POLET FRANCOIS
POLET FRANCOIS
L'expulsion de la France du Sahel constitue un retournement géopolitique. Il s'inscrit dans un mouvement de redistribution des influences en Afrique, dans le contexte des recompositions à l'oeuvre depuis le début de la guerre russo-ukrainienne. Indubitablement, la nouvelle guerre froide redonne un poids stratégique au continent, du fait de la compétition entre puissances - grandes mais aussi moyennes - pour ses ressources naturelles, ses marchés, ses bases militaires, ses votes dans les enceintes onusiennes. Et en dépit de son dédain apparent pour l'Afrique, l'administration Trump y poursuit l'ambition états-unienne de contrer la Chine dans le domaine des minerais stratégiques. Si cette nouvelle configuration rend des espaces de souveraineté aux États, qu'en est-il de la capacité du continent à formuler un point de vue africain pour peser sur les grands enjeux mondiaux, en matière de sécurité collective, de changement climatique ou d'ordre économique?? Cette capacité progresse globalement quoique de manière très inégale, du fait de la pesanteur des hiérarchies internationales comme du déficit de coordination entre diplomaties, y compris dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Ces difficultés reflètent les blocages dans la marche vers l'intégration politique de la région. Destinée à mettre en oeuvre le vieux projet panafricain, l'Union africaine éprouve les plus grandes peines à imposer un cadre collectif à ses membres, en témoigne son impuissance face à la crise qui ravage l'est du Congo.
La pandémie avait suscité l'espoir d'un changement de paradigme. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale y ont plutôt vu l'occasion de libéraliser plus avant les économies. Les aides d'urgence consenties par le premier en réponse au Covid engagent les pays emprunteurs dans une nouvelle décennie d'austérité - réduction de la masse salariale publique, baisse des subventions aux biens essentiels, hausse des taxes sur la consommation, etc. - aux effets sociaux dramatiques. Les programmes de «financement du développement» poussés par la Banque mondiale à la faveur de la crise promeuvent une «bonne gouvernance», synonyme d'amélioration du «climat des affaires» au bénéfice des entreprises transnationales. Les émeutes de la faim, la crise asiatique et la progression des donateurs émergents avaient pourtant délégitimé le conditionnement des aides financières ou des allègements de dette à l'adoption de réformes économiques libérales. La conditionnalité avait été «révisée», subordonnée à l'«appropriation» par le pays bénéficiaire, mise au service des objectifs de développement durable. Or, dans les faits, cette ingérence subsiste à travers un ensemble de dispositifs véhiculant l'influence des bailleurs de fonds en matière de politique économique et budgétaire, au détriment de la souveraineté des pays concernés et des investissements publics considérables qu'exigent la lutte contre les inégalités et la catastrophe environnementale.