Philippe Bonnefis
Philippe Bonnefis
On part ici d'une hypothèse : le nom et la personne de Maupassant ne coïncident pas, séparés l'un de l'autre par la distance incommensurable d'un comme. La coupe du comme discontinue le sujet, l'écarte de sa marque, mais sans quelle cesse d'être la sienne... Hypothèse que l'on vérifie ensuite par l'examen des répercussions de cette imperceptible déchirure dont les effets se font sentir partout dans l'oeuvre. Des effets qui intéressent l'histoire d'une écriture, la marche d'un texte, l'organisation singulière de ses figures et de ses thèmes (le miroir, la ressemblance, la transparence), - mais qui, par-delà les limites concrètes de ce texte, affectent jusqu'aux réponses à des questions aussi apparemment étrangères au projet romanesque, et touchant d'aussi près le discours de la philosophie, que celles de l'origine, de la représentation et de l'identité.
Le texte rêve : manière de dire qu'un écrit littéraire vit une vie nocturne et que, de cette vie, nous pouvons entrevoir quelques fantômes. Manière de reconnaître qu'un lecteur attentif peut amener un tel écrit à raconter, dans une autre langue, ce qui se passe sur la scène obscure qu'on dit être celle de l'inconscient. Manière de suggérer que le critique peut éclaircir, un peu, la nuit, reprendre en écho la rumeur, afin que le public sache où porter ses pas, à quoi prêter l'oreille. Pour que lecture et écriture manifestent leur séduction, en donnant occasion à quelque vérité de se produire au jour, il faut qu'elles nous fassent rêver, il faut qu'elles nous incitent à rêvécrire, chacun pour son propre conte... Tel fut littérateur qui se rêvait peintre ou sculpteur. On mettra là-dessus les noms que l'on voudra. Ils sont légion. Le fait est que la littérature souvent s'origine d'une erreur, et que l'acte d'écrire ne consiste qu'à s'y entêter. La réussite est à ce prix. Au prix encore d'une certaine justesse. Mais justesse dans l'erreur, et donc paradoxale. Ne pas se tromper d'erreur, par exemple. Ni de siècle. Et, quand le moment s'en fait sentir, savoir en essayer une autre. Dan Yack est cet essai : roman phonographique. Premier du genre, mais aussi le dernier. Et c'est bien le problème. Erreur dans le choix de l'erreur ou dans son maniement ?... Telles sont deux des questions parmi lesquelles ce livre prend le risque d'égarer son lecteur.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Le soleil se couche sur l'histoire de la peinture. Triomphe de l'image que les Salons de Baudelaire, sans doute. Mais c'est un triomphe au sens où l'entendent les baroques, une pompe funèbre. Si une phénoménologie de la perception vient relayer après coup l'oeuvre de Flaubert, s'ouvrir à elle comme l'un de ses débouchés philosophiques, si l'oeuvre de Flaubert de ce point de vue ne demeure pas sans postérité, c'est une fin en revanche que consacre la réflexion esthétique de Baudelaire. Le règne de l'image s'éteint doucement à l'occident de la littérature. L'image s'enténèbre, cependant que monte cette aria, petite phrase plaintive qui naît tout juste où meurt le nom de Charles Baudelaire. L'air de la pourriture, avec ses charognes mélodieuses, et ces cercueils qui chantent comme des boîtes à musique...
C'est une couleur (le bleu) ou une odeur (celle de Lazare). C'est une huître ou une baleine. C'est un canapé rouge ou c'est la Tour Eiffel - et puis ce sont des jouets en abondance. Quoi d'autre ? Une maladie (la lèpre), une ère géologique (entre Trias et Crétacé), ou alors un prénom seulement (le prénom de « Pascal »). Mais encore ? Ce signe typographique, par exemple : « & », à lire autant qu'à regarder, et qu'on appelle esperluette parce que, paraît-il, les enfants disaient esperluette - « et puis le et » - quand ils finissaient de réciter leur alphabet. Un « & » en supplément. Un « & » de faveur. On aurait pu se contenter d'emprunter ce joli ruban, cette boucle gracieuse, pour relier l'ensemble des textes qui composent ce recueil posthume. On a préféré l'intituler : « Logique de l'objet », étant entendu que le mot « objet » n'a pas ici tout à fait le sens qui lui est donné à l'ordinaire et que la « logique » en question est des plus singulières, pour ne pas dire qu'elle est une « antilogique ». « Parler par objets, explique lui-même Philippe Bonnefis, n'est point parler par rébus ni raisonner par analogie. Autre, tout à fait autre est la logique de l'objet qui implique, en particulier, que, de l'observation de rapports donnés, et des rapports curieux, toujours imprévisibles, à la raison de ces rapports, le texte ne nous conduise qu'en biaisant, d