Simon Nadeau
Simon Nadeau
Dans un original, perspicace et courageux premier essai, Simon Nadeau questionne le passage à la modernité de la littérature et de la société québécoises en revenant aux oeuvres aujourd'hui délaissées, si peu ou pas du tout étudiées, de quelques écrivains solitaires qui, dans l'ombre de la Révolution tranquille comme dans celle de ses preux chevaliers Miron et Aquin, osaient mener une affirmation du soi plus que du sol, du moi au lieu du nous, fouillant le domaine infini de l'intime plus que celui circonscrit du national, tâchant d'être quelqu'un avant de servir à quelque chose.
Et si la vraie réussite était de tout quitter ? L'art de rater sa vie suit Mèche-au-Vent, un déserteur des normes sociales, qui choisit la liberté et l'ironie plutôt que le succès.
La-Mèche-Noire pensait alors au monastère buissonnier, son utopie préférée. C'était sa manière à lui de répondre à la question que le Sphinx lui adressait. Ce monastère sans centre ni véritable doctrine signifiait à ses yeux cet ailleurs qui attire et qui élève sans jamais se refermer sur lui-même. Il le voulait aussi disséminé et décentralisé qu'on puisse l'imaginer. Il souhaitait que ses membres de toutes les nations soient libres et créateurs, sans ressentiment ni soif de domination. Souverains, ils s'assembleraient selon leur gré et inventeraient de nouveaux modes de vie, et mille façons de désirer, de rêver, de penser. Mèche-au-Vent de L'Art de rater sa vie a cédé ici sa place à La-Mèche-Noire. Il est plus vieux, certes, mais il n'a rien perdu de son idéalisme, et son rejet du monde contemporain est toujours aussi virulent. Empruntant aux Mille et Une Nuits et au conte philosophique, citant Goethe ou Hlderlin, ce roman à facettes imagine et conçoit des vies autres qu'ordinaires, des compagnonnages libres, des solitudes amies, d'ardents nids spirituels, des îlots d'idéal disséminés en divers temps et lieux depuis l'ancienne Assyrie jusqu'à la Gaspésie d'aujourd'hui, au Japon, au Cameroun, en Inde. Des communautés spontanées, à l'idéal fervent, et qui ne cessent de s'inventer.