Nicolas Bourgoin
Nicolas Bourgoin
Depuis une vingtaine d'années, un nouveau courant s'est imposé dans le champ de la littérature noire: le polar politique d'inspiration nihiliste. À la fois contestataire et pessimiste mais dénué d'affiliation partisane, il marque avec le néo-polar des années 70-80 une rupture franche qui renvoie à des évolutions sociales récentes. Nous avons étudié le processus de production de sept oeuvres dans ses trois dimensions: le producteur, le produit et sa réception. Comment ces nouveaux entrants dans ce champ littéraire ont-ils bousculé les codes du polar? Comment ont-ils mis en forme la stratégie de la tension dans leur roman? Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé ces oeuvres, leurs auteurs et leurs lecteurs au moyen de différentes méthodes: biblioscopie, entretiens directifs, analyse de contenu, enquête par questionnaire Notre approche a montré les racines sociales de ce nouveau polar politique et les problématiques qui l'alimentent chaos de l'après-communisme, peur du terrorisme, scepticisme à l'égard des institutions et des États. Ces thématiques font de ce courant littéraire un révélateur de nos sociétés du «nouveau désordre mondial».
La guerre contre le terrorisme lancée par les États occidentaux après les attentats du 11 septembre a bouleversé le droit pénal et favorisé la montée en force d'un modèle prédictif. Celui-ci conduit à la mise en place de dispositifs destinés à repérer les signes avant-coureurs de passage à l'acte violent. Ainsi, la doctrine du pré-terrorisme instituant une présomption de culpabilité à rebours du droit pénal classique est l'alibi d'un contrôle social toujours plus étroit exercé sur les citoyens. Mais à terme, ne risque-t-elle pas de menacer les fondements mêmes de la démocratie en remettant en cause l'équilibre des pouvoirs ?
Dans ce second livre de l'épopée « Les quatre cavaliers », Nicolas Bourgoin nous envoie comme promis « Le messager », trait d'union entre l'Ancien et le Nouveau Monde. Passé de l'autre côté du miroir, il poursuit son combat pour une société plus juste mais rien ne semble se dérouler comme prévu. Janus ensorcelant, les personnages qu'il côtoie ont tous une double face, sa route chaotique est parsemée de chausse-trappes, les temps se mêlent, les époques se confondent au rythme endiablé de l'uchronie, genre littéraire dont l'auteur a fait son principe d'écriture. Marionnettes dans sa main, ses héros voyagent et oscillent au bout des ficelles qu'il leur tend comme des pièges. Hameçonnés, ils se balancent par-delà le temps et l'espace. « Le messager » réussira-t-il à resserrer ces parallèles qu'ils suivent tous, comme hypnotisés ? Les rapprochera-t-il ? Que devient François ? A-t-il enfin retrouvé Natacha ? Qui est Alexandre, le nouveau héros de cet opus, envoûté par Helga la nouvelle héroïne ? Les lignes de Nicolas ont un pouvoir magnétique et sulfureux, aux confins de la violence et du sexe. Le lecteur peut se laisser bercer, charmer par quelques fonds de musique pop, Madeleines de Proust de notre époque désenchantée, mais très vite la lutte pour la Révolution nous ramène à la réalité du monde. Mais quel monde ? Les références culturelles choisies par Nicolas sont autant de balises ou de points de repères, de véritables oasis qui nous reposent et nous rafraîchissent dans cette course folle... du temps qui nous embarque et « nous fait vieillir ». « Le messager » ne nous apporte pas encore la vérité, tout au plus un nouvel éclairage... Il faudra attendre « l'effet papillon » qui clôt la trilogie, pour que toute la lumière soit faite. Extrait : Je la rassurai d'un bref sourire. - Je fais du russe mais je ne veux pas aller en Russie, ça ne m'intéresse pas ou juste pour une année, je veux travailler en France comme médecin. - Médecin ? Alors j'envie tes patientes, je suis sûre que tu seras un très bon médecin. - Pourquoi « mes patientes » ? Je vais soigner tout le monde tu sais, femmes et hommes. Même les enfants si je me spécialise en pédiatrie. Elle se tourna vers moi et eut l'air embarrassé, hésitant à parler. - Pourquoi tu me dis ça ?, insistai-je. - Tu ne le devines pas ? Elle continuait à me fixer effrontément, plongeant son regard dans le mien sans un battement de cils. Une telle insistance m'aurait dérouté en temps normal mais je ne me sentis pas gêné, au contraire. Cette fille que je venais seulement de rencontrer m'apparut étonnamment proche et sa franchise avait raison de mes défenses naturelles. J'allais lui répondre quand je sentis quelqu'un dans mon dos me tirer par l'épaule. C'était Alexandre qu'on appelait mais je savais qu'on s'adressait à moi, et la voix se faisait de plus en plus pressante... Sans transition, Alexandre se retrouva dans son lit et, les yeux encore embués de sommeil, reconnut le visage renfrogné de sa soeur qui le houspillait.
François essayant de rassembler les pièces d'un étrange puzzle est désormais face à un énorme kaléidoscope aux couleurs changeantes qui le fascinent. Il va traverser comme un passe-muraille ce miroir où se reflète un Nouveau Monde, un monde devenu totalement communiste. Et tandis qu'il flotte ébloui par le chatoiement des réverbérations, une autre vie s'est organisée, construite autour de lui. Durant les 3 livres de cette longue et passionnante épopée «Les quatre cavaliers», Nicolas Bourgoin ne prétend en aucun cas faire l'apologie d'une quelconque idéologie, il désire seulement nous transporter et transposer ces rails, fameuses parallèles intangibles du temps qui passe. Dans ce livre 1, au titre évocateur, il s'agit de « faire avaler » des pilules orange aux effets imprévisibles... Un premier opus de cette uchronie, genre littéraire qui repose sur le principe de la réécriture de l'Histoire à partir de la modification d'un événement du passé, nous met dangereusement l'eau à la bouche... François arrivera-t-il à déjouer l'ironie des histoires, de cette Histoire ? Reverra-t-il Natacha ? Et surtout qui est-elle ? Boris a-t-il disparu ? Pauline, Françoise resteront-elles de tendres ou cruelles héroïnes de l'érotisme ? Où sont les points fixes, les centres de gravité auxquels se raccrocher ? Le titre du livre 2 « le Messager » nous rassure... comme un enfant apaisé (momentanément) par son père avant de s'endormir. Nicolas Bourgoin nous le promet, lui, si on est sage car il a ce talent inimaginable de nous suspendre dans le vide pour mieux nous rattraper. Un talent... double au risque de nous débusquer, nous infiltrer pour nous servir ou nous perdre... Extrait : Natacha referma le livre et le lui tendit. Le dessin de couverture représentait quatre cavaliers vus de trois-quarts, côte à côte et légèrement décalés l'un par rapport à l'autre, regardant tous dans la même direction. Le trait, nettement stylisé, évoquait le réalisme socialiste. Peut-être une allusion détournée aux quatre classiques du marxisme-léninisme, Marx, Engels, Lénine et Staline ? Ce serait plutôt audacieux et en tout cas peu probable : le livre n'aurait pas survécu au couperet de la censure d'État. - Les quatre cavaliers, drôle de titre, déclara François en rendant le livre. Cela a un rapport avec l'Apocalypse ? - Je ne sais pas, je ne l'ai pas encore fini. Mais il est bien, tu veux que je te le prête ? J'ai encore deux semaines avant de le rendre et je l'aurai terminé bien avant. » Sans en comprendre la raison, François sentait que ce livre n'était pas ordinaire et voulut en savoir plus. - De quoi ça parle ? - C'est une fiction politique d'un genre particulier, de l'uchronie, précisa-t-elle. Le principe est de modifier un évènement qui change à son tour le cours entier de l'histoire. Dans le livre, la troisième guerre mondiale n'a pas lieu et l'auteur imagine ce que pourrait être la France de la fin du vingtième siècle si elle était encore capitaliste.