Michel Guérin
Michel Guérin
Et si l’écriture philosophique était elle-même une méthode ? Dans Éthique de l’écriture philosophique, Michel Guérin interroge le lien secret entre la pensée et sa mise en mots.
La fin des phénomènes n'est pas la fin du monde. Seulement l'essoufflement d'un monde. C'est la dissipation, que l'ère numérique a précipitée, du mode d'évidence propre à la représentation comme relation franche d'un sujet à des objets. Ceux-ci ne sont plus perçus ni pensés comme des « entiers », car ils sont soumis à des processus de réduction (dissolution) qui n'ont de cesse de dynamiter l'unité clairement dessinée qu'ils présentaient tant pour l'esprit que pour la sensibilité. En ce sens, la fin des phénomènes désigne simultanément l'invalidation de la métaphysique, dans la mesure où celle-ci oppose en les appariant les sensibles et les intelligibles : deux classes d'objets corrélés dans leur séparation. La crise de l'objet est le dernier avatar de la déconstruction du sujet. Si le phénomène est ce qui apparaît, la Figure est ce qui transparaît. Elle n'est pas seulement image, mais événement, dans lequel l'annonce est voilée, obligeant à l'interprétation. Tertullien ne dit-il pas de la figura qu'elle est aussi umbra ? À un monde de l'évidence tranchant sur l'opacité qui l'environne, se substitue ainsi l'univers unique d'une transparence ombreuse. La Figure en tant qu'image vérace, est selon l'auteur, l'instrument de pensée qui, après la fin des phénomènes, rebat radicalement les cartes héritées de la métaphysique (le chôrismos platonicien, soit la participation dans la séparation du sensible à l'intelligible) en s'inspirant à la fois de sources chrétiennes (Pascal) et de l'oeuvre de Rainer Maria Rilke, poète et penseur de la Figur.
Par définition, la guerre de l'ombre que mènent les services de sécurité et de renseignement, reste un mystère, ou presque. Celle contre le terrorisme plus que toute autre. L'ambition de cet ouvrage est de raconter l'action de la DST, la Direction de la Surveillance du territoire, depuis sa création en 1944 jusqu'en 2008, dans ce qui fut l'une de ses activités principales. Très tôt engagée dans le combat contre le terrorisme notamment durant la guerre d'Algérie, la DST eut à faire face, dès les années 1970, aux différentes vagues de terrorisme d'origine étrangère qui déferlèrent sur la France, des Palestiniens aux djihadistes en passant par Carlos, les Arméniens, le Hezbollah libanais, les États terroristes et bien d'autres. Tous différents par leur cause et leur nature, ces terrorismes obligèrent nos services de renseignement à s'adapter en permanence face à une menace quasi quotidienne. Ce livre raconte la riposte de la DST, de sa création en 1944 jusqu'à sa disparition en 2008, ses évolutions, ses modes d'action, en un mot une saga unique en son genre, riche en rebondissements et révélations. Un ouvrage original dont l'épopée clandestine est racontée par ceux qui en furent les principaux acteurs, trois responsables de la DST, aux manettes pendant toute cette période. Ainsi s'ouvre une page d'Histoire méconnue...
Les " walk-ins ", ces défecteurs qui frappent à la porte d'un service de renseignement adverse, sont un phénomène fascinant et central au renseignement. Pour les services spéciaux qui les reçoivent, ils représentent à la fois une source d'informations inespérée et un cadeau empoisonné. Certes, ils peuvent apporter des informations capitales, pouvant parfois influer sur le cours des choses, mais leur gestion peut être difficile, compliquée, et surtout leur arrivée inopinée masquer la manoeuvre d'un service adverse. Ce livre propose d'expliquer au lecteur ce qui caractérise les walk-ins. Michel Guérin qui cumule près de quarante ans dans le contre-espionnage français, évoque leur itinéraire, leurs motivations et la façon dont les services les traitent et les appréhendent, mais surtout, il nous raconte la suite de leur histoire... Parmi eux, on peut citer Penkovsky, Vetrov, Mitrokhine, Ames, et bien d'autres encore, dont il nous relate avec maestria l'aventureux parcours. " L'ouvrage de Michel Guérin, un homme du renseignement respecté et aguerri, qui connut et géra ces affaires critiques de transfuges de l'intérieur, est un objet rare. Il est rare parce qu'il offre une perspective qui n'est habituellement accessible qu'à ceux qui appartiennent à la communauté du renseignement, et qui l'opèrent à des niveaux exécutifs ou de direction. Il est rare parce que l'auteur lui-même n'est pas un simple commentateur, mais un des acteurs majeurs de l'Histoire française du renseignement, qui nous offre ici le regard aiguisé, professionnel, aguerri, et souvent amusé de celui qui a vécu ces pièges complexes et déroutants que sont ces " volontaires ", offrant à l'ennemi un accès inespéré au plus secret des trésors de guerre pour un service de renseignement : une connaissance intime de l'adversaire, une possibilité d'un accès direct à son circuit exécutif, une opportunité d'agir et de défaire ses plans. " Philippe Baumard, professeur des universités, agrégé des facultés, directeur de l'équipe Sécurité Défense Renseignement, CNAM.
C'est le plus vieux métier du monde mais il ne fait l'objet d'études sérieuses que depuis très peu de temps. L'agent de renseignement a mauvaise réputation. C'est une activité de l'ombre, rejetée, parfois honnie. Qu'entend-on par renseignement ? En quoi est -il différent de l'intelligence économique ou de l'espionnage ? Convenons-en, le renseignement est une information évaluée. D'un pays à l'autre, les techniques pratiques et l'organisation du renseignement varient. Ce manuel est à la fois théorique, historique, mais aussi pratique. Un livre d'une grande exigence intellectuelle, passée au tamis de l'expérience du terrain. L'auteur, qui a fait toute sa carrière au coeur du système des renseignements français, est extrêmement bien placé pour nous livrer sa pratique quotidienne du métier et les portraits de légendaires agents du renseignement.
Écrire un commentaire du Cimetière marin strophe après strophe et presque vers par vers eût paru sans doute au poète qui le composa une bien étrange affaire. Si l'on ajoute, plus insolite encore, la présence du Boléro de Ravel dans le tableau, on se persuade que l'entreprise tient de la gageure. Pourtant, l'idée se défend, non seulement d'un commentaire philosophique visant la plus grande précision, mais d'un lien d'une espèce singulière avec le Boléro au motif d'un rythme ostinato. C'est une intuition initiatrice, qui ne vaut nullement comparaison et ne doit pas entraîner à des rapprochements forcés. On découvrira peut-être dans l'aventure que la Figure qui s'enroule dans l'oeuvre du poète comme en celle du musicien est le Serpent. Elle se voit autant qu'elle s'entend, ou plutôt entre les deux se pressent. Elle reste à demi dissimulée comme en un rébus. Il faut lire Le Cimetière marin au boléro en pensant au titre d'un tableau, comme La Jeune Fille à la perle de Vermeer. Que le lecteur se rassure : il ne s'agit de rien d'autre que d'expliquer le poème de Paul Valéry et lui seul. L'attribut que lui prête le titre de l'ouvrage n'a d'autre fonction que de déclencher un écho discret, comme l'est, à l'oreille de la Jeune Fille, la perle. Michel Guérin, écrivain et philosophe, est professeur émérite de l'Université d'Aix-Marseille et membre honoraire de l'Institut universitaire de France. Il a publié aux éditions Les Belles Lettres collection « encre marine », Le Fardeau du monde (De la consolation) en 2011, Origine de la peinture en 2013 et La Croyance de A à Z en 2015. Ses recherches portent principalement sur la Figure et sur le geste : une 2e édition (augmentée) de Philosophie du geste a paru aux éditions Actes Sud en 2011.
Duchamp n'est pas un précurseur (au sens avant-gardiste du mot), mais un anticipateur. Il n'est pas de connivence avec la logique moderniste et son mythe d'un Novum qui, par la mode, revient éternellement même sous un visage apparemment autre. Il est, en somme, l'inventeur de l'inédit, d'un événement qui ne prend pas sens par rapport à une diachronie guidée vers une fin, mais dans une relation plus libre avec les conditions historiques de la création. C'est ce qui explique, non pas à proprement parler la « modernité » de Duchamp, mais plutôt sa présence intempestive et son retentissement contemporain. Cet essai propose une interprétation du ready-made à partir de la situation de Marcel Duchamp en son temps et il tente de saisir, à travers l'humour, la désinvolture, une paresse revendiquée, la « pensée de derrière » d'un artiste qui s'affirme de se dénier et craint par dessus tout l'esprit de sérieux. Michel Guérin, philosophe, professeur à l'Université de Provence, membre de l'Institut universitaire de France, prolonge ici une réflexion entamée, pour ce qui est des questions touchant l'art, avec Qu'est-ce qu'une oeuvre ? (Actes-Sud, 1986) et poursuivie en particulier dans Nihilisme et modernité (Jacqueline Chambon, 2003).
Michel Guérin interroge ici les processus qui conduisent des techniques manuelles aux technologies intellectuelles. Les premières et les secondes procèdent de la main : dans le scénario le plus simple, celle-ci "fabrique" ; dans la configuration actuelle, elle commence par "écrire". Le geste technique s'est mué progressivement en geste logique. La technologie est la convergence de l'extériorisation des gestes agissant sur la matière et du dépôt des symboles permettant de doter cette action d'une efficacité inouïe.
Poursuivant des analyses que La grande dispute ou encore Nihilisme et modernité avaient mises au jour, Michel Guérin livre ici une passionnante enquête sur « ce que l'art dit du temps et ce que le temps fait de l'art » à partir de la Renaissance. L'art dans sa quête d'émancipation a marqué l'histoire moderne dans la mesure où la création artistique s'est révélée en même temps qu'une production, une mise à l'épreuve de la conscience du temps à travers les époques. Aussi cette histoire philosophique et réflexive de la vocation créatrice de l'homme doit-elle s'entendre, affirme Michel Guérin dans cette ambitieuse anthropologie de la création des modernes, comme le déploiement critique du temps de l'art en tant qu'art du temps.
En 1944, sur les ruines encore fumantes d'une Europe ravagée par un conflit qui se solde par la mort de plus de 50 millions de victimes, une autre guerre commence, sourde, rampante. Une guerre de l'ombre et des coups tordus. Une guerre où vont s'affronter ces deux grands blocs que sont l'Est et l'Ouest : l'URSS et ses satellites, d'un côté, les États-Unis et ses alliés, de l'autre. On l'appellera la " Guerre froide ", celle du renseignement, de la désinformation. Celle des soldats anonymes. En France, la DST sera en première ligne, que ce soit face au KGB, au GRU ou aux services du bloc de l'Est, jusqu'à la chute du mur, en 1989. Créée en 1944, la DST part de zéro : les archives de l'ancien Contrôle général de la Surveillance du Territoire ont été détruites à l'arrivée des Allemands, quatre ans plus tôt. Il lui faudra vingt ans pour s'en relever. Ce qui ne l'empêchera pas de remporter quelques beaux succès qui permettront l'expulsion au total d'une centaine d'officiers soviétiques, sans compter leurs collègues des pays " frères ". Pour la première fois, ce livre raconte sans détour les difficultés rencontrées par ces fonctionnaires français de la DST, ces " contre-espions ", ces hommes et ces femmes dont certains sont tombés au champ d'honneur sans que leurs noms ne soient jamais gravés sur un monument aux morts.
La Ve République peut-elle, soixante ans après sa fondation, continuer sa route ou bien est-elle à bout de souffle ? Est-elle réformable ou faut-il la déclarer moribonde et songer à la remplacer ? L'auteur, convaincu qu'il importe de maintenir son cadre et ses principes, examine à la fois les entorses qu'elle a subies du fait des hommes politiques durant les récentes décennies, et les défis que l'évolution des moeurs et la violence de l'histoire lui ont lancés. Leur conjugaison aboutit à neutraliser, voire inhiber des ressorts qui auraient dû être utilisés pour surmonter les crises. Tant l'autorité de l'État que la vie démocratique ont souffert de la malencontreuse instauration du quinquennat. Cloner l'Assemblée et le Président revient en effet à affaiblir l'un et l'autre, à paralyser les partis et les syndicats et, finalement, à déconsidérer l'ensemble des acteurs de la politique. C'est pourquoi l'auteur appelle de ses voeux le rétablissement du septennat, ainsi que le vote obligatoire et la pondération du scrutin majoritaire par une dose de proportionnelle.
Pointant le geste comme première tournure de la pensée et de l'action, l'auteur révèle de façon pertinente sa part dans la construction progressive d'une oeuvre et, interrogeant le sens du geste, fait apparaître que c'est le geste lui-même qui fait sens.
Quelles seront les politiques culturelles qui contribueront demain à renouveler les goûts, les formes et la pratique de la participation démocratique ? Quelles orientations donner à nos politiques culturelles pour inventer de nouvelles façons d'être et de vivre ensemble ?
Qu'est-ce-que le Djihad, ce mot qui dépasse désormais les frontières et les cultures ? Au-delà de la « guerre sainte », le Djihad a été utilisé à travers l'Histoire pour justifier une infinité de cause, voire comme « exutoire ». Il a ainsi parfois été prétexte à l'« union sacrée », à une mobilisation opportune de troupes pour des conquêtes ou pour affirmer l'emprise de pouvoirs temporels. Cet usage politique et militaire ne saurait faire oublier la perception majoritaire du Djihad par les musulmans : littéralement « un effort sur soi pour devenir meilleur » - travail pacifique et exigeant à l'opposé du lieu commun. Le présent ouvrage offre une nouvelle et limpide approche du terme islamique le plus employé aujourd'hui.
L'ancien maire PCF de Saran, aujourd'hui conseiller général du Loiret, revient sur son parcours : sa naissance dans un milieu modeste, ses nombreuses années d'élu, ses fonctions syndicales et politiques. Il décrit sa vision du progrès, de ses bienfaits et de ses aspects néfastes. Pour lui, le progrès n'est pas synonyme d'une évolution matérielle mais humaine.
L'histoire commence dans le Limousin, au château de Ménant où le narrateur, jeune homme, est invité par Déo (D.O. - Dominique). Le père de Déo, le Comte, abandonné par sa femme, sombre dans le délire. Claire, sa demi-soeur, est amoureuse de son neveu Déo. Ce dernier hante les collines, disparaît, hurle à la nuit. Et l'évêque Willibald, sceptique, enseigne que le monde est un théâtre. Grâce à un almanach magique qu'Amande, l'amante du narrateur, rapporte d'Italie et qui a la propriété de libérer des poupées vivantes, nous sommes transportés dans l'Italie de la fin du XVIIIe siècle, dans un monde onirique et fascinant. Nous suivons les aventures d'Hélian-Déo et de Carlo - le narrateur -, qui construit le plus prestigieux des théâtres, la Scala de Milan. Dix ans après la rencontre de Ménant, le narrateur, devenu professeur, rencontre dans la ville Déo, maintenant devenu aventurier, toujours insaisissable, que s'arrachent les femmes. Déo n'a plus qu'une passion : le théâtre. Et tout finit comme dans un théâtre. Singulier roman, initiatique et picaresque.
Guérin hait tant le modernisme, ce que Nietzsche appelait, de quelle haine ! les " idées modernes ", qu'il prend le risque d'un style qui aux plus niais sans doute paraîtra " vieillot ". Comment peut-on écrire encore ainsi ? Et ils évoqueront, pour ce mélange indu et démodé de méditation et de fiction, le Barrès de Sous l'oeil des barbares, le Gasquet du Narcisse - ce qui d'ailleurs n'est pas si mal - que sais-je encore ? Comment peut-on ainsi méditer encore sur ces simples vignettes : la femme, l'enfant, l'artiste ?...Lisez deux fois, s'il le faut, comme on vous y invite. Et vous savez alors que vous avez à faire au plus systématique des textes. Non point seulement parce qu'il s'ordonne à un principe d'abord énoncé, qui est que le propre de la philosophie est de produire des Figures. Il n'est pas besoin d'avoir lu le beau livre qu'il a écrit sur Nietzsche pour saisir que Guérin est, qu'il me pardonne, je dis pour faire vite : " nietzschéen ". Mais ce n'est pas de cela que je veux parler : il est systématique encore en ceci qu'il y a un point, un certain endroit, d'où il suffit de se placer pour qu'il se ramasse et s'ordonne, autour d'une seule et persévérante méditation, mieux, la rumination d'une seule arrière-question : qu'en est-il de la maîtrise ?
Comment s'expliquer le succès d'un penseur qui affiche avec une sorte de verve son go-t exclusif pour les valeurs aristocratiques et clame à qui veut l'entendre son mépris pour la démocratie et le socialisme, auprès de ceux-là mêmes pour qui l'idée seule d'une " hiérarchie " est haïssable ? N'y a-t-il pas là contradiction, malentendu, impossibilité ? Reste que ce paradoxe fait sans doute le tissu le plus secret de notre vie intellectuelle et politique. Comment pouvons-nous à la fois nous réclamer de Marx et de Nietzsche ? Cette question n'est pas une question d'école ; elle n'attend pas une résolution " logique ", qui soit, comme on dit " satisfaisante pour l'esprit ". Elle est, par chacun de nous, éprouvée comme paradoxe.M.G.