Michel Surya
Michel Surya
La contribution politique de Maurice Blanchot à la presse d'extrême droite dans les années 1930 est désormais établie et en partie connue, sur laquelle ce livre revient longuement. Pour autant, il ne s'agit pas ici d'un réquisitoire au terme d'une instruction sur la violence des propos qui ont alors été les siens, mais, à partir des silences, des omissions, des dissimulations sur les écrits anciens de celui qui passe, à juste titre, pour le représentant de la plus haute exigence littéraire, une profonde réflexion sur la conséquence de la pensée. Cette réflexion prend au mot Blanchot lui-même, qui écrivait, à propos de l'engagement nazi de Heidegger : "Il y a eu corruption d'écriture, abus, travestissement et détournement du langage. Sur lui pèsera dorénavant un soupçon." Un semblable soupçon frapperait aujourd'hui Blanchot, d'autant plus pesant que l'importance qu'on reconnaît à sa pensée égale celle qu'il reconnaissait lui-même à la philosophie de Heidegger.
La contribution politique de Maurice Blanchot à la presse d'extrême droite dans les années 1930 est désormais établie et en partie connue, sur laquelle ce livre revient longuement. Pour autant, il ne s'agit pas ici d'un réquisitoire au terme d'une instruction sur la violence des propos qui ont alors été les siens, mais, à partir des silences, des omissions, des dissimulations sur les écrits anciens de celui qui passe, à juste titre, pour le représentant de la plus haute exigence littéraire, une profonde réflexion sur la conséquence de la pensée. Cette réflexion prend au mot Blanchot lui-même, qui écrivait, à propos de l'engagement nazi de Heidegger : "Il y a eu corruption d'écriture, abus, travestissement et détournement du langage. Sur lui pèsera dorénavant un soupçon." Un semblable soupçon frapperait aujourd'hui Blanchot, d'autant plus pesant que l'importance qu'on reconnaît à sa pensée égale celle qu'il reconnaissait lui-même à la philosophie de Heidegger.
Trente années de travail, à peu près trente livres (récits, romans, essais), ici pensés à deux voix, Michel Surya répondant aux interrogations exigeantes de Mathilde Girard. Comment s'engage-t-on à écrire, ou dans l'écriture ? Revenant d'où (enfance, formation), allant où (rencontres, livres, vies) ? S'opposant à qui et à quoi (à la glu des origines, à la violence des choses et du monde ; à soi, aussi bien) ? Fort de quelles affirmations folles et fragiles, comme tenues au-dessus du vide ? Accompagné de quelles amitiés intellectuelles, qui les inspirent et les secondent ? En somme : qu'est-ce qu'écrire encore et comment et pourquoi, quand écrire est tout ce qu'il reste ? Le titre : Défense d'écrire ne dit pas ce qu'il semble dire, qui joue de l'ambivalence d'un mot. Qui dit tout le contraire d'une invitation à interdire. Qui forme l'affirmation d'une liberté sans condition. Parce que c'est de la littérature qu'est venue toute liberté, c'est de la littérature que toute liberté dépend. Michel Surya est, entre autres, l'auteur de Georges Bataille, La mort à l'oeuvre (Gallimard) et L'Éternel retour (Lignes/ éditions Léo Scheer). Derniers titres parus : L'Autre Blanchot (Tel/Gallimard, 2015), Capitalisme et djihadisme (Lignes, 2016) et Le Mort-né (Al dante, 2016). En 1987, il fonde la revue Lignes, qu'il dirige depuis ; il anime une collection du même nom. Mathilde Girard est philosophe et psychanalyste. Membre du comité de la revue Lignes, et auteure (avec Jean-Luc Nancy) de Proprement dit. Entretien sur le mythe et de L'Art de la faute (Lignes, 2015 et 2017)