Michel Leboeuf
Michel Leboeuf
Les sons générés par l'humain prennent davantage de place sur Terre, même au coeur des environnements sauvages, ne laissant plus entendre ceux de la nature. Ainsi, le chant de la grive devient de plus en plus imperceptible, comme le murmure du torrent quand passe un avion dans le ciel, tandis qu'aux confins de la forêt boréale, les hurlements du loup se brisent sous les gémissements des tronçonneuses. La symphonie du vivant s'amenuise, perd texture et richesse en proportion de chaque mètre carré de planète empiété par Homo domesticus. Cette érosion toujours plus inquiétante des chants naturels inquiète les biologistes. La cacophonie engendrée par les sirènes des machines et par l'invasion des moteurs augure-t-elle l'anthropophonie, c'est-à-dire un univers bruyant qui rend la nature inaudible ? Ce livre est un plaidoyer pour sauver l'hymne de la beauté du monde.
L'affaire est singulière : Vieux Jack, un bouleau jaune âgé de 250 étés, colosse ténébreux de la forêt laurentienne, choisit de livrer ses états d'âme à un biologiste. Il lui raconte l'histoire des plantes et celle de sa forêt ; il discourt sur les théories de l'évolution et sur les origines de la vie; puis, il confie une loi essentielle : « Ce n'est ni la séparation, ni l'exclusion, ni la compétition qui gouvernent le monde du vivant [...] ; l'entraide, la coopération, la symbiose, voilà les éléments clés qui permettent de comprendre l'évolution de la vie. » La fable du bouleau jaune, solidement appuyée par les plus récentes découvertes en écologie, est le prétexte à une prise de conscience puissante sur la Nature, de même que sur la relation entre les humains et... les arbres. Le bouleau jaune est l'arbre-emblème du Québec.
Les populations de caribous forestiers et de bélugas du Saint-Laurent sont dangereusement en déclin. Comment est-ce possible considérant tous les efforts déployés pour les sauver ? Il faut se rendre à l'évidence : nos stratégies de conservation de la nature, fondées sur la protection d'une espèce rare, sont inefficaces. Est-ce trop ambitieux de les changer ? Ne devrait-on pas sauvegarder l'intégrité d'un écosystème auquel sont liés tous les êtres vivants plutôt que de s'attarder au sort d'un seul animal, aussi emblématique soit-il ? Selon Michel Leboeuf, cela implique une prise de conscience sans équivoque qui devrait nous pousser à attribuer à la Nature des droits fondamentaux. Comme ceux que l'on reconnaît à tous les humains sans distinction.