Sébastien Ledoux
Sébastien Ledoux
Comment le tiers transforme-t-il notre rapport aux œuvres et à la mémoire ? Ce numéro d’Intermédialités explore, à travers le cinéma et les médias, la place du tiers comme acteur, témoin ou médiateur.
Le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs lors de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv du 16 juillet 1942. Ce discours marque un tournant majeur dans notre rapport au passé national et dans la réévaluation du rôle de Vichy pendant l'Occupation, dont cette rafle fut l'événement le plus tragique. Avec 12 884 personnes arrêtées en plein Paris - dont près de 4 000 enfants -, presque toutes exterminées ensuite à Auschwitz, ce crime resta pourtant longtemps ignoré de nombreux Français, commémoré seulement par les organisations juives. Ce n'est que progressivement qu'il deviendra à la fois le symbole du génocide et de la complicité « irréparable » d'une France travaillée par l'antisémitisme. Dans ce récit inédit, concis et passionnant, Sébastien Ledoux retrace la mémoire du Vel d'Hiv, de la fin de la guerre jusqu'à nos jours.
Des auteurs et autrices de renom s'emparent de la photographie pour renouveler l'histoire de la guerre d'indépendance algérienne. Renouveler l'histoire de la guerre d'indépendance algérienne à partir de la photographie : tel est l'enjeu du présent livre. Rassemblant une vingtaine de chercheurs et chercheuses, il offre des mises en perspective originales de la guerre au plus près de ses acteurs, saisis par l'objectif ou saisissant eux-mêmes des situations qu'ils ont souhaité immortaliser. Au fur et à mesure de l'analyse, les mots viennent animer ces images provenant souvent d'archives familiales, parfois de la justice ou de l'armée. Les photographies sont ainsi projetées dans une histoire collective que les auteurs documentent par les travaux les plus récents : l'engagement des indépendantistes, les disparus de la bataille d'Alger, la torture, le discours du général de Gaulle à Alger en mai1958, le sort des harkis, l'exil des rapatriés, la lutte fratricide entre le FLN et le MNA, les camps de regroupement, la guerre psychologique menée par l'armée française ou l'année 1962. Les regards, points de vue, lieux en Algérie et en métropole qui en ressortent nous permettent de comprendre la pluralité des expériences de cette guerre coloniale, mettant au jour autant d'écarts irréductibles que de correspondances.
Le premier mandat présidentiel d'Emmanuel Macron a été marqué par une politique particulièrement active sur la guerre d'Algérie. Jamais un chef d'État n'aura personnellement autant agi sur une période historique en cinq ans. L'ouvrage décrypte cet investissement en analysant la façon dont l'objet « guerre d'Algérie » a été mobilisé depuis la campagne présidentielle de 2017 pour être alors intégré dans son positionnement politique « ni droite-ni gauche » et son storytelling d'une figure incarnant le nouveau monde. La guerre d'Algérie s'est trouvée ensuite reconfigurée par des événements (Gilets jaunes, mobilisations antiracistes de la jeunesse, attentats) et par des dynamiques politiques (loi sur le séparatisme, campagne présidentielle de 2022) que le livre retrace avec précision en enquêtant au plus près des acteurs impliqués. Les auteurs pointent enfin ce qui, derrière le symbolique convoqué, produit de l'inaction publique en soulevant les impasses de cette politique mémorielle présidentielle malgré - et peut-être en raison - de l'investissement personnel du Président. Héraut du nouveau monde, le chef de l'État a finalement réduit son action à une politique catégorielle très traditionnelle envers les « groupes mémoriels » concernés, tandis que sa droitisation l'a amené à d'importants renoncements dans le traitement de cet héritage colonial de la société française dont le racisme demeure l'un des aspects les plus structurants.
Depuis quarante ans, le récit national hante la France. Il s'est imposé dans les débats politiques et médiatiques, parallèlement aux questions relatives à l'identité. Comment en est-on arrivé là?? C'est en historien que répond ici Sébastien Ledoux. Ce qui implique de revenir sur la façon dont notre passé se transmet à l'école, dans la mémoire collective et, bien sûr, dans les livres. Ces bouleversements sont présentés dans le contexte de la fin de l'empire colonial?: des évolutions sociétales des années 1970, marquées par une individualisation du rapport à l'histoire, à la montée des populismes au début du XXIe siècle, symbolisée par la défense d'un prétendu âge d'or d'un peuple français originel. La fabrique du récit national est aussi analysée plus largement d'après des critères essentiels, comme celui du progrès et de la nostalgie, de la dette morale et du ressentiment, de l'inclusion et de l'exclusion. Voici la fresque détonante de cinquante années de chaos et de fracas mémoriels qui ont fragmenté la société française.
D'où vient l'expression " devoir de mémoire " ? Comment s'est-elle imposée dans notre langage courant ? À partir de nombreux entretiens, d'archives inédites et de sources numériques massives, Sébastien Ledoux retrace la trajectoire de cette formule qui éclaire la relation souvent douloureuse que la France entretient avec son histoire récente. Forgé à l'orée des années 1970, le terme investit le débat public dans les années 1990, accompagnant le " syndrome de Vichy " et la réévaluation du rôle de la France dans la mise en oeuvre de la Solution finale, avant d'être repris pour évoquer les non-dits de la mémoire coloniale. Doté d'une forte charge émotive, il traverse les débats sur la recomposition du récit national, la place du témoin, le rôle de l'historien, la patrimonialisation du passé ou la reconnaissance des victimes, qui traduisent un tournant majeur et accouchent de nouvelles questions dont l'actualité est toujours brûlante. Ce sont les mutations de la société française des cinquante dernières années qui sont ici analysées par le biais de ses nouveaux rapports au passé que le " devoir de mémoire " est venu cristalliser