Maurice Magre
Maurice Magre
La transformation radicale et la conversion au bouddhisme d'un chasseur-dompteur dans la jungle indonésienne.
Quand on monte un escalier, on passe devant des portes fermées et l'on ne songe pas d'ordinaire que les clefs en sont souvent sous les paillassons. Le petit morceau de fer qui ouvre l'accès d'appartements aux meubles rares, de salons délicats, est dans l'endroit où l'on a coutume de frotter la boue de ses pieds. Ainsi pour obtenir l'amour des femmes il faut connaître un petit secret, un talisman, et c'est presque toujours sous le paillasson sale que repose le précieux talisman. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Maurice Magre (1877-1941) "Rachel se retourna et vit au loin le soleil près de s'enfoncer par delà Malabar hill et les nouveaux quais en construction, dans le carré qui faisait une tache d'eau à l'extrémité de la rue. Le globe de ce soleil inusité était gonflé, disproportionné. Il répandait une lueur lie de vin sur des flots jaunâtres et soulevés anormalement comme par une malsaine fusion. L'air était moite, écrasant et la poussière en retombant avec lenteur faisait une buée d'or triste. - C'est peut-être une tornade qui se prépare, pensa Rachel. Alors elle prit une des rues transversales qui la ramenaient vers le quartier de Mazagon. Mais l'idée de son médiocre hôtel, dans ce faubourg de Bombay, hanté d'aventuriers cosmopolites, la remplit de dégoût et elle ressentit cette espérance secrète de catastrophe qu'éprouvent ceux qui sont arrivés à un tournant difficile de leur vie." A Goa, ville portugaise des Indes, Rachel, jeune femme juive, prépare patiemment sa vengeance contre l'assassin de sa mère...
Maurice Magre (1877-1941) "Il y a dans le vieux quartier de Singapour une rue avec deux pentes qui forme la bosse d'un chameau. Au sommet de cette bosse, parmi les maisons lépreuses écrasées les unes contre les autres, s'ouvre une porte grossièrement sculptée dont la partie haute représente un mufle de félin et que l'on appelle à cause de cet emblème, la porte du Tigre. Une des deux pentes de la rue descend vers un bassin abandonné du port où l'on relègue les sampans hors d'usage et les jonques à demi-mortes. Et à l'endroit où la rue bossuée aboutit au quai étroit, une pierre aiguë surgit du sol, nommée par la population chinoise et malaise, la dent du requin. En vérité, ce ne pouvait être que dans cette rue où tout était à l'image de l'animal, que moi, le fils de commerçants en bêtes empaillées, devenu le dompteur intrépide de bêtes vivantes, je devais voir s'allonger sur mon âme la première ombre de ma destinée étonnante. - C'est à la porte du Tigre ! me dit Ali le Macassar, qui connaît aussi parfaitement les hommes de Singapour que les forêts de l'Archipel et qui prétend que les uns sont aussi sauvages que les autres, lorsque je lui demandai de m'indiquer la fumerie d'opium la plus couleur locale de la ville. Dans le quartier pourri qui enveloppe d'une couronne de lèpre l'eau du vieux bassin en décomposition, il n'y avait, d'après Ali le Macassar, qu'un point unique, une seule porte à franchir, la porte du Tigre. - La fumerie vaut par l'homme qui la tient, ajouta-t-il. Là, il y a un homme." Rafaël Graaf, surnommé le Tigre, est connu à Singapour en tant que dompteur et vendeur d'animaux exotiques. Pourtant ill n'a jamais aimé les animaux et s'ingénue à les torturer. Arrivera-t-il à se débarrasser de cette bestialité qui affecte son âme ?
Maurice Magre (1877-1941) "C'est une chose très merveilleuse que de beaux yeux puissent pleurer des milliers de larmes sans que ni leur éclat ni leur couleur n'en soient altérés. Et ne faut-il pas s'étonner davantage encore que des coeurs charmants aient pu renfermer des trésors d'amour et de douleur, en aient répandu inlassablement la richesse, sans que les trésors soient le moins du monde diminués ? Ce n'est pas que les femmes souffrent moins que les hommes, bien au contraire. Mais ce qu'elles jettent à la flamme dévoratrice c'est une substance d'elles qui donne beaucoup de lumière, un peu de chaleur, mais ne se consume pas. Que l'on ne voie pas dans ces petites notes la moindre critique de ce que l'on a appelé la puissance d'oubli des femmes. Parmi tant d'êtres qui s'aimaient et qui ont été séparés au commencement de la guerre, les femmes n'ont pas oublié plus vite, et si elles ont trahi les premières, c'est que seules elles en avaient les tentations et les facilités. La guerre nous a montré avec une terrible évidence combien sont fragiles nos affections et combien ceux qui paraissent le plus semblables et qui sont liés pour une brève éternité, peuvent aisément, au bout de quelques mois d'éloignement, devenir différents et étrangers." Paris, 1915. Comment les petites femmes de Paris vivent-elles ce conflit qui leur enlèvent leurs amants ? Roman court.
Marseille, 1918. Une serveuse de bar découvre soudain l’intelligence comme une maladie douloureuse. La tendre camarade de Maurice Magre explore avec audace les dangers de la lucidité et les paradoxes de l’amour.
Maurice Magre (1877-1941) " Une résonance de cloche est à l'origine de ma vie. Je m'éveillai, une nuit, avec le désir joyeux d'entendre le bronze retentir. Dans ce temps-là, mon sang coulait avec une si grande force sous mon enveloppe charnelle que je ne pouvais m'empêcher de réaliser ce qui m'animait." Fils de bâtisseur, Dalmas Rochemaure se destine à la vie monastique, bien qu'ayant appris les armes, la poésie, la philosophie et même la langue arabe. Mais l'arrivée du légat du pape, Pierre de Castelneau, au monastère, va changer le cours de sa vie... Une évocation romanesque de la croisade des Albigeois menée contre la foi cathare (1208-1229) par Simon de Montfort, au nom du pape et du roi de France. Maurice Magre retrace cette tragédie à travers les yeux de Dalmas Rochemaure qui en est l'acteur et le témoin.
Un récit atemporel met en présence une jeune femme juive et l'homme qui est responsable de la mort de sa mère. La vieille ville portugaise et bien pensante de Goa sert de cadre à une vengeance patiemment ourdie. Le texte a été publié en 1928 aux éditions Albin Michel.