Serge Viderman
Serge Viderman
La crise de la psychanalyse, c'est d'abord celle du psychanalyste qui ne sait plus où il en est, remarque S. Viderman ; de 1970 jusqu'à sa mort en 1991, il consacra toute une part de son oeuvre à interroger, de façon incisive, quelques-uns des repères proposés. M. Neyraut, en rassemblant des textes devenus peu accessibles, a su mettre en évidence cette démarche décapante - et parfois dérangeante. Il les discute et les critique dans sa Préface introductive.
Freud avait d'abord conçu la cure psychanalytique comme une entreprise de remémoration et de redécouverte : comme l'archéologue, le psychanalyste accéderait à une vérité historique, dont il exhumerait les traces enfouies pour restituer le passé. Mais quel passé ? Un long cheminement avait conduit Freud à admettre que, par le jeu du fantasme et de l'après-coup, la mémoire crée ses objets autant qu'elle les recrée. Le psychanalyste a perdu aujourd'hui l'illusion d'une restitution du passé ad integrum ; il s'agit d'une reconstruction, et peut-être de la construction, d'un passé personnel où le sujet puisse se reconnaître pleinement. Si toute l'histoire est construite, l'analogie s'impose avec ce qui guide la réflexion et le travail de l'historien moderne. L'écart entre les deux disciplines n'est pas moins évident quant à l'objet et quant aux méthodes. Si l'histoire est le produit de l'homme, l'homme est, dans son histoire personnelle, le produit de l'histoire. Comment s'articulent l'histoire collective et les histoires individuelles ? Le présent volume invite à un renouvellement de la réflexion sur ces thèmes fondamentaux.
L'ambiguïté de l'homme se marque dès le premier instant où il ouvre les yeux sur ce monde incompréhensible, et qui le restera sa vie durant. D'emblée il est double, dans la nature, dans la culture ; venu au monde vivant il est déjà promis à la mort qui est, elle, bien plus que la philosophie marxiste pour Sartre, son horizon indépassable. C'est ce destin, auquel la nature le condamne, qu'il tentera de surmonter avec le succès que nous savons. Ce sera d'ailleurs l'un des thèmes à venir de ce livre - pour autant que je sois déjà en mesure de prévoir l'avenir de ces pages que je commence à noircir - que d'essayer de cerner le rôle que joue l'argent - sa passion - dans la peur de la mort et dans son illusoire conjuration. C'est en effet autour de ce thème que s'organise le présent ouvrage ; un thème auquel, ces dernières années, Serge Viderman a consacré la plus grande part de ses réflexions.