Robert Castel
Robert Castel
En 2008 et 2009, l'Ecole de la 2e chance (E2C) de Marseille et Robert Castel ont imaginé et mis en oeuvre un cycle de forums ouvert au public : Chances et Quartiers. Sept conférences se sont tenues au total, balayant les problématiques contemporaines des zones urbaines dites sensibles : rapport au religieux, à l'éducation, à l'emploi, à l'insécurité... Pour l'E2C, l'objectif était de donner la parole à ses jeunes, de les installer sur les mêmes tribunes que les responsables politiques et les acteurs techniques qui influencent les conditions de vie des quartiers nord de Marseille.
Et si la liberté individuelle n’était qu’une illusion dans une société où la psychiatrie s’immisce partout ?
L'association de l'État de droit et de l'État social devait permettre de construire une "société de semblables" où, à défaut d'une stricte égalité, chacun serait reconnu comme personne indépendante et prémuni contre les aléas de l'existence (chômage, vieillesse, maladie, accident du travail...) ; "protégé", en somme. Ce double pacte - civil et social - est aujourd'hui menacé. D'un côté, par une demande de protection sans limites, de nature à générer sa propre frustration. De l'autre, par une série de transformations qui érodent progressivement les digues dressées par l'État social : individualisation, déclin des collectifs protecteurs, précarisation des relations de travail, prolifération des "nouveaux risques"... Comment combattre cette nouvelle insécurité sociale ? Que signifie être protégé dans des "sociétés d'individus" ? C'est à ces questions que tente de répondre Robert Castel.
Au cours des années soixante-dix, deux systèmes de représentations ont paru dominer le champ médico-psychologique : celui d'une psychiatrie sociale qui, s'arrachant au ghetto asilaire, allait épouser enfin son siècle ; celui d'une psychanalyse qui proposait un modèle indépassable d'exploration du sujet. Pendant que ces débats bruyants occupaient le devant de la scène, de nouvelles technologies s'installaient et prenaient date. Que nous entrions, d'une certaine manière, dans l'après-psychiatrie et dans l'après-psychanalyse ne signifie évidemment pas que les pratiques qu'elles inspirent encore soient périmées ou dépassées. Mais elles sont entrées en crise, leur systématicité se fissure, l'imaginaire qui les supportait s'affaisse, et leur apport est désormais banalisé au sein d'une nouvelle configuration qu'elles ont cessé de maîtriser. La psychiatrie rentre dans le giron de la médecine et la psychanalyse se noie au sein d'une culture psychologique généralisée qu'elle a contribué à promouvoir. Un réseau beaucoup plus complexe d'activités d'expertises, d'évaluations, d'assignations et de distribution des populations, mais aussi de travail sur la normalité est maintenant à décrire. Il représente une nouvelle formule de gestion du social organisé autour d'un pôle centralisé de prévention des risques et d'un pôle apparemment convivial de prise en charge des fragilités. À la limite, un couple fonctionnel informatisation-psychologisation. L'ordre post-disciplinaire qu'il dessine passe moins par l'imposition des contraintes que par la programmation de l'efficience. Une subjectivité travaillée par les nouvelles psycho-technologies n'a plus d'autre objectif que sa propre culture et se trouve de ce fait disponible pour toutes les planifications technocratiques. C'est sans doute le nouveau plan de gouvernementalité néolibéral qui se dessine ainsi. Cet ouvrage est paru en 1981.
Sur la toile de fond de l'ordre contractuel que met en place la Révolution française, le fou, brusquement, fait tache. Déraisonnable, il n'est pas sujet du droit ; irresponsable, il ne peut être objet de sanction. Mais, foyer de désordre, il doit être administré, géré, neutralisé. Le problème : réduire, dans la légalité, des comportements indésirables qui échappent à la répression pénale. Ce défi de la folie, la société bourgeoise l'a relevé parce qu'il y allait de la crédibilité de ses principes et de l'équilibre de ses pouvoirs. Dans les failles des régulations administratives et des prescriptions légales, la médecine mentale a progressivement imposé un nouveau type de rapport social, la relation de tutelle. Le but : réinscrire la folie dans l'ordre social, mais selon un système de règles différentes de celles qui assignent à leur place et assujettissent à leurs tâches les individus « normaux ». Le moyen : conjoindre les aspirations de la philanthropie et les lumières du savoir dans une première médecine sociale. Le résultat : la définition, par la loi de 1838, d'un statut complet d'aliéné, c'est-à-dire de mineur complètement assisté. Mais cet âge d'or de l'aliénisme représente seulement une figure de la combinatoire généralisée des dépendances que mettent en place les spécialistes de la prise en charge et les experts de la mise en tutelle. L'Ordre psychiatrique analyse la genèse et le développement de ce monde de gestion des antagonismes sociaux par les pouvoirs médicalement indexés. Ce livre est paru en 1977.
Les mutations du travail ont des effets sociaux et anthropologiques très profonds. Elles bouleversent l'identité des individus et fragilisent la cohésion sociale. Comment doit se redéployer, dans ces conditions, l'État social ? Réformes libérales ou réformes de gauche ? Comme toujours, dans ses analyses de la question sociale, l'auteur croise les regards et les interrogations. Il montre les conséquences diverses et multiples des transformations du travail, à la fois pour la vie des individus menacés de désaffiliation et pour la vie collective, la reconfiguration des rapports de classe, l'effritement de la propriété sociale. Partout naît et se renforce une insécurité sociale aux visages multiples, parfois contradictoires. Il faut donc repenser la protection sociale, dans une " société des individus ", ce qui contraint l'État à redéfinir son rôle et le droit du travail à redéfinir ses principes. Autrement dit, forcément intervient le politique. Mais dans quel sens ? Et d'abord, pourquoi choisir encore l'" État social " ? Le parcours proposé par Robert Castel allie, comme toujours, limpidité et acuité du regard. Il s'apparente à un véritable " traité du social ", repensé et actualisé pour répondre aux défis posés par la crise du travail et celle de l'État social qui en est la conséquence, dans une société de plus en plus individualisée. Robert Castel est sociologue. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont, parmi les derniers, Les Métamorphoses de la question sociale (Fayard, 1995), Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi (avec Claudine Haroche, Fayard, 2001), L'Insécurité sociale (Seuil/La République des Idées, 2003) et La Discrimination négative (Seuil/La République des Idées, 2007).
Rien n'est plus comme avant... À Alger, quand on se retrouvait entre amis... y`avait pas de champagne, mais y'avait la mer bleue, bleue, bleue... y`avait pas de caviar, mais y'avait le soleil chaud, lumineux, doré, éclatant... le soleil, quoi ! En buvant une anisette, en dégustant une olive ou une merguez, on se racontait des histoires, et on riait, on riait vraiment ; Non, décidément, rien n'est plus comme avant... Les olives et les merguez ont disparu... mais les pieds noirs racontent encore des histoires et l'on rit vraiment, on rit toujours. Rabelaisiens et gaulois, méditerranéens et goguenards, sachant se moquer d'eux-mêmes avec faconde, tels sont les pieds noirs. Ils ont trouvé en Robert Castel un porte-parole qui a immortalisé leur humour depuis « la famille Hernandez » et « la purée de nous z'ôtres ». Dans ce livre, Robert Castel fait revivre l'Algérie du bon temps, celle où l'on riait vraiment, celle où des pieds noirs célèbres, Kaouito, Pastafagoul, Abbaz et les autres... réunis autour d'une anisette méditaient cette phrase de Rabelais : « Il faut que les hommes y rigolent, pourquoi rigoler, c'est la santé ». - C'est dur, dit Madame Kaouito à son boucher, c'est dur de payer 20 F ces petits beefsteaks ! - Madame, répond le boucher, si je vous les faisais payer 10 F, ce serait encore plus dur ! - Comment, fait un client à l'hôtelier, vous me comptez, salle de bains 54 F, et y'a pas de salle de bains dans les chambres. - C'est pour la faire installer. Monsieur !
Cet ouvrage est le résultat d'un échange entre Robert Castel et une vingtaine de ses collègues, en relation théorique et intellectuelle avec son oeuvre sociologique, qui se propose de " faire une généalogie du présent ".
Il a fallu des siècles de sacrifices, de souffrances et d'exercice continu de la contrainte pour fixer le travailleur à la tâche, puis pour l'y maintenir en lui associant un large éventail de protections qui définissent un statut constitutif de l'identité sociale. Mais c'est au moment même où la " civilisation du travail ", issue de ce processus séculaire, paraissait consolidée sous l'hégémonie du salariat et avec la garantie de l'Etat social que l'édifice s'est fissuré, faisant ressurgir la vieille obsession populaire d'avoir à vivre " au jour la journée ". Désormais, l'avenir est marqué du sceau de l'aléatoire. La question sociale, aujourd'hui, se pose à partir du foyer de la production et de la distribution des richesses, dans l'entreprise, à travers le règne sans partage du marché _ et donc n'est pas, comme on le croit communément, celle de l'exclusion. Elle se traduit par l'érosion des protections et la vulnérabilisation des statuts... L'onde de choc produite par l'effritement de la société salariale traverse toute la structure sociale et l'ébranle de part en part. Quelles sont alors les ressources mobilisables pour faire face à cette hémorragie et pour sauver les naufragés de la société salariale? Sociologue, Robert Castel est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.