Patricia Payn-Echalier
Patricia Payn-Echalier
Cet ouvrage présente le manuscrit écrit par un marchand arlésien dans le dernier tiers du XVIe siècle. Homme de condition relativement modeste, issu du monde agricole, probablement la frange haute qui s'est hissée vers la boutique, il entreprend de laisser ce qu'il intitule un « Livre de memoyres pour moy Anthoine Peinct » dont les premières notices remontent à 1569. Ce livre rappelle certains événements et laisse la trace d'affaires passées jugées importantes, mais c'est essentiellement un livre de comptes dans lequel se mêlent des événements familiaux, naturels ou politiques qui frappent les esprits. Écrit en pleine période de la Ligue qui secoue sévèrement la ville d'Arles, il fournit l'occasion à son lecteur de prendre la mesure de la croissance des activités du marchand Antoine Peint, majoritairement des prêts, et de cerner ses réseaux de sociabilité. Ce document, croisé avec d'autres sources (registres paroissiaux, délibérations communales, registres fiscaux et notariaux), donne le moyen de percevoir la stratégie d'ascension sociale que cet homme met en oeuvre dans le contexte politique de la période et d'en découvrir l'efficacité puisqu'il accède au statut de bourgeois et que, peu après sa disparition, son fils aîné accèdera à la noblesse.
Le rapprochement des mots du titre, marins et Arles, n'est probablement pas sans surprendre. Il est en effet difficile d'imaginer, pour qui connaît la cité aujourd'hui, qu'elle fut un port de mer depuis l'Antiquité jusqu'au milieu du XIXe siècle. Le temps choisi, l'époque moderne, dévoile, comment au sortir d'une période de repli sur des activités fluviales et halieutiques, les Arlésiens ont retrouvé le chemin de la mer. L'étude présentée ici s'est attachée à faire ressortir l'originalité de cette société maritime et les contours de son identité, à la fois dans ses pratiques professionnelles et dans ses mentalités. Nous avons ainsi suivi ces hommes et leurs familles au plus près de leur quotidien, dans les lieux familiers de la petite cité d'Arles encore imprégnés de leur présence.