Noelia Diaz
Noelia Diaz
Lucas n'est pas du genre très calme, il a toujours une bêtise sous le coude. Alors, lorsque Monsieur Brochon vient le chercher pour aller voir le directeur, il panique ! Qu'a-t-il pu bien faire qui lui vaille de finir chez le directeur ? Serait-ce à cause de la culotte à dentelle ? Ou de la basket volante ? Ou encore de la bataille générale d'escargots ? Quoi qu'il en soit, il y a beaucoup trop de raisons qui pourraient justifier cette visite, en sueur, Lucas frappe à la porte du directeur sans savoir à quelle sauce il sera mangé !
Des Chambres de bois (1958) à Un habit de lumière (1999), les héroïnes d'Anne Hébert s'adonnent à une rêverie qui leur permet de plonger dans une autre vie. Elles explorent une révolte dont l'articulation passe par de la fièvre et des hallucinations. On assiste alors à une désorganisation, autant physique que psychique, centrée sur l'exploration de l'agressivité extrême, des interdits érotiques (inceste, adultère) et de la mort. Une telle révolte expose les femmes à une fantasmagorie sensuelle et blasphématoire, où peut émerger l' être surnaturel - qu'il soit sorcière, diable ou vampire. Le présent essai dégage les signes avant-coureurs de la désorganisation et des visions, au confluent de l'enfance sauvage et de l'allégorie. Il soutient que la représentation diabolique succédant à l'agitation fiévreuse est au service de l' émancipation et des impulsions du corps. Cette analyse de l'intrication métamorphose/désir s'appuie sur les idées de Georges Bataille, en particulier celles répondant à la volonté de révéler une existence souveraine, dégagée des servitudes qu'impose le quotidien. La lecture des récits d'Anne Hébert amène à poser la question suivante : en quoi les transports érotiques constituent-ils une forme d' émancipation susceptible de rencontrer, par-delà la fièvre et le délire, une possible réalisation de soi ?