur, à ton goût pour les surprises." Ludovic Janvier.
Il a hérité de son père inconnu un teint pâle et des che- veux clairs et sa mère est antillaise. «Vous êtes sûrs qu'il est de moi?». Ce n'était pas un bon début. Dans la France en guerre, tantôt à Paris, tantôt en Gironde, bègue, il tâche de grandir, seul, ou même pas, car sa mulâtre absente quand ça lui chante essaie de temps en temps de lui faire croire qu'elle est sa mère. Mais s'il fait une bourde elle lui jure bien qu'elle lui pardonne, et lui promet un baiser pour qu'il s'approche à portée de gifl e. Mulâtre et traitresse. Jeune homme il rêve d'être boxeur. Pourtant ce n'est pas la violence qui domine en lui. Un jour, à l'étude, ses devoirs achevés, le voilà qui prend sa plume. Et il écrit. Jubilation de «se voir d'en haut». Dès lors il sait qu'il ne sera plus jamais seul de la même façon. A côté de lui se tient sa propre voix qui le fait sourire.Né à Paris, Ludovic Janvier y mourra peut-être. Poète, romancier nouvelliste, il a notamment été récompensé par le Goncourt de la nouvelle pour En mémoire du lit (Gallimard, 1996). Dans La confession d'un bâtard du siècle, roman auto- biographique, il traverse son époque en poète, un peu content, jamais content, cherchant pour toujours la note juste jusqu'au for du désastre.
Pour un né natif qui fréquente Paris depuis des décennies, l'amour y va par aveuglement et par caprices, étouffant un jour, un autre jour euphorique, un jour dans le refus, un autre jour dans le dithyrambe. Marcher dans les rues de Paris, c'est s'y perdre et s'y reconnaître, détailler Paris c'est, trahir et faire allégeance. Nid à surprises et noeud de rituels, Paris par coeur court toutes les chances en épousant les aléas de l'errance saute-ruisseau, au gré des humeurs, en jouant des échos et des renvois pour chanter librement, se plaindre, rire, dévisageant cette encyclopédie des fables qu'est toute ville, et celle-ci singulièrement. L. J. De la place des Abbesses à la brasserie Zeyer, décalé, érudit, sensible, souriant de sa nostalgie comme d'une vieille plaisanterie, Ludovic Janvier revisite cette ville connue autant que rêvée sous forme d'abécédaire, ces livres pleins de doubles-fonds, de sauts en avant et de retours en arrière qui font la joie des poètes et des flâneurs des deux rives. Si la littérature consiste à faire voir différemment ce qu'on croyait pourtant bien connaître, c'est sans conteste dans cette catégorie qu'il faut ranger ce faux dictionnaire, vraie machine à voyager dans le temps, guide incomplet mais émouvant, aléatoire mais jubilatoire, destiné à tous les promeneurs qui savent qu'une ville est faite de chair et sang plutôt que de pierres et de briques. Romancier, essayiste et poète, Ludovic Janvier est né en 1934 à Paris, où il s'est éteint le 18 janvier 2016. Dans son hommage publié par Le Monde des livres, Patrick Kéchichian écrit : « Ce qui lui importe, c'est la manière de nommer, de former et de déformer, de métamorphoser cette "matière à musique" de la vie. »