Matthieu Calame
Matthieu Calame
Trois ingénieurs agronomes analysent la crise agricole sous un angle original : ce ne sont pas les règles européennes et les bas prix qui tuent les agriculteurs, mais l'agro-industrie, qui les rend dépendants du machinisme et des intrants chimiques. La crise agricole, fruit d'une dépendance
Notre agriculture ? Une industrie qui fonctionne au pétrole, aux engrais et aux pesticides. La campagne ? Une usine qui produit des « matières premières » végétales ou animales. À l’instar des sociétés industrielles dont il émane, ce système contribue au chaos climatique par la dégradation des écosystèmes, avec le soutien des politiques publiques. Contre ces méfaits, il faut une révolution agro-écologique, qui passe par la transition énergétique, l’agriculture durable, la diminution de l’alimentation carnée et la réhabilitation de l’agroforesterie. Un tel projet, dont on voit les prémices dans certains territoires, est la seule utopie réaliste. Il commande directement le contenu de nos assiettes, en quantité comme en qualité. Ce livre novateur offre un socle de pensée et d’action pour que le xxie siècle soit vivable, c’est-à-dire écologique. Agronome de formation, Matthieu Calame dirige la fondation Charles-Léopold-Mayer pour le progrès de l’homme, où il suit également les questions de politiques agricoles. Il a notamment publié Comprendre l’agro-écologie (ECLM, 2016) et Enraciner l’agriculture (PUF, 2020).
Depuis l'alerte de la biologiste Rachel Carson, prédisant dès 1962 des printemps silencieux, beaucoup d'efforts ont été accomplis pour réorienter les politiques agricoles. En vain. Pourquoi ? En partant d'une remarque d'Edgar Pisani selon laquelle « le problème agricole n'est que l'un des aspects de la crise que le monde connaît », l'auteur analyse à travers quatre types de sociétés - les communautés paysannes néolithiques, les empires agraires, les thalassocraties marchandes et les états industriels - la correspondance entre sociétés et agricultures, notamment en termes de représentation du monde et d'organisation. Chaque société est dominée par un motif : domestication, hiérarchisation, manipulation, artificialisation. La société écologique devra s'inscrire sous le motif de la cohabitation. En partant des écrits et pratiques actuels qui préfigurent les sociétés écologiques, l'auteur esquisse une agriculture et une alimentation de la cohabitation et les politiques qui permettront leur généralisation.