Pascal Commère
Pascal Commère
Trop bête pour les garder et trop savant pour les compter, j'ai dû assez tôt malgré moi apprendre sur le tas (mais de quoi) un métier plus humain, c'est-à-dire un peu vache. Mais à peine étais-je assis derrière un bureau, l'oeil vif et la tempe luisante, que j'entendais des gens parler. Et que disaient ces gens, de quoi se plaignaient-ils ? De leur vache, bien sûr ! Alors, j'ai pris note des cours de la viande et du lait interdit... Et à force d'entendre ces gens, sans le vouloir, j'ai fait comme eux. J'ai questionné la vache... Mais ce n'est pas pour rire (qui rirait d'une vache ?) que je l'ai faite à mon image. Ou plutôt, j'ai cherché longtemps à lui ressembler, et qui copie la vache se coupe de ses semblables. Ainsi je fus tout seul un jour, mais pas exactement : une vache était là. Et je voulus l'aimer, moi qui n'aime pas le lait. Pourquoi en faire un livre ? Ça, je ne l'explique pas, j'ai dû tourner les pages, bouger deux ou trois choses que la vache a mangées. Et la vache mangeant, je n'avais rien à faire qu'à feuilleter un livre, comme on faisait jadis quand on gardait les vaches. Et feuilleter un livre, c'est déjà le faire sien...
C'est au cours de promenades dans la campagne (la désolante grisaille des après-midi d'hiver) que s'est imposé à moi, laisse après laisse, ce poème - plus que je ne l'ai écrit, du moins dans l'instant -, révélant, comme l'herbe titille le regard dans le soir froid, jusqu'à la rendre présente, l'absence vive et lancinante d'un être en-allé jadis - qui fut mon père - et dont le souvenir ô combien m'est cher.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Jouets sur les jardins la nuit lentement matière jaune remontent... « Copyright Electre »