Paul Bercherie
Paul Bercherie
Après Lacan, parce que son parcours marque pour la psychanalyse un tournant radical, qu'il paraît faible de qualifier d'épistémologique. En arrachant la doctrine au psychologisme qui imprègne profondément l'oeuvre de Freud et la pensée des post-freudiens, Lacan ouvrit en effet à la psychanalyse un questionnement fondamental, tant clinique que conceptuel. Mais le virage fut négocié trop brutalement, sur des bases logicistes (structuralistes) que Lacan finit d'ailleurs par désavouer. Bref une « extension » (Bion) s'impose, avec la prise en compte des avancées des autres courants de la psychanalyse, de l'école anglaise en particulier, dont les repères axiologiques transcendent le scientisme freudo-lacanien pour s'ouvrir à une dimension franchement éthique, transcendantale, c'est-à-dire à la fonction subjective de l'Idéal et aux conséquences psychopathologiques majeures de son oblitération. Il y va de l'avenir de la psychanalyse, plutôt mal engagé dans la phase actuelle qui ne lui est guère favorable et voit ressurgir, réchappés, les adversaires doctrinaux de toujours, organicisme psychiatrique et neuropsychologie, avec leur profonde inscription dans l'idéologie de la modernité. C'est à quoi s'essaient les divers essais réunis dans ce recueil, dans une démarche qui se veut à la fois critique, analytique et prospective.
Pourquoi la violence inconsciente déborde-t-elle ? La violence s'impose de façon inquiétante autour de nous sous des modalités multiples. Il ne manque pas d'analyses économiques, politiques ou sociologiques de ces situations. Ce livre apporte l'éclairage de la psychanalyse en mettant en évidence les processus inconscients qui sont à l'oeuvre dans ces comportements. Freud a écrit « pourquoi la guerre ? » à une époque bien plus tourmentée que la nôtre ! Les auteurs de cet ouvrage ont voulu poursuivre et approfondir cette réflexion. La violence existe et travaille dans l'inconscient. La question est surtout de savoir sous quelles formes, et pourquoi elle déborde régulièrement à nos risques et périls ?
La question des psychoses constitue pour la psychanalyse un enjeu crucial. Pas seulement du fait du retour en force de l'organicisme, mais surtout parce que le processus psychotique représente l'envers de l'objet fondamental de la théorie psychanalytique. Il s'agit d'articuler les apports des deux grandes orientations théoriques qui divisent le champ psychanalytique : celle de l'orthodoxie freudienne et celle issue de la refondation lacanienne.
Le binôme névrose/psychose constitue l'axe fondamental de la clinique psychanalytique. Un ouvrage accessible à tous pour mieux comprendre. La psychiatrie contemporaine - celle des DSM - a quasiment abandonné les termes et les concepts de névrose et de psychose. Ce qui est bien loin de représenter un progrès pour la clinique. À l'opposé, le binôme névrose/psychose constitue l'axe fondamental de la constitution de la clinique psychanalytique. Contrairement à une idée très répandue, il s'agit d'une création propre et originale de Freud. Chaque grand courant de la psychanalyse apporte ensuite sa pierre à l'édifice jusqu'à la construction, avec Lacan, de la théorie structurale. En s'appuyant sur de nombreux exemples concrets, cet ouvrage présente au lecteur les grands repères structuraux qui guident la clinique psychanalytique, leur fécondité et leur immense portée. A côté des deux grandes classes cliniques des névroses et des psychoses, on examinera la question des états-limites à la lumière des considérations de Freud sur les perversions, avant d'interroger la pertinence d'une notion de normalité. En appendice un court exposé de l'histoire et de la structure actuelle du champ psychanalytique permettra au lecteur de disposer d'une table d'orientation minimale dans le labyrinthe des thèses contradictoires de la psychanalyse contemporaine.
Chaque volume de cette collection est conçu comme un ouvrage de référence et regroupe les points de vue les plus significatifs sur une question donnée. « Copyright Electre »
Emmanuel Lévinas est universellement reconnu comme le philosophe contemporain qui, appuyant fortement sa démarche sur son judaïsme, situe l'éthique comme philosophie première. On sait moins que son oeuvre recèle une critique sévère de la pensée et de la culture occidentales (européennes), en tant qu'elles recèleraient les germes de la "crise du monothéisme" et donc l'origine de la barbarie nazie. C'est ce dossier, évocateur pour la psychanalyse, qui est ici présenté, en généralisant l'approche du problème clinique de l'Identité.
Prix spécial Walter Benjamin 2020Le chemin Walter Benjamin n'est pas qu'une métaphore. C'est une réalité : un itinéraire de randonnée pyrénéen qui, en Catalogne, mène de Banyuls-sur-mer à Portbou, de France en Espagne. Son point d'arrivée est le petit cimetière suspendu au-dessus de la Méditerranée où Walter Benjamin fut inhumé, après sa mort le 26 septembre 1940. Création de l'artiste israélien Dani Karavan, le mémorial qui lui rend hommage plonge dans la mer, à l'endroit précis d'un incessant tourbillon. Il s'intitule « Passages », en écho à l'oeuvre de l'intellectuel juif allemand qui s'est donné la mort à Portbou après avoir emprunté ce chemin pour traverser la frontière afin d'échapper à l'Europe national-socialiste. Ce sont les souvenirs de Lisa Fittko qui ont permis la renaissance de ce chemin de liberté. Résistante allemande au nazisme, elle fut en 1940- 1941, avec son mari Hans, l'âme d'un réseau clandestin organisant, depuis Banyuls, l'échappée en Espagne des persécutés par ce sentier que Walter Benjamin fut le premier à emprunter à ses côtés. Salué en Allemagne par le Grand Prix du livre politique lors de sa première parution, en 1985, son récit rappelle que les frontières sont faites pour être traversées et les exilés pour être accueillis. Artisan de cette réédition, Edwy Plenel dit l'actualité de ce Chemin Walter Benjamin comme l'on convoquerait un souvenir à l'instant du péril : « Ce livre n'érige pas un monument, ni ne commémore ou célèbre : c'est un acte d'engagement. Sa temporalité n'est pas celle d'un passé révolu, mais d'un passé plein d'à présent. »