Riva Kastoryano
Riva Kastoryano
Que faire des restes de corps des auteurs des attentats suicides de New York (2001), de Madrid (2004) et de Londres (2005) ? Cet ouvrage analyse la réponse apportée à cette question par les États-Unis, l'Espagne et la Grande-Bretagne à partir des rapports officiels qui retracent les trajectoires de ces djihadistes entre 2001 et 2005 en Occident, mais aussi d'entretiens menés dans chacun des pays avec des autorités publiques, des acteurs locaux, des représentants des communautés locales dans le pays d'immigration et dans le pays d'origine. Pour ces États, l'enterrement des bombes humaines explosées sur leur territoire n'est pas un enjeu : ni juridique, ni politique, ni diplomatique. Leur réaction vis-à-vis de ces corps a une portée symbolique et morale. Elle renvoie à la légitimité de l'ennemi et à la reconnaissance de sa cause comme de sa mort. L'enterrement de ces jeunes qui, animés par une narration identitaire sur leur appartenance à l'Oumma - une nation globale sans frontières -, rejettent tout attachement à une terre, pose la question du territoire comme appartenance. Les trois cas étudiés ici renvoient en fait à la notion de guerre non territoriale, avec le corps comme arme échappant au contrôle de l'État et rendant la justice inapplicable.
Cet ouvrage porte sur la définition de l'autre dans trois contextes historiques nationaux : la France, les États-Unis et l'Allemagne. La religion, la race ou encore les origines procurent des éléments alternatifs aux nationalismes. Alors qu'en France, la laïcité engendre de plus en plus de tensions avec l'islam, le projet national américain bloque encore sur le "concept de race" définie par la couleur ou encore par les ancêtres. En Allemagne, c'est une définition culturelle de la nation qui prévaut et fonde l'exclusion de l'autre sur la base d'une reconnaissance culturelle. Quant aux "origines", terme contesté en France tant il s'oppose au projet républicain, elles constituent une base incontestable pour les politiques d' Affirmative Action aux États-Unis ; alors qu'en Allemagne, le concept est source d'ambiguïté surtout depuis l'arrivée des Aussiedler (d'origine allemande) arrivés de l'Europe centrale et de Russie. Ainsi, religion, race et "ancêtres" constituent selon les contextes et de façons différentes les cibles du "racisme" du XXe siècle, même si le contenu du "racisme" varie d'un pays à l'autre. Plus restrictif aux États-Unis, car limité à la couleur ou aux origines, son usage en Europe se réfère à toute forme d'exclusion, religieuse, culturelle, "raciale" ou d'origine.
Plongez dans une réflexion essentielle sur l'avenir de l'Europe : Quelle identité pour l'Europe ? interroge les défis du multiculturalisme face à l'élargissement de l'UE.