Mounier Emmanuel
Mounier Emmanuel
On trouvera ici, la version abrégée du Traité du caractère : si l'appareil scientifique a été sensiblement allégé le présent ouvrage veut rendre cependant compte de ce "combat pour l'homme" présenté dans des termes qui, après trente ans, restent extraordinairement actuels, qu'il s'agisse des rapports des hommes entre eux ou des rapports des hommes avec leur milieu. "Nous sommes entrés dans une de ces crises périodiques de l'homme, où l'homme cherche dans l'angoisse à retenir les traits d'un visage qui se défait, ou à se reconnaître figure d'homme dans le nouveau visage qui lui vient. Il lui faut alors choisir vigoureusement, dans la confusion de toutes les valeurs, ce que c'est que d'être homme, et homme de son temps... Nous n'avons pas seulement, dans notre recherche, voulu traiter de l'homme, mais combattre pour l'homme." Emmanuel Mounier.
Cinq ans de résistance à l'oppression ont restauré dans notre chair la certitude primitive qu'il est en chaque homme un domaine inaliénable, dont l'asservissement conduit les individus à l'abjection et les Empires à la déroute. Si le réveil personnaliste a un sens, c'est, avant toute politique, l'affirmation de ce domaine réservé. Il s'offre comme une réaction naturelle de la dialectique historique au moment où l'avènement des grandes forces collectives ramène à notre horizon le visage de Léviathan. Ces trois études, entre 1934 et 1939, nous apparaissent aujourd'hui comme un rappel des raisons pour lesquelles nous avons de 1940 à 1944 résisté à Léviathan et à ses métamorphoses possibles. C'est pourquoi ces pages déjà anciennes nous ont décidé à leur rendre vie sous un titre commun, bien qu'en disant les mêmes choses, nous ne les écririons plus aujourd'hui de la même façon ni ne les aborderions des mêmes biais.
Emmanuel Mounier, mort il y a juste cinquante ans, est incontestablement une grande figure du XXe siècle. Fondateur de la revue Esprit en 1932 (à vingt sept ans !), il a eu pour son époque et pour plusieurs générations d'hommes et de femmes après sa mort un rôle exceptionnel d'éveilleur intellectuel. " Faire des livres ne fut jamais son but, mais faire des hommes " (J.-M. Domenach). Ce livre reprend quelques-uns de ses textes fondateurs, en particulier des articles d'Esprit écrits durant les premières années de la revue, puis édités en volume par Mounier lui-même (Refaire la Renaissance est le titre du tout premier article qu'il écrit dans la revue, en octobre 1932). Ils contiennent le meilleur de son intuition, de ses refus et de ses combats, de ses engagements dans la cité : refus des révolutions devenus totalitaires par mépris du spirituel, refus d'un ordre du monde qui engendre des catastrophes humaines, engagement pour une autre culture, une autre civilisation, où personne et communauté seraient également reconnues dans leur rôle unique, irremplaçable. Préface de Guy Coq