Soko Phay
Soko Phay
Au Cambodge, environ deux millions de personnes - soit près du quart de la population - ont péri entre 1975 et 1979, à la suite de déportations, de meurtres de masse et de famines. Face au génocide perpétré par les Khmers rouges, l'art est un défi que les artistes doivent surmonter. Rithy Panh, Vann Nath, Séra, Svay Sareth ou encore, dans la seconde génération, Davy Chou, Vandy Rattana, Guillaume Suon, Jenny Teng n'ont eu de cesse de faire oeuvre de mémoire pour s'élever contre le déni et l'effacement des morts sans sépulture. Cinquante ans après le début des massacres dans son pays, Soko Phay revisite les relations entre le témoignage et la fiction et montre comment les oeuvres mémorielles donnent à penser les séquelles profondes au sein de la société cambodgienne. Par ses ressources symboliques, la création permet de dévoiler ce qui a été dérobé au regard, tout en assurant le travail de transmission des événements non-inscrits dans l'histoire officielle. Cet essai sur la représentation de l'extrême s'accompagne d'un récit personnel dans lequel l'autrice revient sur les traces de l'exil, depuis la ville de Samrong, d'où sa famille a fui les Khmers rouges, jusqu'au camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise. Soko Phay est professeure en histoire et théorie de l'art à l'Université Paris 8. Elle a consacré de nombreuses publications à l'art devant l'extrême, dans ses relations avec la mémoire et l'histoire. Elle a notamment dirigé ou co-dirigé : Cambodge, l'atelier de la mémoire (2010), Cambodge, cartographie de la mémoire (2017), Les Génocides oubliés ? (2020), Le Paysage après coup (2022) et Rwanda, l'atelier de la mémoire. Des archives à la création (2022).
Ce recueil rassemble des essais, des analyses et des propositions visuelles qui montrent l'actualité et l'hétéro-généité des débats qui se cristallisent autour des pratiques contemporaines de l'archive. Les pratiques d'archives relèvent aujourd'hui d'une inquiétude face à l'enregistrement historicisant des objets artistiques, et de la volonté des artistes de s'affirmer comme tels face à l'archivage de leurs oeuvres par les institutions académiques et muséographiques. Il s'agit pour eux d'anticiper sur l'archivage à venir de leurs travaux et de proposer d'autres manières d'écrire l'histoire non seulement de leurs oeuvres, mais plus généralement de l'art. Dans cette perspective, les artistes interposent entre l'enregistrement matériel des choses et l'institution symbolique des oeuvres des dispositifs d'inscription qui excluent que l'un vaille pour l'autre, qu'enregistrement vaille institution. Ils restituent à ce qu'ils font le statut d'archives au sens historien du terme : d'archives non encore validées.