Maurice Raphaël
Maurice Raphaël
Une nuit, veille de 14 Juillet, entre Clichy et Belleville, l'Opéra et Pigalle. Et Desdémone, récif glissant auquel on se cramponne, qui vous fuit et, partant, vous pilote. Une virée chaloupante dans Paris qui fermente, une nuit violente, cliquetante de couteaux et tatouée de morsures. L'écriture de Maurice Raphaël, sans arpentage ni mesure, déverse la splendeur scintillante et pulvérisée d'un feu d'artifice et convoque des monstres postiches, felliniens en diable. Une averse de confettis, des rasades d'étincelles.
Maurice Raphaël est le plus connu des trois pseudonymes (Ange Bastiani pour la Série noire, Victor Saint-Victor...) sous lesquels l'auteur d'Ainsi soit-il et de Claquemur a écrit des érotiques et des policiers dans les années cinquante, avant de disparaître en 1977. Très représentatif de la violence, du désespoir et de l'excès d'une bonne partie de la littérature de son époque, Maurice Raphaël avait, d'après Éric Losfeld, un de ses éditeurs, " l'allure d'un aventurier, souple et bronzé, grand séducteur... " Notre collection des "Lectures amoureuses" se devait de reproduire au moins ces deux oeuvres, dont c'est la première édition au format de poche. André Breton disait de Claquemur que c'était un " cryptesthésie des bas-fonds ". Tels quels, ces deux textes sont d'irremplaçables spécimens d'une époque érotique révolue.
Je suis sorti de mon rôle d'image et il est toujours gênant de prendre un objet comme complice de son plaisir. Ce sont de dangereux témoins à charge.
« Ça faisait longtemps qu'ils se nourrissaient de chat. Ça depuis le début de l'hiver, depuis que durait la grève. Et il n'y avait plus à vendre dans les boutiques que des denrées que personne ne pouvait acheter. Et Graine avait faim. Et Pore avait faim. Et Cachou avait faim et Albert le Chien. Et Ponce, dans sa cellule, devait avoir plus faim qu'eux tous réunis. » Ne pas se fier aux apparences : sous les dehors d'un roman social, La Croque au sel (originellement publié en 1952) entraîne le lecteur jusqu'aux bas-fonds existentiels du petit peuple des villes. Quand la population affamée d'un immeuble tout entier hésite entre la chasse au matou et une petite séance de cannibalisme entre parents, c'est l'humanité selon Maurice Raphaël qui apparaît à tous les étages. Famille, je vous bouffe ! Ce petit bijou de noirceur est suivi d'un dossier, composé par l'expert Alfred Eibel, riche en révélations sur un auteur maudit qui ne tenait de l'ange qu'un de ses pseudonymes et fréquentait en intime tous les démons de l'existence et de l'écriture.
Torve story, où le narrateur retrouve son ami Jésus. Il a vingt ans de plus, la vue en moins (guerre d'Espagne) et végète entre mère et cousine. Dans un monde caviardé par l'angoisse et la pauvreté, ils referont un bout de chemin ensemble. En pure perte. On ne recolle pas les bouts.