Regine D''Humilly
Regine D''Humilly
Un petit village de Vendée, La Jaudonnière, en 1966. Régine d'Humilly, alors institutrice, accepte la direction de l'école privée, composée d'une classe unique à cours multiples. Les moyens sont inexistants, l'effectif à la limite de la fermeture. Tout au long de ce premier volume, nous assistons au combat quotidien pour un enseignement de qualité, en dépit de tous les obstacles, de toutes les contingences. Régine d'Humilly n'est pas une institutrice comme les autres : elle vit son métier comme un sacerdoce, elle se battra jusqu'au bout, pour tenter de sauver son école. Une étape de la vie de l'auteur, qui s'intègre parfaitement au long chemin de son existence consacrée à l'enfance défavorisée.
Ce livre fait suite à "L'école qui ne voulait pas mourir", où l'auteur nous contait sa première année scolaire (1966-67) comme institutrice à La Jaudonnière, à la tête d'une école à classe unique menacée de disparition. En cette nouvelle rentrée 1967, rien n'est résolu. Régine d'Humilly luttera jusqu'au bout, pour sauver son école du naufrage, jusqu'à gravement compromettre sa santé. Jour après jour, nous accompagnons son combat désespéré, où chaque instant gagné n'est qu'un sursis retardant l'inéluctable issue.
Une jeune religieuse, qui choisit de se consacrer à l'enseignement des orphelins, n'en reste pas moins femme et sensible à l'appel des tendresses humaines, surtout quand cet appel émane d'un petit être démuni et fragile. C'est l'histoire d'un déchirement, que nous conte Régine d'Humilly dans son huitième livre. Déchirement entre une vocation, qui stipule l'abnégation au service de tous les orphelins, et l'irrépressible tentation de se consacrer au bonheur d'un seul.
Reine est très jeune. Acceptée comme sous-maîtresse au collège Saint-Nicolas, elle est immédiatement confrontée, en plus de ses élèves attitrés, à un groupe de garçons du cours complémentaire, à peine moins âgés qu'elle. L'intransigeante autorité de Monsieur Maupertuis règne d'une poigne de fer sur l'institution. Mais des failles se font jour... Quelle genre de relation entretient donc Bernard, un garçon du groupe des "grands", avec Myriam, une jeune institutrice pour qui Reine s'est prise d'amitié ? Et que veut donc signifier ce billet versifié, qu'un autre garçon, Hubert, lui a fait passer ? Les émois adolescents ont tissé leur nid entre les murs de l'austère collège, au grand dam du terrible Monsieur Maupertuis... Pour la première fois, Régine d'Humilly aborde, avec "Les amours de quinze ans", le thème de la passion adolescente, dans un monde qui refusait alors d'accorder aux plus jeunes le droit au sentiment amoureux. Dans la nouvelle qui fait suite au roman, "L'enfant des neiges", elle traite avec sensibilité et bonheur d'une question plus lourde encore, qui confine au tragique.
Il s'appelait Léopold... Il avait onze ans... Il était orphelin de mère, et son père était déporté politique. On lui avait nommé un tuteur, qui ne venait jamais le voir. Je l'ai connu en 1944, avec ses yeux tristes et son visage révolté... Il était interne au collège où j'étais sous-maîtresse. C'était un petit garçon tout seul, et un mauvais élève. Il n'avait jamais ni visite, ni colis, ni lettre, et il était toujours puni. Il écrivait son journal, qui commençait ainsi : « Mon père était "communisse". Un jour, des soldats allemands l'ont emmené. » Je ne me suis pas senti le droit d'en lire davantage. J'ai voulu évoquer ce petit bonhomme qui ne souriait jamais. Les hommes, avec leur guerre, lui avaient volé son enfance. Au nom de tous les enfants victimes de la violence et de la haine des grands, j'ai essayé de réinventer son histoire.
Un petit orphelin, Roger, échoit - au hasard des placements - dans une famille d'accueil tenue d'une main de fer par l'acariâtre Germaine. Pour la matrone, le malheureux gamin représente bien plus une pension alimentaire régulière, qu'un pauvre gosse assoiffé d'amour et de tendresse. Et la vie quotidienne amène son fardeau de vexations et de privations continuelles, quand ne pleuvent pas les coups pour une simple saute d'humeur. Heureusement, il y a Odile, la "soeur" adoptive, fillette pure et aimante, cadeau du ciel parmi le lot des misères. Fidèle à ses thèmes d'élection, dont la narration se nourrit de ses expériences personnelles, Régine d'Humilly sait arracher son héros à la tristesse des jours, pour le propulser parmi les hauteurs éthérées d'une amitié enfantine proprement sublime qui, jamais, ne sera démentie.
Régine d'Humilly a consacré sa vie d'institutrice aux orphelins... Ce récit poignant... exprime l'infinie tendresse de l'écrivain pour les petits, ceux qui, dès l'enfance, ont la mauvaise carte... Si l'ouvrage débute par la chronique d'une famille au moment de l'Occupation, le passage obligé de Petit Pierre, enfant adultérin et noir, reste l'orphelinat... Entre autobiographie et imaginaire, l'auteur raconte admirablement la vie des laissés-pour-compte...
Un couple qui ne se comprend pas, une séparation brutale : encore une fois ce sont les enfants qui vont payer les pots cassés... Dans son quatrième livre et second roman, Régine d'Humilly nous raconte une histoire, certes, mais elle ne cache pas qu'elle en a puisé de nombreux éléments dans son expérience personnelle, elle qui a consacré sa vie aux enfants déshérités, et continue d'oeuvrer pour eux. « Son coeur plein de générosité et d'amour va orienter toute sa vie vers les enfants privés d'amour » écrit le Docteur Jacques Fraisse dans sa préface. « Son instinct et son intelligence vont lui faire découvrir le message qui ressort toujours de l'écoute des enfants "mal dans leur peau", puis des adultes qu'ils deviennent : on ne m'aime pas. » Un livre limpide et poignant, comme le coeur de son auteur...