Mahmoud Hussein
Mahmoud Hussein
Depuis le 6 octobre 1973, le monde s'interroge sur « ce qui a changé chez les Arabes ». Est-ce l'aptitude à combattre ? Personne ne pouvait douter du courage d'un peuple qui, une fois, a conquis le monde connu. Est-ce la capacité de manipuler les instruments de la technologie avancée ? Chacun savait que les fellahs du Nil sauraient un jour créer leur Novosibirsk. Ce qui a changé, n'est-ce pas plutôt l'aptitude à mesurer le réel, à s'inscrire dans le possible, à substituer à l'âge de la prédication, de l'invective et de l'épopée celui de la politique, de la stratégie et mieux encore de l'analyse ? De cette maturation, rien ne témoigne mieux que le livre de Mahmoud Hussein. A propos d'un événement de l'histoire du monde arabe qui en d'autres temps aurait suscité des torrents de lyrisme, il garde le ton de l'analyse politique et de la critique historique. Ayant, sur le champ de bataille, perdu l'obsession de la défaite, les Arabes sont-ils prêts à aborder un règlement de paix durable avec Israël ? Pour cela, répond Mahmoud Hussein, il faudrait qu'Israël, restituant les territoires conquis sept ans plus tôt, se réconcilie avec une Palestine arabe enfin arrachée à l'exil et à l'oubli, et opte pour la fusion avec l'Orient plutôt que pour la croisade aux côtés de l'Occident.
Quatre femmes dans un univers de luxe et d'extravagance. Pour Nada Fitzsimmons, directrice de Best, le magazine qui dicte la mode au monde entier, tout n'est qu'élégance, excentricités et surprises en tout genre. À l'inverse, Paula, sa propre fille, ne rêve que d'échapper à ces fabuleuses réceptions où on la traîne de force. Illusions du pouvoir et valse des salons que peuplent une foule de personnages légendaires, Paula n'en peut plus des ambitieux et des ratés, des parasites et des frimeurs, des célèbres et des surdoués. Mais comment s'évader ? Par la dépression nerveuse : Paula craque. Par le refus : né, comme elle, sous les lumières aveuglantes des comédies mondaines, Nicolas, son ami d'enfance, son presque frère, s'en va courir le monde. Par le courage : c'est du moins ce que croit Paula en rencontrant Julian, le héros de la guerre, le seul homme qui puisse la sauver. Par la peur : Paula va quitter Julian, le fuir en Italie... Pour y chercher quoi ? New York, Paris, Londres, Rome, ronde infernale dans la douceur trompeuse des paradis terrestres, où trouver sa véritable place ? Car elle existe, cette place. Elle est même déjà occupée. Par quelqu'un qui l'attend. Des années 50 à nos jours, Lumières d'octobre nous offre plus, beaucoup plus qu'une vue imprenable sur le jet set. Avec émotion, mais aussi avec une verve étourdissante, ce roman enchaîne, brasse le destin des personnages dans un style enlevé et limpide qui fait apparaître, en relief, l'image d'une époque : la nôtre.
Le grand stratège méconnu. André Beaufre (1902-1975) suit sa scolarité au collège Sainte-Barbe sous la menace des canons allemands. Contre l'avis de son père, le jeune bachelier entre à Saint-Cyr. Débute alors pour lui une carrière militaire dont les grandes étapes se confondent avec l'histoire militaire de la France jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie. Lieutenant dans le Rif où il est grièvement blessé en 1925, il est capitaine de tirailleurs marocains dix ans plus tard, avant d'assister à l'effondrement de juin 1940. Compagnon de fuite du général Giraud en 1942, il participe à la libération de la France. Après l'Indochine, il devient général commandant une division en Algérie et prend enfin la tête des forces terrestres engagées à Suez en 1956. En 2025, pour le cinquantième anniversaire de sa disparition, l'auteur lui consacre une biographie d'envergure, après avoir fait de l'étude de sa pensée le motif d'une thèse de doctorat soutenue en 2020. Célèbre à l'étranger, redécouvert en France depuis une trentaine d'années, le "Clausewitz français" est couramment cité à l'appui des analyses les plus en vues sur la conflictualité contemporaine. Traduit dans plus d'une vingtaine de langues, son livre phare - Introduction à la stratégie - est une référence dans le monde entier. Du point de vue conceptuel, Beaufre ne fait en effet rien de moins que de redessiner l'espace de la stratégie en combinant des domaines d'action qui lui étaient étranger. Ce qu'il nomme en l'espèce " stratégie totale ", qui s'apparente aujourd'hui à la très en vogue " approche globale ", est la réponse au constat d'un monde en situation systémique de "paix-guerre". Le triptyque contestation-compétition-affrontement, qui scande les prises de parole du chef d'état-major des armées (CEMA), exprime ce "retour aux extrêmes". Pour y répondre Beaufre traduit le remède, la stratégie totale, en posologie pouvant couvrir un large spectre des maux, de l'arme nucléaire au combat de partisans en passant par la guerre classique.
Pour les croyants musulmans, le Coran est la Parole de Dieu. Selon certains d'entre eux, cette Parole doit être prise à la lettre ; selon les autres, elle peut faire l'objet d'interprétations plus ou moins subtiles. Mais pour la plupart d'entre eux, elle est imprescriptible, elle a valeur absolue, en tous temps et en tous lieux. Cette approche a été transmise depuis des siècles, de génération en génération, comme une évidence indiscutée. Mais elle pose désormais un insidieux dilemme à tous les croyants qui portent une vision sécularisée du monde et se réclament de valeurs humanistes universelles. Assumant le principe de l'égalité en droit des individus, quels que soient leur religion, leur sexe, ou leur appartenance ethnique, ces croyants se trouvent en porte à faux avec nombre de versets coraniques qui vont à l'encontre de ces valeurs. Ils ne peuvent que récuser, par exemple, l'inégalité de statut social entre l'homme et la femme, la pratique de l'esclavage, la violence contre les Infidèles, les châtiments corporels. Le dilemme de ces croyants n'est pas imputable au Coran, mais au dogme selon lequel la Parole de Dieu serait globalement imprescriptible. Dogme qui repose sur un postulat implicite, tout à fait discutable : que la Parole de Dieu est nécessairement consubstantielle à Dieu. Ce postulat a été théologiquement réfuté par certains des plus grands penseurs musulmans. C'est une thèse, qui a lentement pris corps en se confrontant à une thèse adverse, et qui n'a définitivement prévalu, à l'échelle du monde musulman, que plusieurs siècles après la mort du Prophète. Le présent essai rappelle brièvement le contexte historique dans lequel cette thèse s'est imposée, avant de démontrer qu'elle peut faire, au XXIe siècle, l'objet d'une réfutation nouvelle, dotée d'une cohérence, et d'une force d'évidence, qu'elle ne pouvait avoir il y a mille ans.
Entre 2011 et 2013, l'Egypte connait une révolte populaire sans précédent. Au Caire, la foule déferle sur la place Tahrir : symbole d'un pouvoir autocratique et répressif, elle devient le creuset des espoirs d'un peuple qui aspire à la liberté. Deux années d'ébullitions démocratiques où le « grand soir » semble à portée de main, et l'avenir ouvert à tous... Si aujourd'hui la révolution a été pipée, le soulèvement de la place Tahrir marque un tournant décisif dans l'histoire de l'Egypte, façonnée par plus de 1300 ans d'hégémonie Islamique. Le pays a vu l'avènement d'une génération qui n'est plus entravée par les mythes religieux de la prédestination et de la fatalité, par le respect instinctif des hiérarchies et le conformisme communautaire. Une génération qui n'a plus peur de l'originalité et l'imprévu ; qui a appris à s'affirmer, à se révolter, à dire « je » au lieu de « nous ». Mais cette émancipation ne s'est pas faite en un jour, elle est le fruit d'un long processus qui, depuis les conquêtes de Bonaparte jusqu'à nos jours, a transformé en profondeur la société égyptienne, bouleversant l'ensemble des structures politiques et mentales. Peu à peu, le pays a changé de nature, la communauté traditionnelle cédant le pas à l'individu, tandis que les consciences se délivraient du joug des gouvernants. Ce livre raconte l'épopée d'un peuple qui s'éveille lentement à la liberté.
Nadia l'attend depuis neuf mois. Neuf mois qu'il a été incarcéré. Elle lui écrit tous les jours, de longues lettres où elle lui raconte ce qu'elle fait, ce qu'elle pense. Elle lui parle comme s'ils se trouvaient encore l'un à côté de l'autre. Jusqu'à quand une jeune femme aussi belle et indépendante continuera-t-elle de tenir à lui? Jusqu'à quand pourra-t-il accepter qu'elle continue? Le narrateur est un étudiant égyptien à l'âme rebelle, farouchement épris de liberté. Il a été arrêté, avec beaucoup d'autres, au cours de la grande rafle décidée par le président Nasser, en 1959, contre tous ceux qui s'opposent à son pouvoir autocratique. Le récit entrelace plusieurs temps, celui de la vie quotidienne dans le camp de concentration d'El-Fayyoum, en plein désert ; celui de l'enfance du narrateur dans un milieu modeste de la province égyptienne ; celui de son éveil à un amour dont la pureté transfigure les épreuves qu'il traverse. Sous le patronyme de Mahmoud Hussein sont réunis Bahgat El Nadi et Adel Rifaat, auteurs d'essais novateurs devenus des livres de référence, sur l'histoire politique de l'Égypte et, plus récemment, sur l'islam des origines. Ils nous offrent ici un roman inspiré, qui nous captive par la peinture des mentalités et des faits d'une époque rarement évoquée dans la littérature, et nous séduit par une musique qui nous rappelle, loin du pessimisme des temps actuels, que pour ceux qui font confiance à leurs rêves, au coeur même de l'adversité, le monde est un matin.
Nadia l'attend depuis neuf mois. Neuf mois qu'il a été incarcéré. Elle lui écrit tous les jours, de longues lettres où elle lui raconte ce qu'elle fait, ce qu'elle pense. Elle lui parle comme s'ils se trouvaient encore l'un à côté de l'autre. Jusqu'à quand une jeune femme aussi belle et indépendante continuera-t-elle de tenir à lui? Jusqu'à quand pourra-t-il accepter qu'elle continue? Le narrateur est un étudiant égyptien à l'âme rebelle, farouchement épris de liberté. Il a été arrêté, avec beaucoup d'autres, au cours de la grande rafle décidée par le président Nasser, en 1959, contre tous ceux qui s'opposent à son pouvoir autocratique. Le récit entrelace plusieurs temps, celui de la vie quotidienne dans le camp de concentration d'El-Fayyoum, en plein désert ; celui de l'enfance du narrateur dans un milieu modeste de la province égyptienne ; celui de son éveil à un amour dont la pureté transfigure les épreuves qu'il traverse. Sous le patronyme de Mahmoud Hussein sont réunis Bahgat El Nadi et Adel Rifaat, auteurs d'essais novateurs devenus des livres de référence, sur l'histoire politique de l'Égypte et, plus récemment, sur l'islam des origines. Ils nous offrent ici un roman inspiré, qui nous captive par la peinture des mentalités et des faits d'une époque rarement évoquée dans la littérature, et nous séduit par une musique qui nous rappelle, loin du pessimisme des temps actuels, que pour ceux qui font confiance à leurs rêves, au coeur même de l'adversité, le monde est un matin.
Daech déclare la guerre aux valeurs de l'humanisme moderne et prétend le faire au nom d'un retour à l'islam des origines. Il lance par là un défi frontal aux musulmans, qui sont mis en demeure de le condamner moralement, mais aussi et surtout de le réfuter sur le plan théologique afin de délégitimer son discours. S'ils sont si peu nombreux à le faire, c'est que cela suppose la remise en question du dogme selon lequel, le Coran étant la Parole de Dieu, tous ses versets sont imprescriptibles. Mahmoud Hussein démontre que ce dogme ne découle pas du Coran, mais d'un postulat idéologique plaqué sur le Coran longtemps après la mort du Prophète, et qui le contredit de part en part. La Parole de Dieu se présente comme un dialogue entre Ciel et Terre, elle entremêle le spirituel et le circonstanciel, elle s'implique dans le quotidien des premiers musulmans, dans le contexte de l'Arabie du VIIe siècle. Une partie de son contenu apparaît ainsi comme étant indissociablement liée à une époque révolue. Relever le défi de Daech sur le plan doctrinal peut être, pour de nombreux musulmans, l'occasion de recouvrer leur liberté de conscience, en faisant sauter le verrou du dogme.
Daech déclare la guerre aux valeurs de l'humanisme moderne et prétend le faire au nom d'un retour à l'islam des origines. Il lance par là un défi frontal aux musulmans, qui sont mis en demeure de le condamner moralement, mais aussi et surtout de le réfuter sur le plan théologique afin de délégitimer son discours. S'ils sont si peu nombreux à le faire, c'est que cela suppose la remise en question du dogme selon lequel, le Coran étant la Parole de Dieu, tous ses versets sont imprescriptibles. Mahmoud Hussein démontre que ce dogme ne découle pas du Coran, mais d'un postulat idéologique plaqué sur le Coran longtemps après la mort du Prophète, et qui le contredit de part en part. La Parole de Dieu se présente comme un dialogue entre Ciel et Terre, elle entremêle le spirituel et le circonstanciel, elle s'implique dans le quotidien des premiers musulmans, dans le contexte de l'Arabie du VIIe siècle. Une partie de son contenu apparaît ainsi comme étant indissociablement liée à une époque révolue. Relever le défi de Daech sur le plan doctrinal peut être, pour de nombreux musulmans, l'occasion de recouvrer leur liberté de conscience, en faisant sauter le verrou du dogme.
Cet essai explore les phases successives de maturation d'une conscience individuelle dans les pays du Sud qui, dans un paysage religieux, éthique, social et politique éclaté, doit bricoler à tâtons les conditions, toujours précaires, de son autonomie. À ce titre, il contribue à renouveler profondément le débat essentiel sur les chances de la démocratie dans les pays du tiers-monde.
Le Prophète de l'Islam a vécu il y a quatorze siècles, dans une société de tradition orale. Les témoignages de ses contemporains, sur sa personne et son action, ont été fixés par écrit plus d'un siècle, voire deux, après sa mort. Ils ont d'abord été transmis sur des supports de fortune, avant d être recueillis par différents chroniqueurs, qui les ont triés, compilés, rédigés chacun à sa manière. Les textes laissés par ces chroniqueurs forment un volumineux corpus, portant le titre générique d'Al Sîra, ou « Chroniques du Prophète de l'Islam » (à distinguer des « Dits du Prophète » - Hadîths et des commentaires du texte sacré Le Coran). Grasset en a publié un premier choix : « Le Prophète del'Islam raconté par ses compagnons ». Voici la suite. Le portrait de Mahomet que nous livre la Sîra est celui d'un être supérieur, aux prédispositions spirituelles précoces, enclin à la solitude et à la méditation. Sa vie bascule, à l âge de quarante ans, quand il entend la voix de l'Ange Gabriel, qui lui révèle que Dieu l'a choisi comme Son Messager. Il va défier les siens, renier ses ancêtres, insulter leurs idoles et assumer l'immense solitude qui en découle. Puis il va se muer en homme d'Etat, en chef de guerre, en bâtisseur d'une Cité nouvelle. Les Chroniques qui retracent cette trajectoire constituent pour les musulmans un réservoir d'exemples à suivre, de gestes à méditer, de vérités à retrouver au quotidien. Mais peu de gens les lisent dans le texte. A la mosquée, à l'école ou à la télévision, ils en reçoivent sans cesse des bribes, le plus souvent extraites de leurs contextes, tronquées, voire carrémenmt réinventées, afin de servir les différents discours du moment. C'est en partant de ce constat, et pour contribuer à rétablir la vérité de ces textes, que les Mahmoud Hussein ont voulu présenter la Sîra sous une forme accessible au lecteur d'aujourd'hui. Ajoutons enfin et ce point est essentiel que les chroniques de la Sîra proposent une vision de l'Islam plus « libérale », plus tolérante, plus ouverte à l'individu. Cette caractéristique explique peut-être le fait que cette source théologique ait été, si souvent, négligée ou dissimulée, au profit d'une orthodoxie coranique plus stricte. Le premier volume rassemblait, essentiellement, des « chroniques » relatives à la vie du Prophète. Celui-ci, en revanche, rassemble les chroniques qui illustrent son action de « chef d'Etat ». Du coup, ce second volume est plus politique et moins théologique que le premier.
Le Prophète de l'islam a vécu il y a quatorze siècles, dans une société de tradition orale. Les témoignages de ses contemporains, sur sa personne et son action, ont été fixés par écrit plus d'un siècle, voire deux, après sa mort. Ils ont d'abord été transmis sur des supports de fortune, avant d'être recueillis par différents chroniqueurs, qui les ont triés, compilés, rédigés chacun à sa manière. Les textes laissés par ces chroniqueurs forment un volumineux corpus, portant le titre générique d'Al Sîra, ou « Chroniques du Prophète de l'Islam » (à distinguer des « Dits du Prophète » - Hadîths - et des commentaires du texte sacré - Le Coran). Le portrait de Mahomet que nous livre la Sîra est celui d'un être supérieur, aux prédispositions spirituelles précoces, enclin à la solitude et à la méditation. Sa vie bascule, à l'âge de quarante ans, quand il entend la voix de l'Ange Gabriel, qui lui révèle que Dieu l'a choisi comme Son Messager. Il va défier les siens, renier ses ancêtres, insulter leurs idoles et assumer l'immense solitude qui en découle. Puis il va se muer en homme d'Etat, en chef de guerre, en bâtisseur d'une Cité nouvelle. Les Chroniques qui retracent cette trajectoire constituent pour les musulmans un réservoir d'exemples à suivre, de gestes à méditer, de vérités à retrouver au quotidien. Mais peu de gens les lisent dans le texte. A la mosquée, à l'école ou à la télévision, ils en reçoivent sans cesse des bribes, le plus souvent extraites de leurs contextes, tronquées, voire carrémenmt réinventées, afin de servir les différents discours du moment. C'est en partant de ce constat, et pour contribuer à rétablir la vérité de ces textes, que les Mahmoud Hussein ont voulu présenter la Sîra sous une forme accessible au lecteur d'aujourd'hui. Ajoutons enfin - et ce point est essentiel - que les chroniques de la Sîra proposent une vision de l'Islam plus « libérale » ; plus tolérante, plus ouverte à l'individu. Cette caractéristique explique peut-être le fait que cette source théologique ait été, si souvent, négligée ou dissimulée, au profit d'une orthodoxie coranique plus stricte.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Vous connaissez Emma Bovary ? Voici sa cousine américaine, une adorable petite vache au destin tout aussi romanesque. Pour Elsie Bovary, le bonheur a toujours été dans le pré - jusqu'au jour où elle comprend qu'elle est vouée à finir en steak haché. Flanquée de deux complices, Shlomo le cochon converti au judaïsme et Tom le dindon qui voulait voir Istanbul, Elsie, déterminée à éviter l'abattoir, se lance dans un rocambolesque projet de Grande Évasion. Pour son premier roman, l'acteur David Duchovny détourne la fable animalière avec un toupet irrésistible. Best-seller aux États-Unis, Oh la vache !, signé par le plus célèbre chasseur d'aliens de toute l'histoire télévisée, est l'OVNI littéraire de l'année : une comédie aussi drôle et déjantée qu'un film Pixar, bourrée de clins d'oeil, politiquement incorrecte et moins candide qu'il n'y paraît, entre George Orwell et Tex Avery. David Duchovny écrivain ? Meuh non ! Meuh si.
Depuis plus de mille ans, les guides de la pensée musulmane imposent aux croyants ce postulat : le Coran étant la Parole de Dieu, ses versets ne sont tributaires ni du temps ni de l'espace. Ils embrassent, pour toujours, tous les contextes possibles. Ce postulat repose sur le sophisme selon lequel la Parole de Dieu doit être de même nature que Dieu lui-même. Dieu étant éternel, chacune de ses Paroles ne pourrait être qu'éternelle comme lui. Or, le Coran ne dit pas cela. Il dit même, et très précisément, le contraire de cela.
Contrairement à ce que croit nombre de musulmans, la « Parole de Dieu » contenue dans le Coran n'a pas été livrée en une fois - comme les Tables de la Loi - mais étalée sur 22 années, entre 610 et 632 de l'ère chrétienne. Ses 6236 versets ont ensuite été rassemblés en un seul volume, dans un ordonnancement inexpliqué, qui ne tient compte ni de la chronologie, ni des contextes changeants de leur révélation. Ce qui rend le texte au départ assez impénétrable. C'est notamment à la faveur de cette difficulté de lecture, que s'est imposé le point de vue, aujourd'hui dominant, selon lequel il est moins important de comprendre la Parole de Dieu que de la réciter et de s'en imprégner. Chaque mot y est, de toute façon, à prendre sans recul, au pied de la lettre, partout et toujours. C'est l'a priori « littéraliste », qui conduit certains jusqu'à l'intégrisme, tandis que d'autres sont déchirés entre leur fidélité à la Parole de Dieu et la conscience qu'ils ont de ne pouvoir adhérer à des prescriptions coraniques historiquement connotées. Penser le Coran, écrit dans un langage clair, accessible à tous, livre des clés de lecture qui permettent à chacun de s'initier au texte - en y trouvant des données essentielles jusqu'ici largement occultées. Il propose un lumineux parcours du Coran, jalonné de plusieurs centaines de versets, replacés dans les circonstances historiques où ils ont été révélés au Prophète de l'islam. Au terme de ce parcours, le lecteur est amené à reconnaître cette évidence - que le Coran se présente, dans son contenu comme dans sa forme, comme un dialogue entre Ciel et Terre, situé dans un espace et un temps donnés.