Philippe Tabary
Philippe Tabary
Terre Courage est le récit romancé, sur 3 000 ans d'Histoire, des relations entre l'homme et la nature, depuis le temps des famines et de la simple cueillette jusqu'à celui où de nouvelles cultures apparaissent, reculent, reviennent selon les besoins et les moyens, entre les hantises de la disette et les mirages des excédents, entre les défrichements opiniâtres du passé et les reboisements actuels. Le cadre en est une forêt omniprésente, une rivière au cours fragile, une vallée aux terres ingrates, jadis ravagées par des animaux sauvages. Génération après génération, des hommes y ont imprimé leur marque malgré les guerres, les maladies, la fureur des éléments et des autres hommes. On dit souvent que « le paysage change » ; nos paysages ne sont eux-mêmes que des constructions, l'illustration du rapport passager de l'homme à l'espace. Fruit et outil de ce rapport, l'agriculture, comme la nature, n'est qu'un éternel recommencement. L'Homme est le véritable héros de ce roman, de celui de l'âge du fer au nouvel agriculteur d'aujourd'hui.
L'existence d'André est entièrement dédiée à la filature où il occupe les fonctions, respectables et respectées, de contremaître chef. La vie d'André bascule le jour où il apprend la fermeture de la filature. Longtemps il conservera l'espoir de retrouver son univers de travail. Au village en effet, on parle avec insistance d'une possible réouverture : rumeur ou réalité ? Des années cinquante à nos jours, on découvre, à travers le regard de ce héros d'une grande simplicité, les avatars tantôt bénéfiques tantôt douloureux de l'évolution d'un secteur économique. Cette fiction, étayée par des événements historiques qui ont marqué les mémoires, rejoint une actualité particulièrement sensible dans le Nord et nous rappelle que, puisqu'on n'arrête pas le progrès, il est impératif de s'y adapter.
Juillet 1914. Aiguillés par les " vétérans " de 1870, jeunes et réservistes se précipitent, la fleur au fusil, pour donner une leçon aux " Prussiens ". Un équipement inférieur, un état-major peu inspiré : le sort, en quelques jours, va en décider autrement. La Belgique envahie, Charleroi qui tombe, puis Maubeuge. Cinquante-deux mois d'occupation commencent, à 60 kilomètres des tranchées. Entre exode et réfugiés, pressions et vexations, les épreuves s'accumulent. Partant des 41 noms figurant sur le monument aux morts de sa commune - pour 1 300 habitants -, l'auteur nous fait revivre l'ordinaire d'un village de France occupé à la frontière belge. Une trentaine de prisonniers, des mutilés, des blessés, les hommes du rang : au total, près de 200 incorporés, sans oublier les privations, les amours impossibles ou impensables, les naissances illégitimes, la multiplication des décès, la disparition des mariages et des baptêmes... Amendes, corvées, interdictions et système D, on avait faim, froid, peur, on manquait de tout, et d'abord d'informations, même sur les victimes. Le temps n'était plus au diapason des êtres. Le village de l'auteur, situé dans le Nord, là même où retentit le cessez-le-feu en 1918, fut occupé dès septembre 1914. Consultant les archives, recueillant des témoignages, Philippe Tabary retrace ici ces cinquante-deux mois d'une guerre qui fut de loin la plus terrible dans le passé tourmenté du Hainaut de son enfance.