Patrick Imbert
Patrick Imbert
Une partie de l'information que nous livre la presse est fausse. Ou recueillie, mise en forme et présentée de manière à manipuler le public, ce qui revient au même. Tel est le constat brutal que dresse Michel Lemay dans cet essai percutant. La vaste majorité des journalistes font de leur mieux pour rendre compte honnêtement des événements. Mais ils sont englués dans un système qui tolère, voire cultive et met en vedette l'information fausse, le spectacle ou le commentaire, déplore l'auteur. Michel Lemay relève de nombreux cas de dérapages ou d'entorses à la vérité, tant dans la presse nationale que dans la presse étrangère. Sa réflexion s'appuie sur une recherche rigoureuse, entreprise il y a plus de dix ans. De toute urgence, les journalistes et les entreprises de presse doivent selon lui se recentrer sur les valeurs fondamentales de la profession. En premier lieu vient le respect de la vérité, ce qui suppose équité, impartialité et exactitude. C'est ainsi que l'on pourra peut-être endiguer cette crise de confiance de plus en plus grande entre le public et les médias. Souvent démunis face au tourbillon d'information qui envahit leur quotidien, les citoyens trouveront dans cet essai matière à exercer leur jugement critique. On ne voit plus les médias du même oeil après avoir lu Vortex...
Le détective privé emblématique de John Barnett Jack Pasolsky découvre que la grande dépression de 1929, qui lança la plus grande crise économique de l'histoire humaine et la guerre qui suivit, fut la conséquence d'une manipulation des cours de la bourse de New York. Derrière, les nouvelles fortunes qui prennent d'assaut les instances politiques du pays, les Kennedy, les Rockefeller, les Trump, les maffias et autres opportunistes. Le détective Jack Pasolsky remonte la piste d'une manipulation de Wall Street qui aurait déclenché la Grande Dépression et redessiné le pouvoir mondial. C'est aussi l'année pivot. Le prix Nobel de la Paix, Martin Luther King, les émeutes raciales, les premiers syndicats féministes, le début de la guerre du Vietnam, l'Oscar remis pour la première fois à un artiste noir, Sydney Poitiers, l'arrivée des Beatles à New York et la fin du Jazz. La couleur, le son, les effets spéciaux, la fin de la série B, les nouveaux moyens hollywoodiens renvoient au placard les rôles de tous les Pasolsky du monde d'avant... Comme l'écrivit Bob Dylan, après cette année, le monde aura changé.
Les romans, nouvelles et récits des Amériques s'ouvrent de plus en plus aux altérités et ainsi se rejoignent dans leurs dynamiques. Leur structure narrative est fondée sur le schéma de Greimas et mène à la transformation de contenus à partir de temporalités/causalités qui s'enchaînent. Les causalités justifient des exclusions comme barbarie/civilisation. Elles sont fondées, selon René Girard, sur la mimésis d'appropriation et une violence réciproque menaçant la communauté et sur la production d'un bouc émissaire conduisant à une violence unanime. Cette dernière renforce l'homogénéité du groupe qui se construit sur des paradigmes binaires vie/mort, intérieur/extérieur et richesse/pauvreté. Ils sont aussi présents dans des textes fondateurs, Bible, Popol Vuh, Torah et Livre des Mormons. Cependant, la dynamique narrative d'exclusion est récemment déjouée par des auteurs comme Simone Chaput, Yann Martel, Paul Auster, Laura Esquivel ou Leanne Betasamosake Simpson. Pour déplacer la structure narrative causale justifiant l'exclusion, les textes contemporains des Amériques (Canada, Québec, États-Unis, Mexique, Brésil, Caraïbes) utilisent des techniques et des thématiques jouant du fragment, du hasard, du non-causal, des interprétations multiples et de la réincarnation. Ils s'inscrivent dans une dynamique à la fois postcoloniale au sens de Homi Bhabha et multiculturelle au sens de Will Kymlicka. Ils ouvrent sur un transculturalisme où égalité et différence marchent de concert dans la reconnaissance des altérités, le partage des savoirs et la multiplication des images de soi allant jusqu'à l'affirmation d'une normalité queer.