Maurice Fombeure
Maurice Fombeure
Plongez au cœur des traditions oubliées du Poitou, de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois à travers Ceux des pays d'Ouest.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Il était bien assuré de sa richesse et de sa postérité le poète qui s'offrait le luxe de laisser dormir parmi ses inédits en recueils, dans des publications parfois obscures, des trouvailles de cette trempe, bonheurs d'écriture surréaliste et paysanne (Fombeure était poitevin et universel) : Silence somnambule qui glisse sur les flots... Des marais du doute aux pays sans nom... Tourne grande roue zodiacale charrette du silence ailé... Nous avons, avec quelque difficulté, retrouvé ces merveilles, en avons choisi près d'une soixantaine (sur une centaine de poèmes inédits existant probablement). Les quelques proses, proches parfois des poèmes (Maintenant nous faisons tous partie de cette maison solaire/Où Circé nous a changés en animaux-enfants/Mais pour lui montrer parfois ma colère/Je déniaise les éléphants), nous aident à comprendre la poétique consciente de Fombeure. Que soient remerciés pour leur aide : Philippe Pineau, Jean Bouhier, André Pacher, Michel Martin, Jean Rousselot et, bien sûr, Madame Carmen Fombeure, dont la confiance nous honore. L'éditeur
- Ah oui. On peut le dire. Il m'en a joué de drôles de tours, levin blanc de la Haumuche ! Ainsi me parlait le cordonnier Désiré Maintrot, dit « Bébé Cadum », dit « Fauche-l'aigail » (parce qu'il traînait la jambe en fauchant), dit encore « Boit-sans-soif ». C'était un gars du pays, un « gars de toujours », comme on dit... Désiré Maintrot y tenait, à sa vigne et à son vin de la Haumuche. À la saison des vendanges, il aimait s'entourer d'un nombreux personnel. Il rassemblait la plupart de ses voisins, par pure vanité, et les emmenait là-haut, moins pour les faire travailler que pour leur permettre d'admirer sa vigne, qu'il entretenait avec un soin jaloux. Mais son bon ami, son vin, lui jouait parfois de mauvais tours...
« Ils étaient quatre, aux carrures non terribles, accoudés à jouer à la manille coinchée. Il y avait là le Manuel Vidal dit « Sab'd'Ologne » parce qu'il était originaire des Sables d'Olonne - un doux ivrogne. Brandiloquent, ivrogne au moins autant que Sab'd'Ologne, mais en outre fier-à-bras et batailleur. Roubier, prénommé Austrégisile, et dit Gésil, bègue et communiste, mais sobre. Enfin, Montois, l'ancien maire. Sab'd'Ologne venait de donner et de « passer la main » à son partenaire, Austrégisile. Celui-ci regarda son jeu, réfléchit un moment et dit : - Eh eh eh ben, les gars, ça ça ça s'ra a-a, atout pique ! Cette déclaration faite, il ne sut pas réprimer un petit sourire, de confiance ou de supériorité, comme vous l'entendrez. Et c'est de là que tout le mal est venu... ».