Marion Uhlig
Marion Uhlig
Novembre 1911, Bristol. Pendant l’entracte d’une pièce à succès, un acteur est retrouvé mort sur scène.
Plus de quarante ans après un ouvrage paru dans la collection « Senefiance » consacré à La prière au Moyen Âge (1981), qui invitait des médiévistes importants de cette période à interroger la poétique de la prière, il ne se trouve aucune publication collective récente qui se soit donné l'objectif d'examiner l'oraison de langue d'oïl à partir d'un point de vue spécifiquement littéraire. Alors que les travaux d'histoire des idées et des croyances étudient régulièrement ces textes sous l'angle de leurs contenus spirituels et religieux, voire de leurs fonctions anthropologiques ou de leurs sources, ces oeuvres qui font pourtant partie intégrante du dynamisme de l'art littéraire médiéval restent encore souvent en marge de l'histoire des lettres - comme si leur dimension esthétique et formelle s'effaçait, aux yeux de la critique, devant le poids de leurs ambitions et de leurs destinations religieuses. Réunissant des médiévistes s'étant illustrés dans l'analyse de ce corpus, ce dossier repense la poétique et l'esthétique de la prière telle qu'elle s'exprime dans les principaux genres littéraires du Moyen Âge français (récit, poésie, chanson, théâtre). Il attire l'attention sur les prières originales de langue d'oïl, celles qui se posent à distance des cadres de la liturgie officielle et des modèles latins consacrés afin de proposer une expérience artistique et spirituelle nouvelle, qui soit propre à la jeune littérature française.
Barlaam et Josaphat est l'adaptation christianisée de la vie du Bouddha. Mais qu'est-ce qui justifie son immense succès au Moyen Age, alors qu'on ignorait tout ou presque de cette origine orientale ? Le présent livre souhaite éclairer ce paradoxe en proposant la première étude littéraire complète du texte dans ses plus anciennes versions médiévales en français ainsi que l'analyse de leur environnement manuscrit. Recueil à tiroirs, Barlaam et Josaphat tire un subtil parti des procédés d'enchâssement et d'enchevêtrement narratifs pour constituer une oeuvre au sens fort, dont Marion Uhlig démontre la ferme cohérence. Il exerce à ce titre une influence cruciale sur l'élaboration de la littérature vernaculaire aux XIIIe et XIVe siècles, sur les textes comme sur leur mise en recueil dans les manuscrits. A travers une lecture de la légende en contexte, il s'agit d'interroger la conception de la textualité à ce moment déterminant de l'histoire littéraire où s'exerce l'art du recueil.