Philippe Ratte
Philippe Ratte
The immense success of the Vermeer retrospective at the Rijksmuseummuseum in 2023 verified how much the painter of the small yellow wall section, of the Milkmaid or the Young Girl with a Pearl Earring, was at the firmament of the art we admire. Yet the body of work thus assembled by the master of Delft speaks more. Active at a time and in a place where the rigorism of the Reformation had outlawed religious painting, this convert to Catholicism made use of the then-popular still life - valued as a moral emblem - to reclaim only the essence of themes hitherto conveyed by the fixed figures of the Christian Golden Legend (Annunciation, Nativity, Last Judgment, etc.), and to communicate that essence silently through compositions in the manner of Stilleben, yet depicting people very much of their own time, fully of their time, or by slyly subverting classical themes acceptable to all. Preserving only the ineffable, he transmits it wholly into the naturalness of the ordinary, which he re-enchants stripped of all pathos. Each of his canvases thus transcribes, within the order of everyday life, the presence of a transcendence made immanent by the light that governs the whole picture. Each becomes a manifesto of the idea that the Spirit pervades all human life, without any need to seek a metaphysical specification for it - a subject over which his contemporaries have been tearing one another apart for a good century. Vermeer's painted oeuvre (1632-1675) therefore presents itself as an encrypted demonstration of an implicit thesis dangerously unfashionable in his time, even unthinkable: that disputes about the divine are pointless because life in terra viventium proceeds perfectly well without them, here below where we live. Endowing that idea with the innocent excellence of beautiful paintings as its vehicle was a clever, refined, and safe way to make its truth felt without having to state it outright. It was also a firm declaration of the nobility of the painter's art, uniquely able to reveal the invisible immanence of the divine in the serene naturalness of lives in this world. This silent hymn to the necessary and sufficient plenitude of life in its century calmly establishes a philosophy of living, stripped both of anxieties and of the dogmas of faith, without falling into a gloomy materialism. As far removed from Calvinist austerity as from Tridentine baroque-which he equally renders obsolete-Vermeer, without words, invents the serene, smiling classicism of a world happily attending to its daily affairs. Thus, under the painter's skill deployed to this end, an authentic philosophy emerges that, at the very dawn of the great transformation beginning in the seventeenth century, sketches the true design of modernity. With his neighbour and exact contemporary Baruch Spinoza (1632-1677), Vermeer lays the foundations for a possible harmony for humanity, entrusting itself cheerfully to the fortunate course of life, having set aside both the rod of civil and theological authorities on the one hand, and the itch of the uprisings that challenge them on the other - the salutary harmony of good commerce among people, a matrix of sympathy that, three centuries later, for our time, assumes the value of an axiological ideal to be urgently cultivated, after having nourished the hopes of the Enlightenment, whose light in his canvases brilliantly sketched the dawn.
IN TERRA VIVENTIUM Vermeer, ou l'aurore des Lumières L'immense succès de la rétrospective Vermeer au Rijks- museum en 2023 a vérifié combien le peintre du petit pan de mur jaune, de la Laitière ou de la Jeune fille à la perle, était au firmament de l'art qu'on admire. Pourtant, l'oeuvre ainsi rassemblée du maître de Delft en dit plus long. Actif en un temps et en un lieu où le rigorisme de la Réforme a proscrit la peinture religieuse, ce converti au catholicisme tire parti de la vogue alors des natures mortes valant blason moral, pour récupérer l'essence seulement des thèmes jusque là véhiculés par des figures obligées de la légende dorée chrétienne (Annonciation, Nativité, Jugement dernier, etc.), et la communiquer silencieusement à travers des compositions en manière de Stilleben, mais figurant des vivants bien de leur temps, bien dans leur temps, ou encore en détournant subrepticement des thèmes classiques recevables par tous. Ne conservant que l'ineffable même, il le fait passer tout entier dans le naturel de l'ordinaire, qu'il réenchante dépouillé de tout pathos. Chacune de ses toiles transcrit ainsi dans l'ordre des vies courantes la présence d'une transcendance, rendue immanente par la lumière qui gouverne l'ensemble du tableau. Chacune devient ainsi un manifeste de ce que l'Esprit infuse toute la vie humaine, sans qu'il y ait lieu de lui chercher une spécification métaphysique, à propos de laquelle ses contemporains s'égorgent depuis un bon siècle. L'oeuvre peinte de Vermeer (1632-1675) s'offre dès lors comme une démonstration cryptée d'une thèse implicite très dangereuse à soutenir de son temps, voire encore impensée, à savoir l'inutilité de tout contentieux sur le divin puisqu'on s'en passe très bien in terra viventium, ici-bas où nous vivons. Lui donner l'innocente excellence de belles toiles pour vecteur était une manière adroite, raffinée et sûre, d'en faire éprouver l'évidence sans avoir eu à l'expliciter. C'était aussi professer fermement la noblesse de l'art du peintre, seul apte à faire voir l'invisible immanence du divin dans le naturel apaisé des vies en ce monde. Cet hymne silencieux à la plénitude nécessaire et suffisante de la vie dans le siècle assoit sereinement une philosophie du vivre, émondée des inquiétudes comme des dogmes de la foi, sans pour autant verser dans un triste matérialisme. Aussi éloigné de l'austérité calviniste que du baroque tridentin qu'il rend également désuets, Vermeer invente sans phrases le classicisme tranquille et souriant d'un monde vaquant à ses occupations avec bonheur. En quoi, sous le talent du peintre, employé à cette fin, c'est une authentique philosophie qui, à l'aube même de la grande transformation qui s'amorce au xviiè siècle, vient tracer le vrai dessein de la modernité. Avec son voisin et exact contemporain Baruch Spinoza (1632-1677), Vermeer pose les fondements d'une harmonie possible pour l'humanité se confiant de bon coeur à l'heureux cours du vivre, ayant relégué à la fois la férule des magistères civils et théologiques, d'une part, et le prurit des soulèvements qui les contestent, de l'autre - la saine harmonie du bon commerce entre les hommes, matrice de sympathie, qui prend, trois siècles plus tard, pour notre temps, valeur d'idéal axiologique à cultiver d'urgence, après avoir nourri les espérances des Lumières, dont la lumière en ses toiles dessina génialement l'aurore.
June, Bette et Gigi ont tout sacrifié pour la plus prestigieuse école de danse de New York : leur santé, leur corps, leur gentillesse. Tout. Voilà le prix à payer pour être une étoile. C'est leur dernière année. Celle de tous les enjeux ; celle des ultimes sélections pour les compagnies professionnelles. Elles n'ont plus rien à perdre, sont plus déterminées que jamais, et aucune n'est disposée à respecter les règles du jeu. Laquelle remportera cette dernière danse ?